(BFM Bourse) - La saison des résultats annuelles étant désormais achevée, l'heure est désormais au bilan. En moyenne, les membres de l'indice ont accusé un repli de 2,3%, avec des chutes historiques pour Dassault Systèmes et surtout Stellantis. A contrario, Kering, Vinci, Safran ou encore Engie ont enchanté les investisseurs.
La saison des résultats annuels du CAC 40 s'est achevée cette semaine, avec la publication des comptes de Thales. Nous avons déjà compilé le bilan des bénéfices des pensionnaires du CAC 40, qui ont affiché une baisse de plus de 25%.
Peut-on pour autant déduire que les groupes du CAC 40 sont passés au travers de ce rendez-vous? Pour savoir quelles sociétés ont le mieux et le moins bien réussi l'épreuve, nous avons de nouveau pris un thermomètre simple et efficace: la réaction de marché qui a suivi la parution des résultats de chaque membre de l'indice.
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Pour chaque pensionnaire du CAC 40, nous avons retenu la réaction du cours de Bourse lors de la séance suivant la publication. Soit le jour même pour les sociétés annonçant leurs résultats le matin, soit le lendemain pour les groupes qui publiaient le soir, comme LVMH.
Nous avons toutefois fait une exception: Stellantis. Le groupe issu de la fusion entre Fiat Chrysler et Peugeot SA avait livré des résultats préliminaires début février et annoncé des charges exceptionnelles de 22 milliards d'euros. Ce en raison d'un revirement stratégique radicale dans l'électrique.
Nous avons retenu la variation suivant cette annonce car nous estimons que le gros de la réaction boursière s'est joué à ce moment-là.
In fine, nous arrivons à l'infographie ci-dessous.
Kering électrisé par De Meo
Avant de regarder les plus fortes hausses et plus fortes baisses, évoquons quelques constats globaux. Tout d'abord, la saison a été éreintante pour les pensionnaires du CAC 40, avec pas mal de déceptions et surtout de très grosses sanctions.
En moyenne, les pensionnaires du CAC 40 ont accusé une baisse moyenne de 0,5% lors de la séance suivant la publication de leurs résultats. Certes ce chiffre est lesté par les plongeons de Stellantis (-25,4%) et de Dassault Systèmes (-20,81%). Mais même en excluant ces deux sous-performances, le bilan resterait assez mitigé, avec une hausse de seulement 0,68%.
Le nombre de hausses excède d'assez peu celui des baisses (21 contre 18).
Du côté des plus fortes progressions, la première place est occupée par Kering, qui a gagné 10,9% après la publication de ses résultats annuels. Mais plus que les performances du groupe, un tantinet au-dessus des attentes, c'est la prise de parole de Luca de Meo, lors de la conférence téléphonique, qui a marqué les esprits.
"Le marché a apprécié plusieurs éléments de l'intervention de Luca de Meo, notamment le commentaire sur le fait que la 'topline' (l'activité) a atteint un point bas sur 2025 et qu'il était confiant sur la reprise pour 2026. Les indications du directeur financier quant au potentiel de rebond de la marge sont également encourageantes", a expliqué à BFM Bourse, Charles-Louis Scotti, analyste chez Kepler Cheuvreux.
"Le marché est, par ailleurs, assez convaincu par le renouveau créatif de Gucci, Luca de Meo ayant indiqué une bonne réception des nouvelles collections de Demna", a poursuivi l'analyste.
"Les investisseurs ont retrouvé leur enthousiasme grâce à l'arrivée de monsieur De Meo au poste de directeur général, qui a donné matière à réflexion avant la journée investisseurs du 16 avril", juge de son côté Jefferies.
Safran fait honneur à son rang
Vinci occupe le deuxième rang. Le groupe de BTP et de concessions a enchanté la Bourse (+9,9%) grâce une génération de trésorerie record, de 7 milliards d'euros, et à des perspectives témoignant de la confiance du groupe pour 2026. Barclays remarque, par exemple, que la société a donné une cible de flux de trésorerie, ce qui est inhabituel pour Vinci.
Safran (+8,3%) monte sur le podium et fait honneur à son rang de valeur de qualité. Comme Vinci, l'équipementier et motoriste aéronautique a surpris sur le flux de trésorerie, tant au titre de 2025 que pour ses perspectives pour 2026. La société a aussi relevé ses perspectives à l'horizon 2028 et a donné l'impression d'en avoir sous le pied pour les rehausser davantage.
"Concernant l'objectif de cash cumulé pour la période 2024-2028, la société a reconnu qu'elle avait retenu des hypothèses prudentes. Par exemple, sur les pré-paiements (les acomptes versés lors d'une commande), Safran n'a retenu aucune nouvelle commande de Rafale. Le potentiel de hausse sur le cash est donc significatif", expliquait à BFM Bourse Yan Derocles, d'Oddo BHF.
La quatrième place est occupée par Orange (+7,46%), qui a une nouvelle fois réussi la journée investisseurs qui a accompagné ses résultats annuels, le groupe ayant donné de la visibilité sur la montée en puissance de sa génération de trésorerie et sur la progression de son dividende.
Engie (+7,23%) complète le top cinq. Si ses résultats annuels se sont inscrits un peu au-dessus des attentes des analystes, c'est surtout l'annonce du rachat de UK Power Network pour 18 milliards d'euros qui a été saluée.
Cette acquisition transformante permet au groupe de se renforcer dans les activités régulées. "En plus d’apporter un axe de croissance pérenne au réseau, cette activité régulée renforce la position d’Engie dans les infrastructures, abaisse la volatilité des résultats futurs et contribue à une meilleure visibilité sur les cash-flows et la croissance du dividende à long terme", explique Oddo BHF. "En une seule opération cette acquisition limite le risque d’exécution offrant une grande visibilité à l’allocation de capital", conclut le courtier.
Stellantis ou l'année sans
Du côté des déceptions, Stellantis (-25,2%) a connu une année 2025 terrible avec plus de 22 milliards d'euros de pertes causées par des dépréciations liées à la remise à plat de sa stratégie électrique.
La société a décidé d'arrêter des projets sur ce type de motorisation, de déprécier des outils de production, et de redimensionner (à la baisse) la chaîne d'approvisionnement des véhicules électrifiés.
Stellantis a ainsi pris acte du manque d'appétit des ménages américains pour l'électrique. Et des coups de haches portés par l'administration Trump à ce type de motorisation. Le gouvernement américain a aussi bien supprimé les incitations fiscales à l'achat de ces véhicules que les amendes pour dépassement de seuil d'émissions de Co2.
Le groupe a probablement atteint le fond de la piscine. Faut-il pour autant se positionner? "Bien que nous comprenions la tentation de considérer le cours actuel de l'action comme un 'creux', en particulier à l'approche de la journée dédiée aux investisseurs du 21 mai, les investisseurs ont également agi ainsi à 12 euros, 10 euros et 8 euros (le titre est à peine à 6,8 euros actuellement, NDLR", prévient Citi.
"Pour nous, les signes de reprise sont trop limités, la stratégie 'produit uniquement' est trop restrictive et le bilan est trop faible", ajoute encore la banque.
Publicis, victime de l'IA
Dassault Systèmes a aussi accusé une chute historique de 20,81%. Tant les résultats que les perspectives pour 2026 ont été inférieurs aux attentes.
"Les faibles perspectives 2026, liées selon les dires de la direction, à une accélération de la migration vers la souscription, devraient nourrir les craintes de disruption par l’IA, quand bien même le groupe fait état d’avancées significatives en la matière", prévenait Allinvest Securities.
Justement, Publicis (-9,24%) constitue un cas un peu à part en lien avec les craintes liées autour de l'intelligence artificielle. Le groupe publicitaire a livré des résultats plutôt solides et des perspectives conformes aux attentes. Mais la société s'est vu apposer l'étiquette de "perdant de l'IA" sur son front par le marché, quand bien même ses résultats montrent plutôt l'inverse. Et cette étiquette est difficile à décoller, remarquait Bank of America.
Dans la foulée de la publication des résultats, Barclays a abaissé son opinion à "performance en ligne", équivalent de neutre. La banque britannique continue d'aimer les fondamentaux de la société mais "les investisseurs sont très pessimistes sur les agences publicitaires" quant aux risques liés à l'IA.
Du côté des cadors qui ont déçu, LVMH (-7,9%) a été sanctionné pour avoir accusé une baisse de 3% de ses revenus en données comparables dans la division "mode et maroquinerie" au quatrième trimestre. Bernstein évoquait une activité "terne".
Airbus de son côté a communiqué des objectifs 2026 décevants, notamment au niveau des livraisons. La faute à des problèmes dans l'approvisionnement du côté d'un de ses motoristes clef, à savoir Pratt&Whitney.
