(BFM Bourse) - Les gros pourvoyeurs de profits de l'indice parisien, comme LVMH mais surtout Stellantis, traversent une passe délicate, tandis que Totalenergies a dû composer avec des cours du pétrole plus faibles au premier semestre. De plus, Renault plombera l'ensemble du décompte avec sa perte de 9,5 milliards d'euros liée aux dépréciations de ses actions Nissan.
Les investisseurs devront encore patienter pour décortiquer les résultats du CAC 40. Les groupes appartenant au plus important indice de la Bourse de Paris ne rendront leurs copies qu'après la mi-juillet.
Si cette saison des publications ne prendra donc son envol que dans quelques jours (Publicis livrera en premier ses comptes, le 17 juillet), les investisseurs peuvent s'attendre à une baisse des bénéfices du CAC 40.
La tendance ne se limite pas à la France. Dans une récente note, Deutsche Bank souligne que le consensus (la prévision moyenne des analystes) intègre pour le premier semestre des bénéfices en repli de 1% sur un an pour les groupes du Stoxx Europe 600, un indice paneuropéen.
Pour revenir au CAC 40, ses pensionnaires avaient dégagé des bénéfices nets cumulés de 71,7 milliards d'euros au premier semestre 2024, selon un décompte effectué alors par BFM Bourse. En soustrayant Vivendi pour ajouter Bureau Veritas (et reproduire ainsi la composition actuelle du CAC 40), le chiffre passe à 71,8 milliards d'euros.
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Stellantis dans le dur
Ce montant sera probablement en nette baisse sur les six premiers mois de 2025. Lors de la saison des résultats semestriels 2024, quatre groupes (Totalenergies, LVMH, BNP Paribas et Stellantis) avaient généré 40% des bénéfices totaux.
Or plusieurs de ces quatre gros pourvoyeurs de profits traversent une passe délicate. Stellantis, qui avait dégagé 5,6 milliards d'euros sur les six premiers mois de 2024, en premier lieu. Le constructeur automobile a continué de souffrir, au premier semestre, de la chute de ses volumes, pénalisé par les mesures nécessaires pour réduire ses stocks, notamment en Amérique du Nord.
Dans une note publiée fin juin, Jefferies écrivait que les résultats du premier semestre de la société pourraient marquer un "point bas" avec un flux de trésorerie tout juste à l'équilibre en Amérique du Nord.
La banque estimait que le bénéfice par action pourrait avoir fondu de 79%, à 38 centimes, contre 1,87 euro sur les six premiers mois de 2024. À supposer que le bénéfice net consolidé part du groupe évolue peu ou prou dans le même sens, cela représenterait une chute de plus de 4 milliards d'euros en valeur.
LVMH, de son côté, est confronté à une demande en berne pour les produits de luxe. Au premier trimestre, ses ventes ont reculé de 3% en données comparables, et les prévisions de Bank of America et UBS anticipent une nouvelle baisse de 4% pour le deuxième trimestre.
Sur l'ensemble du premier semestre, HSBC retient un repli de 30% du bénéfice par action et du bénéfice net hors élément exceptionnel. UBS table sur un repli de 26% du résultat net par action.
De telles variations représenteraient une baisse de pas loin de 2 milliards d'euros en valeur, LVMH ayant dégagé un bénéfice net semestriel de 7,3 milliards d'euros l'an passé, la deuxième plus forte contribution au total du CAC 40 derrière Totalenergies (8,7 milliards d'euros).
Des cours du pétrole plus bas pour Totalenergies
La major pétrolière, elle, ne pâtit pas de difficulté particulière. Mais, comme les autres grands noms du secteur, Totalenergies doit composer avec des cours du pétrole en nette baisse. Au premier trimestre 2025, le bénéfice avait déjà reculé de 33%, pénalisé par une baisse moyenne du baril de Brent d'environ 9%. Le deuxième trimestre risque de s'avérer du même acabit. Les cours du Brent se sont échelonnés entre 58,4 dollars et 79,4 dollars le baril sur la période, selon les données d'investing.com. Or, au deuxième trimestre 2024, le prix moyen du Brent retenu par la société s'était élevé à 85 dollars.
Dans sa note, Deutsche Bank souligne que le consensus attend une baisse des bénéfices pour les sociétés européennes du secteur "'énergie" (en réalité surtout des groupes pétroliers) de 23% au premier semestre. De plus, Totalenergies publie ses résultats en dollars. Or le billet vert chute de 6,7% face à l'euro sur un an, ce qui réduira d'autant le bénéfice une fois converti en euro. In fine, la baisse du bénéfice net de Totalenergies pourrait représenter plusieurs milliards d'euros.
Dans une moindre mesure, BNP Paribas devrait également voir son bénéfice net reculer, en raison d'une base de comparaison élevée, due notamment à des éléments exceptionnels qui avaient gonflé les comptes du premier semestre 2024.
Sur les trois premiers mois de 2025, le résultat net de la banque avait reculé de 4,9% à 2,95 milliards d'euros. Pour le deuxième trimestre, Bank of America retient un résultat net de 3,1 milliards d'euros, en baisse de 9% sur un an. Ce qui porterait théoriquement le bénéfice semestriel à 6,05 milliards d'euros contre 6,5 milliards d'euros un an plus tôt.
Hormis ce "big four", d'autres groupes pourraient voir leurs bénéfices baisser. UBS anticipe un repli de 8% du bénéfice d'Hermès qui avait dégagé 2,37 milliards d'euros de résultat net l'an passé.
La grosse perte comptable de Renault
Enfin et non des moindres, les bénéfices du CAC 40 seront fortement plombés par Renault pour des raisons purement comptables. Le 1er juillet, le constructeur automobile a annoncé un retraitement de la valorisation de sa participation d'un peu moins de 36% au capital du japonais Nissan, pour la caler sur le cours de Bourse. Ce qui occasionnera une perte de 9,5 milliards d'euros au premier semestre sur son résultat net, certes sans influence sur la trésorerie ou le calcul du dividende.
En retenant, à côté de cela, un bénéfice semestriel hors dépréciation de la participation de Nissan dans les eaux de celui de 2024 (1,8 milliard d'euros), Renault accuserait une perte nette consolidé d'au moins 7 milliards d'euros.
In fine, sur la simple base des sociétés mentionnées dans cet article, le CAC 40 pourrait partir avec une longueur de retard d'une quinzaine de milliards d'euros par rapport à 2024. Il semble improbable que les autres groupes permettent de combler un tel écart.
Pour autant, cela ne signifie pas nécessairement que la saison des résultats sera mal accueillie par les investisseurs. Les attentes autour des bénéfices ayant été révisées à la baisse, Deutsche Bank estime que, pour l'Europe dans sa globalité, la barre a été placée suffisamment basse pour que les publications offrent de "légères bonnes surprises" au marché.
Rappelons aussi que le bénéfice net demeure un indicateur très imparfait de la performance d'une entreprise, car souvent affecté par des éléments exceptionnels qui n'ont pas forcément d'incidence sur sa santé financière. Le cas de Renault l'illustre très bien.