(BFM Bourse) - L’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février dernier a jeté un froid sur les marchés financiers. À l'image de Société Générale ou Renault, nombre de sociétés françaises cotées présentent une exposition relativement importante à la Russie. Près de deux mois après le déclenchement du conflit ukrainien, quelles sont les valeurs du CAC 40 qui ont été éprouvées par l’offensive russe et celles qui ont, au contraire, fait de la résistance?
Le marché parisien bouclait l’année 2021 nettement au-dessus des 7.000 points, un jalon qu'il n'avait jamais franchi auparavant. Le millésime précédent était alors entré dans les annales boursières, comme l'année au cours de laquelle le marché parisien aura fait tomber ses records vieux de plus de 20 ans. Les opérateurs abordaient alors l’année 2022 avec optimisme. Mais dès le mois de janvier 2022, les marchés entendaient les bruits de bottes venant de l’Est du continent européen. Le 24 février 2022, les tensions montèrent d’un cran avec l’offensive russe contre l'Ukraine par voies terrestre, aérienne et maritime dans ce qui est la plus grande attaque d'un Etat contre un autre en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Une mauvaise nouvelle de plus alors que la gestion de la hausse des coûts s'imposait comme une donnée à ne pas négliger pour les entreprises.
La France premier employeur étranger en Russie
La crise actuelle remonte en fait à la révolution ukrainienne de février 2014, qui a abouti à la destitution du président pro-russe Ianoukovytch (condamné par contumace et exilé aujourd'hui en Russie). Son renversement a été suivi en réaction par l'annexion de la Crimée par la Russie puis l'intervention russe au Donbass en Ukraine - non sans d'importants dégâts collatéraux avec la destruction d'un avion de ligne, le vol Malaysia Airlines en provenance d'Amsterdam, qui a tué près de 300 personnes. En réponse, les États-Unis mais également l'Union européenne et d'autres pays ont imposé à l'encontre de la Russie une série de sanctions économiques, prolongées au fil des années suivantes.
Cela fait donc des années que la relation entre la Russie et l'Occident est faite de tensions récurrentes entrecoupées de phases d'apaisement. Et malgré les postures et les coups de pression de part et d'autres, les échanges économiques se poursuivent jusqu'à ce jour, les relations économiques s'affirmant même particulièrement dynamique avec la France, qui bénéficie d'une position économique ancienne et stratégique en Russie.
En outre, avec plus de 500 filiales françaises implantées dans des domaines variés -dont 35 entreprises du CAC 40- la France est le premier employeur étranger en Russie avec près de 160.000 salariés au total. L'important engagement de la France dans l'économie russe se traduit donc par une exposition significative pour nombre de fleurons cotés tricolores. Sans surprise, les valeurs de l’indice phare de la Bourse de Paris les plus présentes en Russie ont payé un lourd tribut depuis le déclenchement du conflit en Ukraine, le 24 février 2022, soit il y a pratiquement deux mois. Depuis la clôture du 23 février, le CAC 40 résiste avec une baisse de 2,8%. Derrière cette moyenne, le grand écart est de mise entre les valeurs de l'indice.
Défense, défensives et acier : le trio gagnant
Sans surprise, les valeurs du secteur de la défense sont les plus recherchées depuis le début du conflit. En tête des valeurs du CAC 40 les plus plébiscitées, Thalès s'est distinguée avec une envolée de 52,5% (entre la clôture du 23 février et celle de jeudi 14 avril) pour inscrire un nouveau record historique à 129 euros ce jeudi. Le groupe français tire en effet 50% de ses revenus de ses activités militaires. La course à l’armement sur le sol européen devrait continuer d'alimenter le flux haussier sur le titre du groupe d’électronique français.
ArcelorMittal (+14,4% sur la période) figure en deuxième place des valeurs les plus recherchées des investisseurs depuis l’éclatement du conflit ukrainien. Le titre du sidérurgiste est galvanisé par la flambée des prix de l’acier en Europe. Ce métal incontournable pour l’industrie automobile ou du BTP est devenu une denrée rare en raison principalement des problèmes d’approvisionnement liés à la guerre en Ukraine. Le cours de l’acier est ainsi passé de moins de 1.000 dollars la tonne fin février à plus de 1.479 dollars actuellement, inscrivant même un pic à 1.541 dollars fin mars.
Les valeurs défensives ont joué leur rôle à plein. Leur statut de valeur refuge constitue un havre de paix pour des investisseurs en quête de sécurité lors de secousses boursières. Les valeurs appartenant au secteur de la santé comme Eurofins Scientific, le leader de la bio-analyse (+11,8%), Sanofi (+10,7%) ou Air Liquide (+9,9%) n’ont pas usurpé leur réputation de valeur refuge.
Les actions des secteurs de la grande distribution et de la consommation se sont également distinguées en ces temps difficiles sur les marchés, à l’image de Carrefour qui gagne près de 11,7% ou L’Oréal qui progresse de 5,2% depuis le début du conflit ukrainien.
Sortie de route des valeurs automobiles et bancaires
Inversement, en queue de peloton, on retrouve Renault. La marque au losange paye le prix fort de son exposition au marché russe avec un titre qui lâche plus de 30% depuis deux mois. Le constructeur constitue l'une des plus grandes entreprises étrangères en Russie. Compte tenu de sa filiale Avtovaz (propriétaire de Lada), le groupe est numéro 1 du marché russe avec une part considérable de 30% des immatriculations neuves. Avec 482.264 véhicules écoulés, la Russie représente ainsi le deuxième plus gros marché mondial du constructeur automobile (après la France où les ventes ont atteint 521.710 unités, mais bien devant l'Allemagne où le constructeur français n'a commercialisé que 177.795 véhicules). Son concurrent Stellantis (-17,6%) est certes moins exposé au marché russe mais pâtit de la pénurie des semi-conducteurs qui bloque la production.
Les valeurs bancaires, tirées par le retour des pressions inflationnistes, étaient les stars de l’indice vedette en ce début d’année…jusqu’à l’invasion russe en Ukraine. Les investisseurs ont massivement tourné le dos à Société Générale qui cède 26,4% depuis le 24 février. La banque rouge et noire occupait en effet une position de premier plan en Russie via sa filiale Rosbank, qui pèse environ 9% du produit net bancaire (PNB) total du groupe. En 2021, les activités de sa filiale Rosbank ont représenté 2,8% de son produit net bancaire total (équivalent du chiffre d'affaires) et 2,7% du résultat net.
Le 11 avril dernier, la banque française a annoncé arrêter ses activités en Russie avec la cession de sa totalité de sa participation dans Rosbank. Crédit Agricole (-21,3%) et BNP Paribas (-16,9%), ont été aussi victimes de prises de bénéfices appuyées bien que leur exposition à la Russie soit limitée.
Jusqu’au 23 février, Engie figurait parmi les valeurs vedettes de la cote parisienne. Le titre de l’énergéticien avait réalisé un beau début d’année avec un gain de 10% dans sa musette. Le groupe avait publié des résultats en forte hausse au titre de 2021 et affichait sa confiance quant à une progression régulière de ses performances au cours des trois prochains exercices. Puis la montée des tensions à l’Est de l’Europe a changé la donne... Engie est en effet bien exposé à la Russie à travers ses participations dans les pipelines de Gazprom (Nord Stream 1 et 2). L’ex-Gaz de France avait alors expliqué qu’il cherchait activement à diversifier son portefeuille de fournisseurs en ayant recours à des volumes croissants auprès d'autres pays d'Europe et à l'international.
Léger coup de pompe pour TotalEnergies
Alstom a vu son titre dérailler de 10,3% depuis le conflit russo-ukrainien. Alstom est présent directement dans le pays via sa filiale Transmashholding (TMH) à hauteur de 20%. Le développement du marché russe du transport ferroviaire est, avec l'Allemagne et l'Italie, l'un des principaux moteurs actuels de la croissance du marché européen (lequel pèse la moitié des revenus du groupe).
TotalEnergies limite la casse avec un repli contenu à 5,7%. La flambée des cours de l’or noir depuis la mi-février (+30%) a permis de compenser l’exposition du groupe à la Russie. Le producteur d'hydrocarbures est en effet opérateur du champ pétrolier Termokarstovoye (58,89%) et détient un intérêt de 20% du champ Kharyaga. TotalEnergies est en outre actionnaire à hauteur de 18,9% de PAO Novatek, principal producteur indépendant de gaz naturel derrière le mastodonte public Gazprom.
A noter l’inquiétante performance de Wordline (-26,8%) en dépit de sa faible exposition à l’Ukraine ou la Russie. Le spécialiste des solutions de paiement a été pénalisé par le projet d’Apple d’entrer en concurrence frontale dans les services et les infrastructures de paiement. Kering (-17,4%) cède du terrain alors que le groupe de luxe est pourtant moins exposé à la Russie que ses homologues LVMH (-3,9%) et Hermès (+5,2%).
Safran ( -7,5%) et Airbus (-6,9%) ont cédé du terrain depuis l'offensive russe en Ukraine. Les deux géants tricolores de l'aéronautique doivent se passer du titane venant de Russie alors que le pays est le premier fournisseur d'Airbus et de Safran.
Parmi les valeurs qui ont fait preuve de résilience ces dernières semaines, on peut citer Legrand qui accuse une légère perte de 1,5%, Dassault Systèmes qui grappille 0,7% ou encore Pernod Ricard (+0,9%). Orange, EssilorLuxottica et Capgemini gardent le cap avec des hausses supérieures à 2% depuis le 24 février dernier.
Sabrina Sadgui