(BFM Bourse) - L'établissement de la rue d'Antin a sous-performé son secteur l'an passé, plombé par l'importante incertitude juridique liée au Soudan. Mais BNP Paribas est désormais la grande banque européenne la moins chère en Bourse. Plusieurs analystes ont relevé, ces dernières semaines, leur opinion sur le titre.
Les actionnaires de BNP Paribas pourront, paradoxalement, nourrir des regrets au titre de l'année 2025. La banque de la rue d'Antin a, certes, affiché une belle performance sur le papier, avec une hausse de 36,42%, la huitième plus forte du CAC 40.
Mais ce bond cache une nette sous-performance par rapport à l'ensemble de son secteur en Europe. L'an passé, l'indice Stoxx Europe 600 avait bondi de 67%, soit pas loin de deux fois plus que l'établissement dirigé par Jean-Laurent Bonnafé.
BNP Paribas a pu être pénalisée par le retour du risque politique en France, qui a pesé sur l'ensemble des banques cotées à Paris.
Toutefois, "l'éléphant dans la pièce", pour reprendre l'expression anglaise, reste évidemment le litige soudanais.
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Une condamnation fermement contestée par la banque
En 2016, trois réfugiés soudanais aux États-Unis ont déposé une plainte contre la banque française, l'accusant d'être complice des violences commises par le régime d'Omar Al-Bachir, ancien président soudanais renversé par un coup d'État en avril 2019, et par des milices affiliées.
Mi-octobre, un jury populaire de New York a condamné la banque à verser 20,75 milliards de dollars de dommages et intérêts à ces réfugiés après l'avoir jugée complice d'exactions au Soudan.
La Bourse a paniqué, non pas en raison du verdict à proprement parler mais des estimations de plusieurs milliards de dollars (jusqu'à 10 milliards selon Bloomberg) du coût d'un potentiel accord transactionnel ("settlement") avec d'autres plaignants. Au-delà des trois personnes indemnisées, le nombre de réfugiés pouvant ester en justice a été estimé autour de 23.000 par les avocats des plaignants.
BNP Paribas a fermement contesté le jugement, le qualifiant de "manifestement erroné", et a décidé de faire appel. La banque a aussi prévenu le marché qu'extrapoler le verdict du jury de New York n'avait pas de sens.
"BNP Paribas n'a jamais financé des activités liées au génocide au Darfour (une région à l'Ouest du Soudan, NDLR): les transactions évoquées par la justice américaine - qui remontent à plus de 15 ans - étaient des opérations commerciales classiques destinées à sécuriser des échanges sur des biens de première nécessité comme du coton, du pétrole ou des céréales", développe la banque sur son site.
Le groupe argue que les services bancaires fournis n’ont pas causé de préjudice aux plaignants et qu'"aucune preuve n’a été apportée démontrant le contraire".
"Ces opérations étaient pleinement conformes aux législations européenne et suisse, lesquelles autorisaient les activités bancaires avec ces entités, dès lors qu’elles n’impliquaient pas d’équipements militaires, et ce afin d'éviter d'aggraver la situation économique et humanitaire des civils", assure encore le groupe.
Début janvier, l'entreprise a annoncé que la justice américaine avait certifié le verdict du mois d'octobre, ce qui permet à l'établissement de faire appel.
Selon JPMorgan, cette procédure pourrait prendre entre huit et douze mois, sauf si BNP Paribas venait à obtenir un dispositif accéléré ("fast track").
BNP Paribas compte démontrer, lors de cet appel, "que les règles de droit appliquées lors du procès sont fondées sur une interprétation erronée du droit suisse applicable, et qu’un examen complet et impartial des faits implique le rejet des demandes".
Un coup d'arrêt
Le groupe s'est dit confiant dans la "solidité de ses arguments" et donc dans le fait que le verdict d'octobre sera annulé en appel.
Le directeur financier, Lars Marchenil, avait d'ailleurs indiqué aux analystes, fin octobre, que le groupe n'avait passé aucune provision liée à ce dossier, selon des propos rapportés par plusieurs bureaux d'études.
Malgré une communication offensive de BNP Paribas sur ce litige, il est indéniable que le verdict du jury populaire de New York a porté un sérieux coup de canif au parcours de l'action. Le titre a chuté de 10% en deux séances à la suite du verdict new-yorkais.
Jefferies avait jugé que la chute du titre était exagérée. Certes, ce litige soudanais représente une épée de Damoclès. Mais cela ne justifie pas la perte de capitalisation boursière de 8 milliards d'euros enregistrée par BNP Paribas, considérait alors l'intermédiaire financier.
D'autres analystes, auparavant optimistes sur le titre, ont, eux, préféré se mettre sur la touche. Barclays a, dans la foulée de l'annonce, abandonné sa recommandation à "surpondérer" (équivalent d'acheter) sur le titre.
Des analystes ont jeté l'éponge
La banque britannique écrivait alors qu'évaluer le risque financier lié à cette affaire était "pratiquement impossible, compte tenu du manque d'informations disponibles".
""L'issue de l'appel revêt une importance particulière, mais le délai moyen avant l'appel est de huit mois (selon BNP), ce qui laisse présager une incertitude prolongée autour de cette question. Il est également important de noter que même dans ce cas, nous ne pouvons prédire l'issue de l'appel", développait Barclays.
Quelques semaines plus tard, Deutsche Bank a imité Barclays, passant d'"acheter" à "conserver". L'établissement redoutait que ce litige provoque une "longue et coûteuse" attente, éclipsant les fondamentaux robustes de l'établissement.
"Bien que BNP dispose d'arguments (judiciaires, NDLR) solides et que les risques soient largement pris en compte dans les cours, la situation reste floue et les résultats imprévisibles", poursuivait la banque allemande qui évoquait "une incertitude écrasante".
Pour convaincre le marché, l'établissement a livré, fin novembre, des annonces démontant sa confiance dans ses perspectives, quand bien même ces dernières sont obstruées par le litige soudanais.
Le groupe a relevé son objectif de ratio de solvabilité CET 1, qui rapporte les fonds propres à l'encours pondéré des risques, pour le porter à 13% en 2027 contre 12,5% précédemment.
Plusieurs analystes avaient précédemment écrit que les investisseurs souhaitaient que BNP Paribas ait des ambitions plus élevées sur ce ratio CET 1.
Le groupe avait aussi confirmé viser un ROTE (le retour sur fonds propres tangibles), qui rapporte le bénéfice net aux capitaux propres retraité de certains éléments, de 12% en 2026 puis de 13% en 2028.
La banque avait également décidé de lancer un programme de rachats d'actions de 1,15 milliard d'euros et avait indiqué que tout excédent de capital supérieur à son objectif de ratio CET 1 de 13% sera redistribué aux actionnaires.
Jefferies avait alors salué "un tournant significatif pour la perception des investisseurs", ainsi qu'une "déclaration claire de force".
Un risque déjà pleinement intégré?
Qu'attendre pour 2026 ? Est-ce que BNP Paribas parviendra à grimper en Bourse malgré les incertitudes causées par le litige soudanien ?
Un argument est avancé par plusieurs analystes: la valorisation de la banque est désormais très attrayante au regard de ses fondamentaux. Peut-être trop pour ne pas saisir l'occasion.
En décembre, Oddo BHF a livré sa liste de grandes valeurs à jouer en Europe en 2026. BNP Paribas figure parmi la trentaine de titres retenus par le courtier. Oddo BHF remarquait alors que l'action s'échangeait seulement 6,7 fois les bénéfices attendus en 2026 contre 9,1 fois, en moyenne, pour les établissements de sa couverture.
Si bien que le risque associé au litige soudanais lui semblait "avoir déjà été 'pricé' (digéré, NDLR) et intégré par le marché".
Oddo BHF s'attend à ce que la décision en appel, attendue d'ici la fin de l'année selon le courtier, permette d'améliorer la visibilité sur ce dossier.
Ce alors que les résultats de BNP Paribas sont voués à s'améliorer. Le ROTE "va bénéficier, de l’amélioration attendue de la rentabilité en banque commerciale en France et en 'personal finance' (crédit à la consommation, NDLR), ainsi que de la contribution positive des acquisitions récentes, dont AXA IM, qui vont contribuer à augmenter la part du résultat du groupe provenant du pôle IPS (bancassurance, gestion d'actifs et banque privée/gestion de fortune)", développe Oddo BHF.
JP Morgan confiante dans les objectifs
JPMorgan a relevé son conseil à" surpondérer" (équivalent d'acheter) au début du mois, soulignant que BNP Paribas est "devenue la banque la moins chère d'Europe" en raison du litige soudanais.
La banque apprécie que le groupe ait décidé de renforcer son ratio de solvabilité. "La direction de BNP cherche activement à répondre aux préoccupations du marché concernant les fonds propres, avec un sentiment d'urgence accru", note JPMorgan.
L'établissement américain souligne aussi les mesures prises par la banque pour combler l'écart avec ses concurrents sur le ROTE, avec des plans stratégiques visant la banque de détail ou encore l'activité de crédit à la consommation.
JPMorgan s'attend à ce que la société respecte ses objectifs en la matière, retenant un ROTE de 12,7% en 2027 et 13,1% en 2028. Ces cibles sont "à portée de main", juge le groupe américain, qui s'attend à ce que les multiples boursiers de BNP Paribas s'apprécient au fur et à mesure que le groupe se rapproche de ces objectifs.
UBS optimiste
UBS a fait le même mouvement que JPMorgan, passant à l'achat sur l'action le 7 janvier. La banque suisse voit le titre prendre plus de 25%, la valeur étant désormais "trop bon marché" pour être ignorée.
"Tout tableau de valorisation montrera que BNP Paribas est la banque européenne à grande capitalisation la moins chère dans un secteur très prisé", appuie la banque helvétique qui a même inclus le groupe français dans la liste de ses valeurs préférées en Europe.
Comme sa consoeur américaine, la banque suisse table sur un "rerating" (une appréciation des multiples boursiers) de l'action BNP Paribas car la banque parviendra à améliorer la confiance des investisseurs quant à la réalisation de ses objectifs de capital et de rentabilité.
UBS pense elle aussi que l'établissement atteindra sa cible d'un ROTE de 13% en 2028, retenant un taux de 13,4%. Ce qui devrait être permis par plusieurs plans de restructurations (en France, en Belgique, en Italie) et par la croissance des revenus nets d'intérêts dans la banque de détail en France.
Ces revenus correspondent à l'argent que génère une banque via la différence entre les intérêts perçus sur les crédits et la rémunération versée sur les dépôts et les livrets.
Citi table sur zéro coût pour BNP Paribas
Concernant le litige soudanais, UBS note qu'il s'agit évidemment d'une incertitude et reconnaît qu'elle n'a pas les moyens de déterminer réellement le coût potentiel du litige pour BNP Paribas.
"Nous constatons toutefois un écart de valorisation important, qui dépasse de plusieurs fois les amendes précédemment prononcées (qui ne sont pas assimilables à des poursuites civiles), et une banque qui, selon nous, devrait devenir nettement plus rentable dans les années à venir et qui s'est montrée plus ouverte aux cessions et aux restructurations que nous ne l'avions prévu et que ne le pense le marché", fait valoir le groupe suisse.
Dans une note publiée en décembre, Citi prenait davantage de risques. Le groupe américain expliquait avoir écouté les positions de l'avocat général de BNP Paribas mais aussi celles d'experts indépendantes.
Conclusion de Citi: "nous pensons que BNP Paribas dispose de solides arguments dans l'appel du verdict rendu dans le cadre du litige au Soudan".
"Cela reflète la capacité à prouver le lien de causalité et l'application correcte du droit suisse (et la charge de la preuve plus lourde qui y est associée), qui sera désormais examinée par trois juges (et non par un jury)" devant la Cour d'appel, ajoutait la banque, à l'achat sur le titre.
Dans son scénario central, Citi estime que BNP Paribas ne paiera rien. Dans le pire des cas, le bureau d'études évalue le coût à 5 milliards d'euros, mais juge cette issue "peu probable".
Au passage, comme ses consoeurs, la banque américaine juge l'action "particulièrement bon marché".
JPMorgan estime aussi que BNP Paribas possède de solides arguments sur le dossier soudanais et juge que la probabilité d'un recours collectif ("class actions") demeure "faible". Toutefois, la banque américaine a intégré par prudence une provision de 2,5 milliards d'euros dans ses prévisions à l'horizon 2027, "afin de refléter l'incertitude sur ce dossier".
JPMorgan explique, par ailleurs, que le dossier pose des risques sur la distribution aux actionnaires (dividendes, rachats d'actions) mais pas sur la trajectoire en capital de la banque française.
BNP Paribas publiera ses résultats annuels le 5 février et aura alors l'occasion de faire le point sur le dossier soudanais.
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