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GENFIT

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Genfit : Comment succès et polémiques ont émaillé l'histoire boursière de Genfit

mardi 3 septembre 2019 à 18h00
Retour sur les polémiques qui ont émaillé le parcours de Genfit

(BFM Bourse) - Fondée en 1999 et présentée aux investisseurs en 2007, la société lilloise Genfit est devenue l'une des biotechs françaises les plus valorisées. Entre 2013 et 2015, son envolée boursière a fait le bonheur de ses actionnaires. Mais l'échec d'un essai de phase clinique intermédiaire sur son principal produit a inversé la tendance. Le retrait de Jean-François Mouney de ses fonctions de directeur général, au profit d'un profil plus international, intervient après plusieurs années de repli.

Alors que Genfit prévoit de publier à la fin de l'année les résultats intérimaires d'un essai clinique déterminant pour obtenir (vingt ans après sa création) l'autorisation de mise sur le marché d'un premier médicament, la changement de gouvernance annoncé lundi soir par la société nordiste plonge les boursicoteurs dans la perplexité. Et entraîné un recul du titre de 1,64% à 15 euros mardi.

Il faut dire que les moindre faits et gestes de Genfit font depuis des années l'objet d'une attention fiévreuse, rançon d'une popularité acquise par l'entreprise entre 2013 et 2015. En deux années, son cours de Bourse avait flambé de... 2.900%, soit une multiplication par 20 de sa valeur, suscitant l'euphorie de ses actionnaires et attirant un grand nombre de petits porteurs. Revers de cette considérable popularité, chaque événement -et même certains non-événements- touchant à la société, incluse dès 2014 dans l'échantillon des 120 plus grosses capitalisations parisiennes (le SBF 120), est disséqué et interprété à toutes les sauces.

La volonté de Jean-François Mouney, l'un des co-fondateurs et actuel PDG, de prendre du recul en cédant la direction opérationnelle à Pascal Prigent, directeur commercial arrivé l'an dernier dans l'entreprise, n'échappe pas à la règle. Sur le principal forum consacré à la Bourse, celui de Boursorama, certains internautes se déchaînent en dénonçant le parcours décevant du titre ces dernières années. Au contraire d'autres jugent bienvenue l'arrivée d'un dirigeant fort d'une expérience internationale.

Après un pic à près de 70 euros au tout début de 2015, Genfit a en effet fait l'objet de multiples polémiques. Petit florilège des plus marquantes d'entre elles.

Une cession qui a fait couler beaucoup d'encre

Le 26 septembre 2014, la banque d'investissement Oddo contacte le PDG pour signaler qu'un investisseur institutionnel souhaite acquérir un bloc de titres. Le jour même, le patron est interrogé lors de l'émission Intégrale Bourse sur BFM Business. À cette occasion, il met en avant "le potentiel assez extraordinaire que représente le marché de la Nash" (la maladie du foie gras humain) sur lequel est positionné son principal projet, GFT-505, avec 12 à 15% de la population adulte touchée aux USA. Dans la foulée, le dirigeant donne son feu vert à la cession de 142.000 actions au cours moyen pondéré de la séance, qui se termine en hausse de 4%.

Une fois la séance de Bourse clôturée, la société publie ses résultats semestriels révélant un alourdissement des pertes, et l'action perd 3% le lendemain et 15% en quatre jours. Après quelques mois (le 19 janvier 2015) l'AMF ouvre une enquête pour mettre au clair la séquence de ces événements. Au terme de la procédure, en septembre 2017, la commission des sanctions de l'Autorité des marchés financiers décide de suivre l'avis de son rapporteur, et met hors de cause le dirigeant dans la mesure où le niveau des pertes (révélées dans le communiqué de 2015, dont le contenu était connu du PDG au moment où il s'exprimait) n'est pas considéré comme un indicateur important pour une biotech, où c'est surtout le niveau de trésorerie qui compte.

Des rumeurs de rachat non suivies d'effet

Début mars 2015, l’agence Bloomberg rapporte que la société biopharmaceutique mènerait des discussions avec des acquéreurs potentiels parmi les grands noms de la pharmacie. Une rumeur qui n'était pas nouvelle (le Financial Times en avait déjà fait état dès 2010, citant Takeda) et qui est d'ailleurs revenue depuis (mars 2017 via StreetInsider, avançant alors le nom de Novartis). Mais à ce jour, la firme n'est pas adossée à un industriel, et dépend donc toujours du marché pour se financer.

Un calage statistique lors d'un essai clinique

Le 26 mars 2015 après Bourse, l'entreprise publie les premières données d'un essai de phase 2 (preuve de concept clinique) sur le GFT-505, évaluant l'effet d'une prise quotidienne de sa molécule phare chez 274 patients atteints de la NASH, dont le critère principal était le pourcentage de patients affichant au bout d'un an de traitement une réversion de la maladie sans aggravation de la fibrose. Mais ce critère n'est pas atteint de façon statistiquement significative, en raison d'une part du "taux inattendu de résolution de la Nash chez les patients [inclus dans] le groupe placebo qui avaient un stade précoce" (plus de la moitié des patients sous placebo qui présentaient un score d’activité modéré au départ de l'essai n’avaient plus de signes de la maladie à la fin) et "du nombre élevé de sites avec un faible effectif" (les patients avaient été répartis sur 56 sites différents)". Le lendemain, l'action perd 44% (jusqu'à -60% en séance).

Genfit souligne toutefois que le critère principal d'évaluation aurait été atteint en ne retenant que les données des patients plus gravement atteints et en corrigeant "l’hétérogénéité des sites par une analyse statistique standardisée". Aussi, l’entreprise poursuit le développement de la molécule au vu d’effets positifs chez les patients les plus touchés. La phase 3 quant à elle, dont les résultats intérimaires (après 72 semaines de traitement) sont programmés à la fin de l'année, ne comprend que des patients chez qui la maladie est déjà bien établie.

Reste qu'entre les zélateurs -les fans avaient même fondé un club, Horizon Genfit, regroupant 1.500 membres- et les détracteurs de Genfit, prompts à pointer certains écarts entre les intentions affichées et la réalité des progrès de l'entreprise, le débat quant à la qualité des résultats de phase 2 n'a jamais été clos.

Pour les scientifiques auteurs de l'article, paru dans la revue Gastroenterology, rendant compte de l'essai, les résultats de Genfit "se comparent favorablement à ceux d'autres agents [thérapeutiques] expérimentaux testés dans des essais comparables", citant les données obtenues par l'américain Intercept dans l'essai FLINT pour l'acide obéticholique (depuis homologué et dénommé Ocaliva) - tout en soulignant qu'il est difficile de faire des comparaisons directes entre des données obtenues dans des essais différents. "Seuls des essais de phase 3 de grande taille donneront des estimations fiables de la réponse aux traitements pour l'acide obéticholique et l'élafibranor. Mais ce qui est clair jusqu'à présent c'est qu'une majorité de patients sont non-répondeurs et que des stratégies pharmacologiques complémentaires seront nécessaires", indiquaient les experts scientifiques dans l'analyse de l'étude.

A contrario, l'entreprise a aussi de réels succès à son actif.

Dans la PBC, un succès statistiquement validé

Beaucoup d'entreprises développant de nouvelles entités thérapeutiques, ce qui présente un risque d'échec particulièrement élevé (en ordre de grandeur, seule une molécule sur dix nouvelles parvient sur le marché au terme des essais) s'efforcent de mettre en oeuvre des débouchés alternatifs à la principale indication attendue. Selon cette stratégie, Genfit a aussi conduit des essais testant l'élafibranor dans la cholangite biliaire primitive (PBC), une maladie rare qui réduit la capacité du foie à éliminer des toxines, et peut conduire à la fibrose des tissus hépatiques voire à la cirrhose. Les recherches portant sur des cohortes par nature plus petites sont plus rapides.

Dans ce cadre, une étude de phase 2 pendant douze semaines de traitement a atteint ses critères principal et secondaires, de façon statistiquement significative. L'administration de la molécule a permis de diminuer la concentration d’alkaline phosphatase (ALP, un marqueur reconnu de la PBC) de 48% à la dose de 80 milligrammes d'élafibranor et de 41% à 120 milligrammes, alors que la concentration d'ALP a au contrairement légèrement augmenté chez les patients sous placebo. Qui plus est, la molécule de Genfit n'a pas généré plus d'effet secondaires que le placebo et les patients ayant reçu la molécule ont même montré des améliorations également au niveau de marqueurs métaboliques comme le cholestérol total et les triglycérides. Une amélioration du prurit (démangeaisons typiques de la PBC) a enfin été observée.

Les portes du Nasdaq se sont largement ouvertes

Le PDG en parlait dès 2014 : "la cotation au Nasdaq s'inscrira dans la logique des choses", indiquait Jean-François Mouney lors d'un entretien à BFM Bourse. Après avoir patiemment développé sa réputation auprès de la communauté d'investisseurs aux Etats-Unis, et obtenu un succès clinique cette fois incontestable via l'indication PBC, la firme a franchi la pas début 2019, levant au final plus de 155 millions de dollars. L'un des plus gros succès pour une opération primaire d'une biotech tricolore sur le marché de référence américain.

"Percée thérapeutique"

Cerise sur le gâteau PBC, la société a obtenu de la sévère agence américaine du médicament (FDA) le statut de "breakthrough therapy", signifiant que l'élafibranor pourrait représenter une percée thérapeutique dans le traitement de cette maladie rare. D'une part, c'est le statut le plus envié que puisse accorder la FDA. On estime que seul un quart des demandes pour l'obtenir sont acceptées, ce qui est beaucoup plus sélectif que le statut "fast track" par exemple. De plus, l'attribution de ce statut implique un parcours réglementaire facilité auprès de la FDA, et donc une mise sur le marché potentielle plus rapide dans l'indication considérée.

Guillaume Bayre - ©2020 BFM Bourse
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