(BFM Bourse) - L'année 2025 s'est achevée à la Bourse de Paris avec une performance globale en demi-teinte. Néanmoins, certains groupes ont signé un millésime de haute volée comme la biotech Abivax ou encore la banque Société Générale. A contrario, Worldline, Soitec ou encore Ubisoft ont sombré.
Le millésime 2025 ne sera pas à marquer d'une pierre blanche pour la Bourse de Paris. Le CAC 40 a terminé mercredi l'année sur une hausse de 10,42%, une progression honorable sur le papier.
Pourtant l'indice parisien est resté à bonne distance de la performance des autres grands indices européens, l'IBEX 35 de Madrid prenant 49,3%, le FTSE Mib de Milan 31,5%, le FTSE 100 de Londres 21,5% et le DAX 40 de Francfort 23%. La faute évidemment au risque politique en France qui a resurgi de plus belle à la fin de l'été.
Cette performance mi-figue, mi-raisin de la Bourse de Paris cache évidemment d'importantes disparités entre des titres qui ont carburé et des actions qui, au contraire, ont bu le calice jusqu'à la lie. Quelles valeurs ont le mieux tiré leur épingle du jeu? Au contraire, quelles sont celles qui ont souffert le plus?
BFM Bourse fait un point sur le "top 10" et le "flop 10" du SBF 120, le deuxième grand indice de la Bourse (et qui ajoute au CAC 40 un total de 80 autres actions) dans l'infographie ci-dessous.
Deux biotechs en tête
Du côté des plus fortes hausses, les deux premières places sont occupées par des biotechs dont les parcours boursiers impressionnants leur ont ouvert les portes du SBF 120.
Plus forte hausse du SBF 120 et de loin, avec une progression de 1.681%, Abivax était entré en septembre dans le deuxième plus important indice de la Bourse de Paris. La société tricolore a aussi rejoint cette année le Stoxx Europe 600, le grand indice paneuropéen, dont elle signe également la plus forte hausse en 2025.
Abivax a connu une ascension boursière flamboyante grâce à une percée thérapeutique pour son principal candidat-médicament, obefazimod, un potentiel traitement contre la rectocolite hémorragique, une maladie inflammatoire chronique de la muqueuse intestinale. Cette maladie touche un million de personnes aux États-Unis et autant en Europe.
En juillet, la société avait publié des résultats très positifs d'essais cliniques de phase III (la dernière étape avant la potentielle commercialisation d'un produit) évaluant cette molécule. Le titre avait pris 544,8% sur une seule séance.
Les avancées thérapeutiques communiquées par l'entreprise ont conduit le marché à anticiper un rachat du groupe français par nombre de "big pharma". Plusieurs informations de presse ont notamment rapporté un intérêt de la part d'Eli Lilly, informations que les deux sociétés ne commentent pas. La hausse de l'action Abivax s'explique au moins en partie par le caractère spéculatif que revêt le titre.
Nanobiotix (+546,2%) a de son côté rejoint le SBF 120 fin décembre. Cette société s'appuie sur les propriétés physiques des nanoparticules pour améliorer l'efficacité des radiothérapies. Le titre a connu une hausse plus linéaire que celle d'Abivax.
En octobre, la société avait notamment présenté des données cliniques de phase I (première étape avant les phases II et III puis une potentielle commercialisation) qualifiées de "prometteuses" par Allinvest Securities.
Cet essai a évalué la nanoparticule NBTXR3 dans le traitement du cancer de l'œsophage. Jefferies estime le potentiel commercial de cette nanoparticule à 6,2 milliards de dollars en pic annuel de ventes pour plusieurs indications (œsophage, tête et cou, pancréas, poumon).
La société a par ailleurs bouclé un financement non dilutif fin octobre, via un partenariat avec la société Healthcare Royalty qui doit lui permettre de toucher 71 millions de dollars en échange de paiements d'étapes et de redevances. Nanobiotix étendra son horizon financier jusqu'au début de l'année 2028.
Société Générale au pied du podium
À la troisième place figure Exail Technologies (+369,5%). Autrefois nommée Groupe Gorgé, cette société s'est spécialisée dans les systèmes de navigation et de robotique maritime. Ce qui lui a permis de glaner, ces derniers trimestres, de nombreux contrats de la part des marines nationales pour la fourniture de drones sous-marins capables de détecter les mines en eaux profondes. À l'heure actuelle, la défense représente 56% des revenus d'Exail.
Pour donner un seul chiffre, les prises de commandes d'Exail Technologies ont atteint 697 millions d'euros sur les neuf premiers mois de l'année, traduisant une hausse de 128% sur un an.
Au-delà des fondamentaux de la société, rappelons que l'ensemble des groupes de défense ont été portés, cette année, par les nombreuses annonces de hausses des budgets militaires en Europe. Le Vieux continent a, en effet, décidé de se réarmer rapidement en raison de la montée des tensions géopolitiques et sous pression d'une administration Trump appelant à une hausse des dépenses militaires au sein de l'Otan.
Outre Exail Technologies, le spécialiste de l'optronique militaire Exosens (+149,4%) intègre également le top 10 du SBF 120 à la cinquième place, au contraire de Thales (seulement 16e).
Plus forte hausse du CAC 40, Société Générale pointe au quatrième rang du SBF 120 en 2025 (+153%). La banque de La Défense signe donc la meilleure performance de l'indice hors biotechs (des valeurs extrêmement volatiles) et défense.
Société Générale doit beaucoup à ses fondamentaux dans son remarquable parcours boursier. Porté par le redressement de la banque de détail en France et la bonne tenue de ses activités de marché, l'établissement a enchaîné les publications supérieures aux attentes en 2025, confortant la confiance des analystes et du marché.
Nombreux sont les bureaux d'études à recommander de miser encore sur Société Générale pour 2026 en raison d'une valorisation encore attrayante et de sa capacité à serrer les coûts pour améliorer ses résultats. Citi pense que l'action est celle qui a le plus de potentiel au sein des banques européennes quand Bank of America voit le titre atteindre 85 euros (contre un cours d'un peu moins de 68 euros actuellement).
Le retour des "bannis", Emeis, Clariane et Atos
Sixième, l'équipementier aéronautique et automobile Lisi (+141,4%) a livré des publications robustes au titre du premier semestre et du troisième trimestre. Son activité a été portée par les montées en cadence de production des avionneurs Airbus et Boeing, notamment l'A350 du groupe européen sur lequel la société bénéficie de "'shipset' (un lot d'articles, NDLR) conséquents et profitables", selon TP ICAP Midcap. Le groupe s'est également désendetté en vendant sa filiale spécialisée dans la sous-traitance de dispositifs médicaux.
Du côté des autres performances à souligner, Vicat (8e, +107,4%) a publié de bons résultats et a bénéficié du retour en grâce des groupes de ciments en Bourse, avec une reprise de la construction anticipée sur le Vieux continent. Le groupe parapétrolier Viridien (9e), a enchaîné les publications convaincantes, marquées par une amélioration de la rentabilité et de la génération de trésorerie, notamment au troisième trimestre.
À noter un groupe de trois valeurs, composé de l'ex-Orpea Emeis (7e, +136,4%), l'ex-Korian Clariane (11e, +88,4%) et Atos (10e, +92,96%). Ces trois titres ont souffert de problèmes opérationnels et/ou réputationnels (pour l'ex-Orpea) associés à des difficultés financières. Les trois entreprises ont dû mener de lourdes restructurations capitalistiques qui ont massivement dilué leurs actionnaires (surtout Emeis). Sur trois ans, leurs actions perdent encore respectivement 99,6%, 44% et 94%.
Toutefois, les deux groupes de maisons de retraite ont accompli des progrès pour assainir leurs finances via des cessions d'actifs tout en livrant des signes d'amélioration sur leur activité.
Atos, de son côté, a décidé de passer à la paille de fer son activité en sortant des contrats les moins rentables. Ce qui a pesé, cette année, sur sa croissance, mais a permis à la société de limiter sa consommation de cash. "Le plan de restructuration lancé par Philippe Salle (le directeur général, NDLR) atteint pleinement ses objectifs, voire devance la trajectoire initiale. Seules certaines composantes sociales restent à finaliser, notamment les initiatives de délocalisation, qui devraient être achevées d'ici 2026", explique Alphavalue.
Worldline dans le dur
Du côté des plus fortes baisses, Worldline arrive en queue de peloton avec une chute de plus de 81,5% de son action, cette année. Ex-membre du CAC 40 (il l'a quitté fin 2023), le groupe de paiements a vu sa capitalisation boursière passer de 22,7 milliards d'euros à son firmament, mi-2021, à 440 millions d'euros.
Le groupe avait vu son titre s'effondrer de 38% sur une seule séance, le 25 juin dernier. La société avait alors été épinglée par une série d'articles écrits par plusieurs médias européens rapportant que l'entreprise avait sciemment fermé les yeux sur les pratiques de clients à risque, c'est-à-dire liés, par exemple, à l'industrie des jeux d'argent ou de la pornographie.
Pour l'essentiel, ces faits sont antérieurs à l'année 2023, lorsque le groupe a décidé de réduire très fortement son exposition à ce type de clientèle, qui ne représente désormais que 1,5% de ses volumes. Mais cette polémique plombe la visibilité et, comme l'avait identifié Alphavalue, place la société face à un risque de réputation.
Début novembre, la société a publié une trajectoire de moyen terme jugée "peu séduisante" par Allinvest Securities, avec notamment un taux de croissance moyen annuel attendu à 4% pour la période 2027-2030. Worldline a également annoncé une augmentation de capital de 500 millions d'euros évidemment très dilutive au regard de sa capitalisation boursière actuelle.
Soitec (-73,4%) a enquillé les publications décevantes, dont la dernière en date fin novembre avec des prévisions décevantes pour le troisième trimestre. C'était déjà le cas pour le deuxième trimestre.
Le groupe avait précédemment abandonné en mai tous les objectifs de moyen terme qu'il s'était précédemment fixés, plombés par une demande en berne du côté de l'automobile, industrie très consommatrice de puces, ainsi que par la faiblesse du marché des smartphones. La multiplication de ces revers a conduit la société à se séparer de son directeur général, Pierre Barnabé. Le groupe a annoncé, début octobre, que le dirigeant quitterait Soitec en avril 2026, et a lancé la recherche d'un successeur.
Ubisoft troisième plus forte baisse
La dernière place du "podium" des plus fortes baisses échoit à Ubisoft (-51,01%), qui a encore connu une année bien difficile. Le groupe a récemment défrayé la chronique en reportant sans donner beaucoup d'explications la publication de ses résultats semestriels. Ce qui avait nourri (à tort) beaucoup de spéculations. In fine, la société avait dû, à la demande de ses auditeurs, effectuer des retraitements comptables de dernière minute.
Le groupe a surtout annoncé en mai des objectifs décevants pour l'exercice actuel, clos en mars prochain. Certains analystes redoutent toutefois que l'éditeur de jeux vidéo ne tienne pas ces cibles. Par ailleurs, son dernier blockbuster, "Assassin's Creed Shadows", commercialisé en mars, n'a pas connu un énorme succès. Du moins c'est ce que croit savoir Deutsche Bank, puisque l'entreprise ne communique pas les ventes du jeu.
Le groupe d'électroménager Seb (-43,7%) a émis un lourd avertissement sur résultats début octobre, en raison d'un marché "attentiste" aux États-Unis. Edenred (-41,3%) a, lui, été malmené par les craintes d'évolution réglementaires défavorables sur ses principaux pays. Ces peurs se sont concrétisées en Italie ainsi qu'au Brésil, le plus important marché des avantages aux salariés. La société a été éjectée du CAC 40 en décembre.
Les groupes de spiritueux Rémy Cointreau (-37,3%) et Pernod Ricard (-32,94%) ont été lestés par un contexte très difficile pour leur secteur marqué par le risque douanier en Chine et aux États-Unis. Et par un marché délicat dans ces deux pays où la reprise de la consommation de spiritueux peine à prendre pied.
FDJ United (-36,5%) a pour sa part accumulé les publications inférieures aux attentes couplées à des tours de vis sur la régulation des jeux d'argent au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas. Ces deux marchés sont devenus cruciaux pour le groupe depuis le rachat de Kindred (propriétaire d'Unibet) en 2024.
