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Cac 40 : Après la violente chute d'avril, pourquoi les Bourses gardent cette fois leur sang-froid face aux menaces douanières de Trump

mardi 15 juillet 2025 à 12h01
Les marchés gardent leur sang-froid

(BFM Bourse) - Les différents marchés actions font preuve de résistance face aux dernières annonces de Donald Trump. Les investisseurs pensent que le président américain agite le chiffon pour in fine parvenir à une solution négociée. Au point de pêcher par excès d'optimisme?

Le contraste avec le fameux "jour de la Libération", le 2 avril dernier, est saisissant. Depuis maintenant une semaine, Donald Trump distille au compte-goutte les différentes surtaxes douanières qu'il compte appliquer à chaque pays (ou groupe de pays dans le cas de l'Union européenne), à compter du 1er août prochain.

Les taux vont de 20% pour le Vietnam à 50% pour le Brésil, en passant par 25% pour le Japon et la Corée du Sud. Ce week-end, le président américain a cette fois annoncé des droits de douane de 30% à l'encontre de l'Union européenne et du Mexique.

Pour autant les marchés gardent leur sang-froid. À titre d'exemple, lundi, le CAC 40 n'a guère été effrayé par les annonces sur les surtaxes douanières frappant les importations européennes. L'indice parisien a terminé sur un repli modeste de 0,27% après avoir gagné 1,7% sur l'ensemble de la semaine dernière. Wall Street, ne s'affole pas non plus. Le S&P 500, l'indice de référence de la Bourse de New York, a pris 0,14% lundi et a signé de nouveaux records la semaine dernière.

La situation sur le marché n'a donc pas grande chose à voir avec début avril. "La position plus agressive sur les droits de douane n'a pas encore réussi à ébranler l'optimisme des investisseurs", constate UBS. La banque suisse rappelle que dans la semaine qui avait suivi le "jour de la Libération", lorsque Donald Trump avait dévoilé tout une salve de surtaxes douanières "réciproques", les indices américains avaient perdu 12%.

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Trump "ne fait plus vraiment peur au marché"

Comment expliquer un tel changement de comportement de la part des investisseurs? C'est que les opérateurs de marché se sont habitués à la "méthode" de Donald Trump, pourtant imprévisible.

"Le marché pense généralement qu'il s'agit d'une tactique de négociation et qu'il est peu probable que de tels droits de douane soient appliqués", a commenté lundi Jim Reid de Deutsche Bank, réagissant aux annonces sur les droits de douane annoncés à l'encontre de l'Union européenne.

Les investisseurs on en tête la volte-face de Donald Trump lorsqu'il avait annoncé la "pause" de trois mois sur les droits de douane réciproques, le 9 avril dernier. Le président américain avait alors décidé d'appliquer des droits de douane "universels" de 10%, mettant en sommeil le gros des surtaxes, le temps de permettre la négociation avec ses partenaires commerciaux. Le président américain a ensuite étendu cette échéance jusqu'au 1er août.

Pour beaucoup d'experts, Donald Trump avait en réalité cédé aux pressions sur le marché obligataire.

Le rendement sur le titre de dette américain à 10 ans grimpait à une vitesse inquiétante, signe de stress et de défiance de la part des investisseurs. "Bien que le président Donald Trump ait été en mesure de résister à la chute des marchés boursiers, une fois que le marché obligataire a commencé à s'affaiblir, ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne renonce à ses droits de douane excessivement élevés", jugeait alors Paul Ashworth de Capital Economics.

Autre exemple: Pékin et Washington se sont infligés de lourdes surtaxes douanières réciproques allant jusqu'à 145% pour les États-Unis (contre les importations chinoises) et 125% pour la Chine. En mai, les deux parties ont ensuite convenu de suspendre pour 90 jours ces taux astronomiques pour revenir respectivement à 30% et 10%.

Il en ressort l'idée que les États-Unis agitent le chiffon rouge pour ensuite mieux négocier voire reculer. Ce à quoi le marché s'est habitué.

Donald Trump "ne fait plus vraiment peur au marché qui ne sourcille pas car il sait qu'il y aura une forme d'accord qui sera trouvé", cela crée juste de "la volatilité à court terme, sur une région, sur un secteur", a expliqué dans BFM Bourse, Kelly Hébert directrice générale France, Belgique et Luxembourg chez M&G, la semaine dernière.

"On a l'impression Donald Trump finit toujours par redevenir pragmatique et que le marché n'a plus peur de ces effets d'annonces. Il regarde comment s'adapte le monde économique", a abondé Adrien Dumas directeur de la gestion chez Mandarine Gestion, également sur BFM Bourse.

Le fameux "TACO trade"

Les investisseurs ont désormais en tête le fameux "TACO trade". Cet acronyme de "TACO" renvoie à la phrase "Trump always chickens out", c'est-à-dire "Trump finit toujours par se dégonfler". Une expression que le pensionnaire de la Maison Blanche abhorre. Mais que le marché a fait sienne.

"À ce stade, on a l'impression que chaque jour est un TACO (…) Ce qui n'était au départ qu'un acronyme sarcastique pour 'Trump Always Chickens Out' s'est transformé en une hypothèse de fonctionnement permanente: les droits de douane continuent, les négociations se poursuivent, les tweets s'éteignent et les actions grimpent", explique Stephen Innes de Spi AM.

Mais le marché a-t-il raison? Ne fait-il pas preuve d'un excès d'optimisme voire de complaisance face aux risques? "Les marchés s'attendent à ce que Trump atténue les mesures (TACO ). Ce n'est pas toujours le cas", prévenait en juin Indosuez Weath Management.

Jean-François Robin, responsable de la Recherche au sein de Natixis CIB livre une piqûre de rappel au sujet de ce "TACO trade". "Le marché est dans 'un moment TACO' et tout le monde pense que Trump va finir par faire demi-retour. Mais je rappelle que depuis le début de l'année les taxes n'arrêtent pas de se succéder et de se superposer. Il (Donald Trump) ne fait machine arrière que par rapport au 2 avril quand il avait livré des annonces délirantes", a-t-il déclaré mercredi dernier sur BFM Bourse. Trump a en effet enquillé depuis le début de l'année des taxes douanières sur des secteurs ou des matériaux (automobile, aluminium, acier, et bientôt cuivre).

Interrogé par l'AFP, Alexandre Baradez, chef de l'analyse chez IG France, estime par ailleurs que la date butoir du 1er août "a l'air, cette fois, vraiment solide".

Trump n'est plus sous pression de la part des marchés

UBS remarque un fait simple. Oui les marchés ont pu faire reculer Trump par le passé. Mais à l'heure où Wall Street est à des plus hauts historiques et que les rendements obligataires américains se stabilisent, le pensionnaire de la Maison Blanche a bien moins de pressions pour effectuer une nouvelle reculade.

"La résistance des données économiques américaines et la hausse des actions à de nouveaux sommets semblent avoir enhardi le président Trump à maximiser ses moyens de pression pour augmenter son influence dans les négociations commerciales bilatérales", note ainsi la banque suisse.

"Dans l'ensemble, les droits de douane actuellement proposés porteraient le taux douanier effectif (les droits de douane moyen, NDLR) des États-Unis à un niveau proche, voire supérieur, à celui du 2 avril", prévient-elle dans une note publiée lundi.

De tels tarifs douaniers, s'ils entraient effectivement en vigueur au 1er août, pèseraient sur les bénéfices d'entreprises et menaceraient de faire basculer l'économie américaine en récession, note-t-elle. Ce pourquoi UBS estime que l'administration américaine obéit encore à une "tactique" pour maximiser son levier dans ses négociations.

La banque suisse n'en demeure pas moins inquiète. Dans le cas de l'Europe, l'établissement pense que Bruxelles et Washington finiront par parvenir à un accord. "Toutefois, les exigences apparemment maximalistes et agressives du président américain - notamment 'un accès complet et ouvert au marché aux États-Unis, sans aucun droit de douane" - rendent difficile la prévision de la réponse de l'Union européenne", ajoute-t-elle. "Il existe désormais un risque non négligeable d'escalade des tensions commerciales entre l'Union européenne et les États-Unis, ce qui serait préjudiciable aux deux économies", prévient UBS.

"La pression exercée sur Donald Trump pour qu'il fasse marche arrière est moindre, les actifs risqués étant proches de leurs sommets et les marchés obligataires étant relativement stables pour l'instant. Si des droits de douane considérables sont imposés le 1er août, dans un contexte de vacances (pour les investisseurs, NDLR) peu animées, nous pourrions assister à une réaction violente des marchés", abonde Jim Reid de Deutsche Bank .

Jean-François Robin juge que la complaisance actuelle des investisseurs est une erronée. "Il y a quand même une énorme incohérence là-dans. Les marchés obligataires et les taux sont en train d'anticiper deux-trois baisses de taux cette année ( de la part de la Réserve fédérale américaine, NDLR) et cinq l'an prochain, ce qui revient à anticiper quelque chose qui ressemble à de la récession", a-t-il souligné.

"De l'autres les marchés actions américains sont au plus haut et ils ne sont d'ailleurs pas les seuls, plus de 50 indices actions dans le monde sont à des records, comme s'il n'y allait pas y avoir de récession et que la croissance allait accélérer. Donc quelqu'un a tort", déduit l'expert.

"Même les Français font mieux"

Pour Jean-François Robin, cela veut probablement "dire qu'il y a beaucoup d'optimisme dans les marchés vis-à-vis de cette guerre commerciale".

Et que les investisseurs en sous-estiment potentiellement les retombées économiques. L'économiste expliquait mercredi que le taux effectif des droits douane (moyen) des États-Unis s'élève actuellement autour de 16% contre 2,5% avant l'arrivée de Donald Trump.

"Cela veut dire que nous sommes dans une guerre commerciale de la première économie mondiale que nous n'avons jamais vu depuis 1933", assène Jean-François Robin.

"L'économie américaine, qui représente 26% du PIB mondial et 13% des importations mondiales, est en train de se fermer au reste du monde. Est-ce que l'on peut penser que cela va être anodin pour les États-Unis alors que 42% des résultats des sociétés du S&P 500 sont réalisés à l'étranger? Sûrement pas, on va avoir un choc", a-t-il développé.

L'économiste explique que, in fine, cette guerre commerciale se traduira pas plus d'inflation et un recul de la consommation américaine, qui représente plus de 70% du PIB états-unien. Ce qui amène Jean-François Robin et ses équipes à retenir une croissance américaine de 1,2%, cette année. "Au regard des 7% de déficit (public attendu) mis dans la balance par l'administration américaine, c'est nul comme efficacité. Même les Français font mieux" , assène-t-il.

Pour Stephen Innes, "les marchés ne bronchent plus à chaque gros titre". Mais jusqu'à quand? "Ils se sont désensibilisés, jusqu'à ce qu'ils ne le soient plus", avertit l'expert de marché.

"Le problème, lorsqu'on crie au droit de douane, c'est que les loups finissent par se montrer. Si la hausse totale de 30% (des droits de douane sur les importations européenne) devait être appliquée, elle pourrait amputer le PIB de la zone euro de 0,4 point de pourcentage - un coup dur", rappelle-t-il.

Si le comportement de Donald Trump reste difficile à prévoir, les marchés vont pouvoir se raccrocher à des éléments concrets avec la saison des résultats qui prend son envol cette semaine à Wall Street.

"La saison des bénéfices du deuxième trimestre est sur le point de démarrer, et comme 73% des entreprises du S&P 500 présenteront leurs résultats entre le 11 juillet et le 1er août, le marché pourra enfin voir si les entreprises absorbent les droits de douane ou si elles les répercutent", note Stephen Innes.

Pour l'observateur de marché, "le véritable test se profile à l'horizon", alors que "la compression des marges commencent à se faire sentir" et que "les valorisations sont tendues". Le retour à la réalité risque que d'en être d'autant plus dur pour un marché actuellement en lévitation.

Julien Marion - ©2025 BFM Bourse
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