(BFM Bourse) - L'équipementier aéronautique a livré des résultats supérieurs aux attentes et relevé ses perspectives de moyen terme, notamment sur la génération de trésorerie.
Safran n'est peut-être pas le groupe du CAC 40 le plus médiatique. L'équipementier et motoriste aéronautique n'en reste pas moins un cador de l'indice parisien.
Sa capitalisation boursière dépasse ce vendredi celle de Totalenergies (138,7 milliards d'euros contre 137,5 milliards pour le groupe pétrolier), classant le groupe au sixième rang du CAC 40.
Comme nous l'avons expliqué dans un précédent article, Safran fait preuve d'une régularité à toute épreuve. La performance boursière sur les trois dernières années en atteste: +40,22% en 2025 (sixième performance du CAC 40), +33% en 2024 (deuxième), +36,4% (septième) en 2023.
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Safran tire parti de la vigueur du trafic aérien qui se traduit par un nombre important de visites des compagnies aériennes dans ses ateliers. Et par une forte activité pour les services d'après-vente (maintenance, réparation, révisions, ventes de pièces détachées) du groupe, très rentables.
Safran bénéficie, sur ce point, du positionnement de CFM International, sa coentreprise avec l'américain GE Aerospace. CFM produit le CFM56, le moteur le plus vendu au monde, et le LEAP, qui équipe les monocouloirs de nouvelle génération d'Airbus (A320neo) et Boeing (737 Max).
La position de marché dominante de cette société dans les monocouloirs offre un gisement de croissance robuste pour les activités d'après-ventes. Selon des données communiquées fin 2024 par Safran, 23.000 moteurs CFM56-5B-7B étaient en service. Et 70% n'avaient effectué aucune visite en atelier.
En tête du CAC 40
Les résultats annuels présentés par la société ce vendredi 13 février renforcent la cote d'amour du groupe auprès du marché.
L'action bondit de 8,9% vers 14h40, signant la plus forte progression du CAC 40, après avoir livré des objectifs 2026 supérieurs aux attentes et rehaussé ses perspectives de moyen terme. La direction de la société a également livré plusieurs commentaires encourageants lors de la conférence téléphonique avec les analystes.
Sur le dernier trimestre de 2025, Safran a dégagé des revenus (*) de 8,7 milliards d'euros, en hausse de 14,4% en données comparables. Jefferies souligne que les activités d'après-vente dans la propulsion (qui inclut les moteurs pour avions civils) ont continué à être "robustes" avec une croissance de 11,9% des ventes de pièces détachées et de 55,8% des services.
Sur l'ensemble de 2025, Safran a publié un chiffre d'affaires de 31,33 milliards d'euros, en croissance de 14,8% en données comparables. Le résultat opérationnel courant a progressé de 25,6% en données comparables à 5,2 milliards d'euros.
Le résultat net est passé d'une perte de 667 millions d'euros à un bénéfice de 7,2 milliards d'euros. Mais ce dernier chiffre est artificiellement gonflé par des éléments techniques liés aux variations de couvertures de changes, qui ont eu un impact positif de 5,7 milliards d'euros (avant impôts). Le résultat net ajusté de ces éléments techniques a lui progressé de 3,5% à 3,17 milliards d'euros.
Le cash suprend
L'ensemble des chiffres publiés par le motoriste s'avèrent à peu près en ligne avec le consensus (la prévision moyenne des analystes).
La principale surprise reste la génération de cash. Le flux de trésorerie libre s'est établi à 3,92 milliards d'euros en 2025, soit 9% de plus que le consensus.
Le marché attendait surtout les perspectives 2026 du groupe et la mise à jour des objectifs de moyen terme.
Pour l'année en cours, Safran a indiqué tabler sur une progression de ses revenus de 12 à 15%, sur un résultat opérationnel courant compris entre 6,1 et 6,2 milliards d'euros et un flux de trésorerie libre situé entre 4,4 et 4,6 milliards d'euros.
Ce dernier chiffre intègre un élément négatif de 470 millions d'euros dû principalement à la surtaxe d'impôts sur les sociétés contenue dans le budget français 2026.
"Les premières prévisions de Safran pour 2026 dépassent les attentes du marché et, surtout, les prévisions des investisseurs 'buy-side' pour le début de l'année. Cet écart par rapport aux attentes s'explique principalement par une contribution plus importante que prévu des pièces de rechange", décrypte Barclays.
"La perspective 2026 de cash s'avère par ailleurs assez impressionnante, d'autant qu'elle intègre des surtaxes en France", remarque auprès de BFM Bourse Yan Derocles, analyste chez Oddo BHF.
Le Rafale comme potentiel de hausse sur la cible de cash 2028
Safran a par ailleurs relevé ses perspectives pour 2028, une décision qui avait été nettement anticipée par les investisseurs.
Le groupe table sur une croissance annuelle de son chiffre d'affaires d'environ 10% entre 2024 et 2028, contre une fourchette de 7 à 9% précédemment.
Le directeur général Olivier Andriès a expliqué aux analystes que ces prévisions intégraient 750 visites en atelier supplémentaires pour le moteur CFM56. Cette nouvelle hypothèse s'appuie sur les faibles taux de retraits d'avions, synonyme de davantage de demande de services d'après-vente.
Safran vise par ailleurs un résultat opérationnel courant de 7 à 7,5 milliards d'euros en 2028, contre 6 à 6,5 milliards d'euros précédemment.
La génération cumulée de flux de trésorerie sur la période 2024-2028 a été également revue à la hausse, attendue désormais à 21 milliards d'euros, contre 15 à 17 milliards d'euros auparavant.
Jefferies apprécie cette dernière cible de moyen terme la qualifiant de robuste tandis que Barclays explique que ce chiffre s'avère supérieur à ses propres attentes.
Cette annonce est d'autant plus positive que Safran pourrait être amené à relever cet objectif de cash.
"Concernant l'objectif de cash cumulé pour la période 2024-2028, la société a reconnu qu'elle avait retenu des hypothèses prudentes. Par exemple, sur les pré-paiements (les acomptes versés lors d'une commande), Safran n'a retenu aucune nouvelle commande de Rafale. Le potentiel de hausse sur le cash est donc significatif", explique Yan Derocles.
Lors de la conférence avec les analystes, le directeur financier Pascal Bantegnie a lui-même reconnu qu'un important contrat Rafale "en Asie" s'annonçait. Plusieurs médias ont récemment rapporté que les autorités indiennes avaient approuvé l'achat de 114 exemplaires de l'aéronef, contrat qui doit être officialisé dans le cadre de la visite diplomatique d'Emmanuel Macron dans le pays, dans quelques jours.
Safran fournit le moteur de l'avion de chasse de Dassault Aviation (le M-88), mais aussi divers équipements (sièges éjectables, systèmes de freinage…). Selon Jefferies, les produits de Safran représentent environ 20% de la valeur du Rafale.
Plus largement, "plusieurs éléments positifs ont joué durant la conférence tenue par la direction", poursuit Yan Derocles.
Outre les précisions sur le cash, la direction a donné de la visibilité sur ses couvertures de changes, un point important pour les groupes aéronautiques qui vendent en dollars mais dont beaucoup de coûts sont libellés dans une autre devises.
"Plusieurs questions ont porté sur les effets de changes et la stratégie de couverture. La direction a expliqué qu'elle était très confiante sur son taux de change de couverture à 1,12 eurodollar jusqu'en 2028. Et au-delà de 2028, ils ont indiqué qu'au cours actuel (entre 1,18 et 1,20 dollar, NDLR), ils étaient confortables sur un taux de change de couverture entre 1,12 et 1,14 dollar. Ces commentaires ont pas mal rassuré les investisseurs", développe Yan Derocles.
"Plus généralement, la direction se montre prudente dans ses commentaires et ses objectifs, ce qui laisse penser que les chiffres seront meilleurs", conclut l'analyste d'Oddo BHF.
(*) Par souci de simplification tous les indicateurs de Safran sont exprimés en données ajustées, que l'entreprise privilégie pour la présentation de ses comptes.
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