(BFM Bourse) - Pour apprécier la performance des pensionnaires du CAC 40 à moyen et long terme, BFM Bourse a établi un top 10 sur trois horizons différents. Plusieurs titres parviennent à se hisser dans ces palmarès. Safran est présent sur les trois podiums.
La Bourse de Paris a tourné la page d'une année 2025 au goût amer. Si le CAC 40 s'est adjugé 10,42%, l'indice parisien a, comme en 2024, sous-performé la quasi-totalité des grands indices mondiaux. Certes, au sein de l'indice, plusieurs groupes ont connu une belle année (Société Générale, Thales), quand d'autres ont souffert (Pernod Ricard, Dassault Systèmes).
Reste que l'investissement en Bourse ne s'apprécie pas sur un an mais sur une longue période. Ce rappel étant effectué, quels groupes du CAC 40 progressent le plus à moyen et long terme?
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Pour le savoir, nous nous sommes livrés au même exercice qu'il y a quasiment un an: examiner la performance boursière brute (c'est-à-dire la variation de chaque titre sans prendre en compte les versements de dividendes) de chaque membre de l'indice sur trois ans, cinq ans et dix ans.
Nous avons, une nouvelle fois, établi trois "top 10" dans les infographies ci-dessous.
Ces trois palmarès permettent d'identifier plusieurs valeurs de qualité, qui réussissent à figurer dans chacun des "tops 10".
Une action se distingue tout particulièrement: Safran. Le motoriste et équipementier aéronautique est le seul groupe du CAC 40 présents sur les trois podiums (deuxième sur trois ans, troisième sur celui à cinq ans et à dix ans).
Safran, la régularité avant tout
Le groupe reste d'ailleurs un exemple de régularité sur les trois dernières années: +40,22% en 2025 (sixième performance du CAC 40), +33% en 2024 (deuxième), +36,4% (septième) en 2023.
Depuis l'automne 2022 et la fin de la pandémie (Safran est une action très dépendante du trafic aérien), le titre monte quasiment en ligne droite.
Safran reste une société appréciée pour la qualité de son exécution. Le groupe n'a, ces dernières années, enregistré aucun accroc notable sur l'opérationnel. À part peut-être les retards à répétition sur le moteur Silvercrest qui avait conduit son client Dassault Aviation à renoncer à son jet d'affaires Falcon 5X, fin 2017.
Safran tire partie de la vigueur du trafic aérien, qui devrait progresser de 3,6% à 4% par an d'ici à 2044, selon les prévisions des avionneurs. Ce qui se traduit par un nombre important de visites des compagnies aériennes dans les ateliers de Safran. Et par une forte activité pour les services d'après-vente (maintenance, réparation, révisions, ventes de pièces détachées) du groupe, très rentables.
Safran bénéficie, sur ce point, du positionnement de CFM International, sa coentreprise avec l'américain GE Aerospace.
CFM produit le CFM56, le moteur le plus vendu au monde, et le LEAP, qui équipe les monocouloirs de nouvelle génération d'Airbus (A320neo) et Boeing (737 Max).
La position de marché dominante de cette société dans les monocouloirs offre un gisement de croissance robuste pour les activités d'après-ventes. À titre d'exemple et, selon des données communiquées fin 2024 par Safran, 23.000 moteurs CFM56-5B-7B étaient en service. Et 70% n'avaient effectué aucune visite en atelier.
"Nous pensons que la vigueur des activités d'après-vente n’a aucune raison de ralentir, compte tenu de l’offre limitée de nouveaux avions et de la croissance du trafic mondial", jugeait Bernstein en août.
Outre Safran, deux autres actions sont présentes dans les trois "top 10". Deux titres qui appartiennent au même secteur, l'aéronautique et défense.
L'aéronautique bien représentée
Thales pointe à la troisième place sur le classement à trois ans, à la deuxième sur celui à cinq ans, et figure au huitième rang dans le palmarès à dix ans.
Le groupe de technologie et défense a connu deux phases ascendantes très subite. Tout d'abord en 2022, lorsque l'éclatement de la guerre en Ukraine a créé un choc chez plusieurs pays européens qui ont décidé d'augmenter fortement leurs dépenses militaires.
Ce conflit avait alors remis la défense dans le radar des investisseurs. Ces derniers avaient délaissé ce secteur, perçu comme ayant peu d'attrait sur le plan des critères ESG (environnement, social, gouvernance).
Thales a à nouveau bondi l'an passé (+65,74%), comme l'ensemble des groupes de défense. Le secteur a été propulsé par la multiplication des annonces de hausses massives des dépenses militaires en Europe, l'Allemagne en tête.
Les pays européens ont décidé de revoir fortement leurs ambitions en la matière en raison de la politique de l'administration Trump, bien plus unilatérale que celle de ses prédécesseurs. Et bien moins encline à assurer la sécurité du Vieux continent.
"Les pays européens vont dorénavant devoir assumer leur défense et certainement créer une capacité de défense européenne autonome. C’est l’enseignement des bouleversements politiques de ces derniers jours", écrivait Oddo BHF, début mars.
Airbus figure également dans les trois "top 10" (4e, 5e et 7e). L'avionneur connaît, certes, des à-coups et des difficultés dans la montée en puissance de sa production. Au cours des quatre dernières années, Airbus a raté ses objectifs de livraisons à trois reprises.
Toutefois, le rival de Boeing progresse dans cette délicate montée en cadence, et son solide carnet de commandes de plus de 8.750 avions lui assure des perspectives florissantes.
La société compte parvenir à produire, en 2027, 75 avions par mois de sa famille A320neo, son monocouloir "blockbuster" et sa grande machine à cash. En août, Jefferies estimait que la société se trouvait sur une cadence inédite, de 62 avions à 64 avions par mois. La versatilité de cette famille avec certains modèles (l'A321 XLR) capables d'effectuer des vols long-courrier ainsi que la qualité des produits du groupe ont amené Airbus à distancer Boeing en termes de parts de marché.
Les analystes prévoient qu'Airbus dépassera, cette année, son record de livraisons (863 avions en 2019). Jefferies table sur 917 unités, Bank of America et Deutsche Bank retiennent 900 avions. Le groupe livrera ses objectifs le 19 février prochain.
Société Générale portée par son millésime 2025 exceptionnel
En dehors des entreprises présentes dans les trois classements, d'autres points saillants méritent d'être soulignés.
Avec son impressionnant rallye de 2025 (+153%), Société Générale trône en tête du classement à trois ans (+183%) et surtout à cinq ans (+306%).
Frédéric Oudéa, qui a dirigé la banque de 2008 à 2023, avait eu grande peine à remonter le cours d'une action qui s'était effondrée avec la grande crise financière et l'affaire Kerviel (Société Générale cotait à plus de 130 euros en 2007 contre 69 euros actuellement). Son successeur, Slawomir Krupa, a mis un an et demi avant d'enclencher l'envolée du titre.
Porté par le redressement de la banque de détail en France et la bonne tenue de ses activités de marché, l'établissement a enchaîné les publications supérieures aux attentes en 2025, confortant la confiance des analystes et du marché.
Nombreux sont les bureaux d'études à recommander de miser encore sur Société Générale pour 2026 en raison d'une valorisation toujours attrayante et de sa capacité à serrer les coûts pour améliorer ses résultats. Citi pense que l'action est celle qui a le plus de potentiel au sein des banques européennes, quand Jefferies voit le titre atteindre 96 euros (contre un cours d'un peu moins de 68 euros actuellement).
Arcelormittal est pour sa part présent dans le top 10 à cinq ans et surtout à dix ans, le sidérurgiste signant une hausse de 493% sur cette dernière période.
Début 2016, Arcelormittal était au plus bas en Bourse, plombé par un lourd endettement et une baisse des prix de l'acier due à des surcapacités. En 2015, ses ventes avaient chuté de 20%, le groupe avait accusé une perte opérationnelle de 4,2 milliards de dollars et sa dette nette atteignaient 15,7 milliards de dollars.
Grâce notamment à une augmentation de capital réussie, le groupe sortira la tête de l'eau en 2016, avec une action qui sera multipliée par trois par rapport au cours du 15 janvier 2016 (celui utilisé pour notre classement).
Plus récemment, en 2025, Arcelormittal a signé la deuxième performance du CAC 40 (+74,28%). Le sidérurgiste a été porté par des bons résultats, les espoirs autour d'une résolution du conflit en Ukraine (où le groupe possède un important site de production) ainsi que par les mesures prises par l'Union européenne pour défendre ses producteurs d'acier face aux exportateurs chinois.
Le luxe brille moins
Si Schneider Electric a déçu en 2025, avec une baisse de son action de 2,49%, le spécialiste des équipements électriques fait très bonne figure à moyen et long terme. Le groupe a vu son activité (et son action) être portée par la demande pour ses produits pour les data centers, en lien avec le boom de l'intelligence artificielle. Schneider affiche la septième plus forte hausse du CAC 40 sur trois ans et la quatrième sur dix ans. L'entreprise est toute proche de figurer dans le top 10 sur cinq ans (elle est douzième).
Dernier enseignement et non des moindres: le luxe, très présent dans les trois palmarès que nous avions réalisés il y a un an, est bien moins fringuant cette année. Aucun groupe du secteur n'est présent dans le top 10 à trois ans, et seul Hermès figure dans celui à cinq ans.
La faute à une première partie d'année très compliquée pour le secteur. En juin, LVMH, le baromètre de la santé du luxe, perdait plus de 30% en Bourse depuis le 1er janvier. Le titre s'est ensuite redressé sur la seconde partie de 2025, terminant de peu l'année dans le vert (+1,5%).
Hermès, de son côté, a perdu 8,2% l'an passé. Malgré sa croissance toujours vigoureuse (8,6% sur les neuf premiers mois de 2025), le sellier-maroquinier a pâti d'une rotation au sein de son secteur.
À compter de septembre, les investisseurs ont commencé à miser sur une reprise de l'ensemble du secteur du luxe. Ils se sont ainsi portés vers des titres avec des valorisations attrayantes (Kering, Burberry voire LVMH) au contraire de groupes plus défensifs, plus chers.
Reste qu'à long terme, Hermès demeure le grand champion du CAC 40. La société affiche la plus forte hausse sur dix ans (+638,99%). LVMH est de son côté sixième (+343,38%).
Notes de méthodologie: pour établir ces classements, nous nous sommes basés sur la composition du CAC 40 telle qu'elle figure actuellement, et donc en incluant par exemple Eiffage, dernier arrivé dans l'indice parisien, et pas Edenred. Nous avons comparé les cours actuels aux cours des 16 janvier 2023, 15 janvier 2021 et 15 janvier 2016.
