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Pétrole Brent

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Pétrole brent : Le torchon brûle entre les producteurs de l'Opep+

lundi 5 juillet 2021 à 11h00
le torchon brûle entre les producteurs de l'Opep+

(BFM Bourse) - On avait laissé les producteurs du cartel et leurs alliés proches d'un accord en fin de semaine dernière, on les retrouve divisés, incapables de s'entendre sur les quotas de production ce lundi. En cause: la grogne des Émirats Arabes Unis, qui réclament une révision de leur volume de référence.

Arme principale de l'alliance née en 2016 du rapprochement des pays membres de l'Opep et d'autres producteurs parmi lesquels la Russie, les quotas de production permettent à l'Opep+ de serrer la vis quand la demande et les prix chutent, et de rouvrir les robinets quand cette même demande repart. Et après avoir orchestré un retrait de 9,7 millions de barils par jour au plus fort de la crise sanitaire, les leaders de l'alliance, Arabie saoudite et Russie en tête, tentent de coordonner le retour progressif sur le marché de cet or noir, face à une demande vivement repartie.

Un plan était d'ailleurs sur la table et semblait prêt à être adopté: celui d'augmenter chaque mois la production de pétrole de 400.000 barils par jour entre août et décembre, soit un total de 2 millions de barils quotidiens remis sur le marché d'ici la fin de l'année.

Celui-ci s'est toutefois heurté au refus des Emirats Arabes Unis (EAU), montés au créneau pour protester contre "un projet d'accord injuste". Abou Dabi réclame une révision de son volume de référence, base de calcul pour leur niveau de production actuel et à venir. Cette référence, qui s'élève pour le pays de la péninsule arabique à 3,17 millions de barils par jour, ne reflète en effet pas sa pleine capacité, montée à plus de 3,8 millions de barils par jour en avril 2020, à la veille des coupes drastiques du cartel face à la crise provoquée par la pandémie. À titre de comparaison, l'Arabie saoudite et la Russie, les deux poids lourds de l'alliance, disposent tous deux du même niveau de référence fixé à 11 millions de barils par jour.

Comment sont répartis les quotas ?

En période de crise, chaque réunion de l'Opep+ est censée arrêter un volume total de coupe: pour juillet, il s'élève à près de 5,8 millions de barils par jour. Celui-ci est ensuite réparti équitablement entre chacun des membres participant à l'accord, qui déduit sa part de son volume de production d'octobre 2018, choisi comme référence selon les termes de l'accord conclu en avril 2020 et toujours en vigueur. La coupe spectaculaire alors décidée venait s'ajouter à une plus petite actée en janvier 2019 et la date de référence n'avait pas été changée. La base de calcul a néanmoins été légèrement modifiée pour répartir la production du Qatar et de l'Équateur, membres du cartel en octobre 2018, mais l'ayant quitté entretemps.

Le Venezuela, l'Iran et le Liban en sont exemptés

Trois pays membres du cartel historique sont exemptés de quotas au vu des difficultés économiques et politiques qu'ils traversent: le Venezuela et l'Iran, soumis à des sanctions économiques américaines, ainsi que la Libye, longtemps déchirée entre pouvoirs rivaux. Mais Tripoli a retrouvé un niveau comparable à octobre 2018 et Téhéran, en discussions actuellement avec la communauté internationale, pourrait revenir dans le jeu à moyen terme.

La Russie et le Kazakhstan ont disposé en début d'année d'un traitement de faveur de l'alliance, avec l'autorisation d'augmenter à la marge leur production pour répondre à leur consommation intérieure. Le Mexique, qui avait bloqué l'an dernier l'accord de l'Opep+ pendant plusieurs jours, est dispensé de coupe, mais il ne peut pas pour autant augmenter sa production à sa guise. Et les pays non membres de l'Opep+ sont bien sûr libres de leur volume de production: les États-Unis, premier producteur mondial de brut, mais aussi le Brésil, la Norvège, etc.

Les quotas sont-ils respectés?

Le sujet du respect des quotas agite souvent les réunions de l'Opep+, qui rend régulièrement public un "taux de conformité" de l'ensemble du groupe. L'Irak et le Nigeria font figures de mauvais élèves pour leur suivi relatif des consignes. Les Émirats ont aussi commis une brève incartade l'été dernier avant de rentrer dans le rang. Les membres qui dépassent leurs quotas de production sont censés produire moins les mois suivants. L'alliance, attentive au sérieux et à la crédibilité de son accord, tance les tricheurs et suit de près ces compensations. Produire plus et surtout exporter plus est en effet tentant pour les finances de chacun, de surcroît lorsque les cours des références mondiales de brut évoluent à des niveaux élevés comme c'est actuellement le cas.

L'Arabie saoudite est ainsi régulièrement contrainte de brandir une épée de Damoclès au-dessus des potentiels "tricheurs": celle d'inonder le marché, en cas de non-respect des quotas.

Vers une sortie des EAU de l'Opep?

À ce stade toutefois, les négociations semblent bel et bien dans une impasse et "la perspective d'une absence d'accord, voire d'une sortie des Emirats de l'Opep, s'est considérablement accrue", a averti dans une note Helima Croft, analyste de RBC, tant il semble difficile pour l'alliance d'accorder un passe-droit à Abou Dabi sans ouvrir une boîte de Pandore. "Ce qui devait être une réunion relativement paisible de l'Opep+ est devenu une réunion très longue et incertaine", ont commenté de leur côté les analystes de Kepler.

L'Opep+ fait de surcroît face à une équation complexe, entre une reprise bien réelle de la demande mais qui reste fragile, un retour probable à moyen terme des exportations iraniennes et des prix élevés qui provoquent le mécontentement de certains gros importateurs comme l'Inde. L'alliance est toutefois habituée au roulis et avait notamment su dépasser, en début d'année dernière, un désaccord profond entre Moscou et Ryad qui avait débouché sur une courte mais intense guerre des prix.

En attendant d'en savoir plus sur l'issue de la nouvelle réunion prévue ce lundi, les cours du brut avancent prudemment. Vers 11h, le baril de Brent prend 0,38% à 76,46 dollars et celui de "light sweet crude" texan s'adjuge 0,3% à 75,38 dollars.

(avec AFP)

Quentin Soubranne - ©2021 BFM Bourse
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