(BFM Bourse) - Au lendemain d'un rebond de 1,6%, modeste en regard de la chute précédente du CAC, l'indice tricolore hésite autour de l'équilibre jeudi à la mi-séance, les investisseurs continuant à surveiller l'évolution du conflit en Ukraine et l'envolée des cours des matières premières.
Alors que le rebond du marché parisien s'était déjà atténué mercredi en fin de journée (passant de +2,29% à seulement +1,59% en une quinzaine de minutes juste avant la clôture), la tendance jeudi s'est révélée hésitante toute la matinée. Vers 12h30, le CAC 40 stagne à 6.499,64 points (+0,02%), dans des volumes toujours bien supérieurs à l'habitude (plus de 1,5 milliard d'euros).
"La volatilité des actions, en particulier en Europe, a atteint un plus haut, ce qui reflète logiquement la tension liée à l'invasion totale de l'Ukraine par la Russie, événement qui semblait encore peu probable début février", observe Nadège Dufossé, responsable "Multi-Asset" chez Candriam. Mais la volatilité absolue n'a pas encore atteint les pics observés lors des précédentes crises majeures, "ce qui constituerait un signal de capitulation sur les marchés financiers".
La situation évolue très rapidement, poursuit la spécialiste. Jusqu’à cette semaine, les marchés semblaient compter sur une résolution plutôt rapide du conflit, sans impact majeur sur nos économies. "Nous sommes aujourd’hui à un tournant. D'une part, le marché américain bénéficie en valeur relative de la baisse des taux d'intérêt et des anticipations plus modérées de resserrement monétaire de la Fed à court terme. Cela devrait profiter aux valeurs de croissance et aux valeurs défensives qui devraient mieux se comporter. En revanche, nous estimons que l'impact des sanctions pourrait entrainer un choc énergétique qui pèserait sur la croissance, en Europe comme aux États-Unis". Depuis plusieurs décennies les conflits armés n'ont pas d'impact durable et significatif sur les marchés, "sauf lorsqu'ils conduisent à une crise énergétique... qui est en jeu aujourd'hui", indique Nadège Dufossé.
Avec un nouveau pic à proximité de 120 dollars plus tôt en matinée pour le Brent, soit une flambée depuis plus de 50% depuis le début de l'année, les cours pétroliers reflètent effectivement une crise en devenir. À la mi-séance, l'envolée se calme à peine (le baril de pétrole de la Mer du Nord s'échange à 114,51 dollars, en hausse de 1,58%, tandis que le WTI prend 2,22% à 113,04 dollars). Toute la question est de savoir comment les banques centrales vont réagir à ce facteur d'accélération d'une inflation déjà au plus haut depuis une quarantaine d'années. Le patron de la Réserve fédérale américaine a confirmé une hausse des taux ce mois-ci pour lutter contre l'inflation - mais il a également reconnu que l'invasion de l'Ukraine constituait un risque pour les perspectives de croissance, ce qui place l'institution dans une position peu enviable.
Les unes après les autres, les entreprises les plus exposées à la Russie révèlent ce qu'elles ont à perdre. Pour Engie, c'est un prêt de 1 milliard d'euros à la société gérant le projet de gazoduc Nord Stream 2 dont les perspectives de recouvrement deviennent douteuses, ce qui fait perdre 4% au titre, lanterne rouge du CAC 40. Renault, leader du marché automobile russe avec près de 30% des immatriculations via sa filiale Avtovaz, flanche encore de 3,4%. Publicis, auteur d'un spectaculaire redressement entre 2020 et 2021 (près de 160% de revalorisation) souffre de la composante cyclique de son activité depuis trois semaines et perd encore 3,4% aussi. Danone, qui a récemment indiqué que la Russie ne représentait que 5% de l'ensemble de ses revenus (via Prostokvashino, en première place sur le marché russe des produits laitiers, et véritable icône culturelle dans le pays !) cède 3,1%, et Société Générale 1,9%.
Hors de l'indice phare, Interparfums qui a (comme chaque année) dépassé ses objectifs annuels pourtant plusieurs fois relevés, perd néanmoins 7,3% au vu des perspectives résolument prudentes fournies par la direction (comme chaque année aussi). Faurecia abandonne 5,2%, victime des inquiétudes relatives à la production automobile mondiale, qui amènent les investisseurs à remettre en cause les objectifs stratégiques annoncés il y a quelques jours par le groupe, juste avant l'attaque russe en Ukraine.
Plusieurs valeurs se distinguent cependant favorablement, en particulier Technip Energies (+16%) alors que le groupe a fait état de résultats 2021 supérieurs à ses objectifs, et affiché sa confiance envers ses perspectives vu son rôle clé dans la mise en œuvre des technologies liées aux besoins d’indépendance et de transformation énergétique. Sur la même thématique, GTT avance encore de 3,8% Thales, très volatil, repart de l'avant (+5,9%), tandis que Vallourec bénéficie de l'annonce de deux nouveaux contrats et prend 3,6%.