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Genfit : Après des années d'errements, le pari de Genfit sur la NASH aboutit à une impasse

mardi 12 mai 2020 à 13h55
Après des années d'errements, le pari de Genfit sur la NASH aboutit à une impasse

(BFM Bourse) - Créée en 1999, la société lilloise a peu à peu changé de modèle après son introduction en Bourse pour se focaliser sur la NASH, cette pathologie du foie résultant d'une alimentation déséquilibrée. Malgré l'échec de la phase 2 de son composé phare en 2015, Genfit a pris le risque de s'engager sans partenaire dans un essai de phase 3. Et en paie aujourd'hui le prix.

Sanction boursière historique pour la société de biotechnologies Genfit, dont le cours s'effondre de 64,09% à 7,29 euros vers 11h30 mardi, une chute encore supérieure à celle qu'avait enregistré le titre en mars 2015 après une première déception sur sa molécule phare élafibranor (initialement désignée GFT-505). Pas d'échappatoire cette fois pour la société: si le dirigeant de l'époque assurait que les résultats de phase 2 étaient "très convaincants", le patron actuel, Pascal Prigent, ne peut qu'entériner l'échec du projet dans la NASH, qui va obliger Genfit à prendre une nouvelle orientation stratégique.

Le potentiel "assez extraordinaire" d'élafibranor dans la NASH

Certes la molécule en tant que telle n'est pas totalement condamnée au vu des données recueillies jusqu'à présent dans une indication beaucoup plus restreinte appelée cholangite billiaire primitive (à confirmer par d'autres études). Mais la principale voie dans laquelle s'est engagée l'entreprise depuis des années, le marché de la NASH au potentiel "assez extraordinaire" comme l'assurait son l'ancien PDG Jean-François Mouney, apparaît comme une impasse.

Le pari de la stéatohépatite non-alcoolique (NASH) n'était pourtant pas au départ sur la feuille de route de Genfit. Face à cette maladie qui se caractérise par des inflammations et une augmentation de la taille du foie et peut évoluer vers une cirrhose ou un cancer, la première étape aujourd'hui est d'observer les recommandations hygiéno-diététiques habituelles - pratiquer une activité physique régulière et reprendre une alimentation plus saine. Mais vu le nombre de patients potentiels (5 à 10% de la population des pays développés, la prévalence exacte restant sujette à débat) et l'absence de traitement médicamenteux, de nombreux laboratoires se sont lancés dans la mise au point d'un médicament susceptible d'être prescrit largement, Genfit étant avec l'américain Intercept parmi les plus avancés.

Créée en septembre 1999 par Jean-François Mouney et Florence Séjourné, avec le soutien scientifique du professeur Jean-Charles Fruchart et du professeur Bart Staels, la société suivait à l'origine un modèle "construit sur la base d'une double vision scientifique et industrielle" illustré par la signature d'accords de collaborations pour le compte d'industriels (comme Sanofi, UCB ou Merck) générant des revenus lui permettant de financer, à partir de 2001, une partie du développement de ses propres médicaments candidats. "En parallèle, la gestion des coûts opérationnels de la société a toujours été parfaitement maîtrisée, ce qui a permis de dégager des bénéfices depuis son premier exercice", ajoutait Genfit au moment de son arrivée en Bourse en décembre 2006.

Cette "fusion entre innovation scientifique et pragmatisme économique" était présentée comme "un point fort de sa culture managériale", dans son document d'introduction.

Un portefeuille à l'origine bien garni

À l'orée de son parcours boursier, la société présentait ainsi un portefeuille comprenant, partenariats compris, quatre produits en phase 2 et un produit en phase 1, "ainsi que de nombreuses autres molécules en développement préclinique et à des stades de recherche plus amont ciblant la maladie cardio-métabolique, un marché mondial de blockbusters" (terme désignant des médicaments représentant au moins 1 milliard de dollars de chiffre d'affaires). La maladie cardio-métabolique est une notion recouvrant la coexistence fréquente chez certains patients d'une dyslipédiémie, d'un diabète, d'une hypertension et/ou d'un surpoids, illustrant le caractère multifactoriel du risque cardiovasculaire.

Parmi ses deux molécules en propre, un composé prêt à entrer en phase 2 chez des patients présentant des dyslipédémies mixtes (à la fois trop de triglycérides et de LDL-cholestérol) le GFT14 et un second, le GFT505, visant à bloquer le développement de la plaque d'athérome dans les artères chez les patients avec surcharge pondérale ou un diabète, moins avancé puisqu'au début de la phase 1.

Dans la perspective de son entrée en Bourse, la société envisageait aussi "l'acquisition de nouvelles molécules pouvant présenter avec celles de son portefeuille des complémentarités en termes de champs thérapeutiques couvert ou de cibles visées"

Dès 2007-2008 toutefois, Genfit acte le fait que la phase 2 bouclée l'année précédente montre que GFT14 n'est pas compétitif face aux fibrates et en stoppe le développement, faute d'avoir pu mettre au point un dosage supérieur. La société abandonne aussi une partie de son portefeuille amont. Ces arbitrages conduisent d'ailleurs à une érosion des effectifs pendant plusieurs années.

À rebours de la politique prônée par le PDG lors d'un entretien au site Boursier.com lorsqu'il qualifiait de "dangereux" le mode de fonctionnement de certaines biotechs "mettant tous leurs œufs dans le même panier, c'est-à-dire un maximum de financement sur un seul produit sans en avoir un deuxième derrière", le GFT505 devient de fait le principal actif de la société.

Les actionnaires bercés par la perspective d'un accord industriel

Sans inquiéter Jean-François Mouney, qui assurait en effet dans une interview subséquente que la molécule "vaudra plusieurs centaines millions d'euros" quand un accord sera négocié avec un partenaire, une signature que le dirigeant attendait alors "à une distance de plus en plus excitante et raisonnable", d'ici la fin 2009.

Tandis que que le partenariat espéré se fait toujours attendre, le torchon brûle au sommet de l'entreprise entre Jean-Charles Fruchard et Jean-François Mouney. Le professeur, à l'origine de la molécule, affirme notamment que des produits génériques de la catégorie des fibrates font mieux que le GFT505 sur les triglycérides et le cholestérol. Les deux parties finissent par se séparer sur fond de procédures judiciaires.

La molécule est allée d'échec en échec

Ce n'est qu'en 2012 que la firme positionne résolument la molécule dans la NASH en lançant l'essai GFT505-212-7 ("GOLDEN505"), sur fond de sensibilisation grandissante de la communauté médicale à cette affection. Essai qui n'aboutit pas de façon probante en 2015, conduisant au premier gros accident boursier pour Genfit. Ce qui ne dissuade néanmoins pas la direction de faire quitte ou double, en démarrant un essai de phase 3 à la fin de la même année, quitte à se concentrer sur le dosage le plus élevé, et que la société finance sur les fond levés auprès des investisseurs notamment au Nasdaq.

Mais sans plus de réussite qu'en phase 2, puisque à nouveau le taux de guérison de la maladie a été très important... chez les patients sous placebo. Une issue prévisible, mais néanmoins bien amère pour les investisseurs abreuvés de déclarations optimistes de la part de la société et d'objectifs de cours démesurés de certains analystes. Et qui oblige la nouvelle direction de Genfit à une douloureuse remise en question stratégique, sans beaucoup de visibilité à l'heure actuelle. Le nouveau directeur général espère être en mesure de présenter une "nouvelle orientation stratégique globale plus tard dans l’année".L'équation devra prendre en compte la nécessité de rembourser d'ici deux ans d'un important emprunt convertible émis en 2017, à des conditions qui rendent la conversion aujourd'hui hautement improbable. En revanche, la NASH risque bien de ne plus en faire partie.

Guillaume Bayre - ©2020 BFM Bourse
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Votre avis

Ils ont donné leur avis

12/05/2020 par phijacq 3
Bien qu’intéressant de par l’analyse de l’histoire boursière de Genefit cet article me laisse perplexe, BFM Bourse faisait une recommandation d’achat le 29/04/2020! Si l’horizon était aussi bouché, pourquoi une recommandation à la hausse ? Les analystes de BFM sont des bleus où le journaliste a beau rôle de commenter une histoire déjà écrite ?
12/05/2020 par titi7511 1
mouney escroc
12/05/2020 par letsar 0
Merci.
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