(BFM Bourse) - La société spatiale, de satellites, et d'IA d'Elon Musk déboule ce vendredi 12 juin à Wall Street. Comment acheter ses actions? Quelle est le risque ? Que nous apprennent les précédents méga-introductions en Bourse ? BFM Bourse fait le point sur ces questions.
L'entrée en Bourse de SpaceX est imminente... L'entreprise spatiale d'Elon Musk doit faire ses premiers pas boursiers le 12 juin à la Bourse de New York, selon plusieurs médias.
Cette mise en orbite se fera sous le "ticker" ou code mnémo "SPCX". La société avait confirmé cette information à l'occasion du dépôt de son document d’introduction en Bourse auprès de la SEC, le gendarme américain des marchés financiers, le 20 mai dernier.
L'opération s'annonce historique. La société a officialisé les modalités de son entrée en Bourse, mercredi 3 juin. La société compte lever 75 milliards de dollars à un prix fixé à 135 dollars par action. Bien plus que les 25 milliards de dollars levés par le géant pétrolier Saudi Aramco en 2019.
Le groupe viserait à cette occasion une valorisation tutoyant les 1.770 milliards de dollars. SpaceX ferait directement son entrée dans le top 10 mondial des plus importantes sociétés cotées en Bourse. L'entrée en Bourse de SpaceX se présente déjà comme celle de tous les superlatifs.
Alors comment participer à cette opération très médiatisée? Quels sont les risques encourus? Quel sont les principaux enseignements des précédentes méga-introductions en Bourse ? BFM Bourse fait le point sur ces questions.
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>Comment acheter des actions SpaceX ?
"Pour l'instant, l'actionnaire français ne peut pas acheter des titres SpaceX, il doit attendre l'arrivée en Bourse de SpaceX à Wall Street", explique Félix Baron, auteur de la lettre Les Investisseurs Indépendants.
"Certes, certains intermédiaires financiers proposent d'investir dans des actions qui ont été échangées lors des levées de fonds du groupe et qui sont donc non cotées. Mais ce sont des titres pas très liquides, avec des tickets d'entrée élevées de 5.000 à 10.000 euros. Pour les petits boursicoteurs il est plus simple d'attendre le début de la cotation", poursuit l'expert.
L'attente ne sera guère longue. Selon plusieurs médias américains, SpaceX compte débarquer ce vendredi 12 juin à la Bourse de New York, sur le Nasdaq. Les investisseurs français pourront donc acheter l'action sitôt le début de la cotation du titre, ce qui surviendra entre 15h30 et 22h, heure française.
Passer par le compte-titres ordinaire
"Pour cela il faut ouvrir un compte-titres ordinaire (CTO) chez une banque ou un courtier et bien vérifier que ce CTO donne accès au marché américain, tout en regardant au passage les frais. Mais, ces récentes années, la très grande majorité des courtiers et des banques proposent des CTO qui permettent d'investir dans des actions américaines, quelques vilains petits canards mis à part", explique Félix Baron.
Ce compte-titres ordinaire est associé à un compte-espèces qui accueille les liquidités utilisé pour acheter les actifs (comme les actions donc), constitue une réserve de cash et permet également de recevoir les dividendes.
"Il suffit ensuite d'entrer le "ticker" (le code boursier) de SpaceX, c'est-à-dire 'SPCX' dans la barre de recherche de l'application gérant ce CTO pour passer des ordres sur SpaceX", poursuit Félix Baron.
À noter que SpaceX étant une entreprise américaine basée aux États-Unis, elle n'est pas éligible à l'autre véhicule d'investissement en Bourse destiné aux particuliers, le PEA (plan épargne en actions). Ce plan d'épargne est limité aux entreprises européennes et dispose d'avantages fiscaux (les plus-values sont exonérées d'impôts sur le revenus au bout de cinq années de détention).
Pour le CTO, l'imposition des gains réalisées sur les plus-values se fait soit au prélèvement forfaitaire libératoire de 30% (12,8% d'imposition et 17,2% de prélèvements sociaux) soit au barème de l'impôt sur le revenu augmenté des prélèvements sociaux augmenté des prélèvements sociaux de 17,2%.
Reste que le boursicoteur peut choisir d'investir non pas dans l'action en direct mais via un fonds indiciel (ETF) aux côtés d'autres titres.
>Quels ETF pour miser sur SpaceX
Pour ne pas rater cette fenêtre de tir historique, les sociétés de gestion ont encore fait preuve de créativité financière. Elles ont étoffé leur gamme d'ETF (ou fonds indiciels cotés) afin appâter des clients voulant mettre leurs investissements sur orbite.
Ces derniers mois, plusieurs gestionnaires d'actifs ont donc lancé leurs propres ETF dédiés à l'espace, dont certains intégrant déjà du SpaceX en amont de son introduction en Bourse. Surtout depuis que le régulateur américain a autorisé les fonds communs de placement et les ETF à détenir au maximum 15 % d'actifs "illiquides", soit des titres de sociétés non cotées en Bourse.
Être exposé à SpaceX par des ETF
C'est le cas de l'ETF ERShares Private-Public Crossover (XVOR), qui est exposé à hauteur de 13,24% sur SpaceX. Lancé en 2024, cet ETF a pour vocation de "démocratiser" l'accès des investisseurs particuliers aux sociétés non cotées. L'entreprise spatiale et d'IA d'Elon Musk pointe à la première position du fonds, devant le géant américain des puces graphiques Nvidia (11%) et d'Alphabet, la maison mère de Google (7,22%), selon les dernières données disponibles.
"Nos actifs sous gestion ont été multipliés par cinq en un mois et demi", a déclaré à l'AFP, Joel Shulman, fondateur d'ERShares, au sujet du fonds ETF XVOR, exposé à 15% environ à SpaceX.
Un autre ETF permet d'être exposé à SpaceX avant sa cotation en Bourse. Le fonds Tema Space Innovators ETF (NASA), est pour sa part exposé à hauteur de 6,70% dans le groupe spatiale soit sa quatrième position, selon les dernières données disponibles.
Dans un récent post sur X, The Kobeissi Letter a indiqué que ce fonds avait drainé la somme “record de 2,6 milliards de dollars” depuis son lancement en mars, qui ajoute que la valeur du fonds a également augmenté de 50% au cours de la même période.
L'ETF Baron First Principles (RONB) est aussi exposé à SpaceX mais dans une proportion beaucoup moindre, avec 2,21%, ce faisant la 19e position du fonds, la première étant... Tesla, le constructeur automobile d'Elon Musk (14.20%). Pourtant, il n'en était pas ainsi il y a encore six mois.
Ce fonds lancé en fin d'année 2025 était pourtant le premier à adopter une approche agressive en amont de l'introduction en Bourse de SpaceX. Fin janvier, l'entreprise spatiale d'Elon Musk pesait pour 21,5% de cet ETF. Cette participation était alors complétée par une position de 5,4% dans l'entreprise d'intelligence artificielle xAI (avant la fusion avec SpaceX, NDLR), ce qui portait l’exposition totale du fonds sur ces entreprises non cotées en Bourse à près de 27%., expliquait ETF.com en janvier.
Baron Capital arguait alors que ses actions SpaceX n'était pas soumises à la règle des 15% de la SEC, le régulateur américain, parce qu’elle considère l’action comme "moins liquide", une catégorie distincte du système de classification de la SEC à « illiquide », indiquait le Financial Times. citant une personne au fait de la pensée de l’entreprise.
Une chose est sûre, c'est que la perspective de l'introduction en Bourse de SpaceX a mis en orbite la gestion passive. Les ETF liés au secteur spatial ont en effet attiré 1,3 milliard de dollars de nouveaux capitaux rien que le mois dernier, portant le total des actifs sous gestion de ce segment émergent à 3,3 milliards de dollars, selon des données de Morningstar Direct, citées par Reuters.
C'est bien plus que l'ETF UFO, pionnier en la matière, qui a cumulé 972 millions de dollars d'actifs, depuis ses débuts il y a sept ans.
"Une fois que SpaceX sera cotée en Bourse, toute personne souhaitant acquérir des actions pourra les acheter sur le marché. À ce moment-là, la valeur de rareté dont ces fonds et ces ETF ont tiré profit grâce à l’exposition qu’ils offraient avant l’introduction en bourse disparaîtra. C’est pourquoi la période qui s’écoule d’ici à la première cotation de l’action en tant que titre coté en Bourse est particulièrement importante pour un investisseur qui cherche à anticiper la suite", explique Jeffrey Ptak analyste chez Morningstar.
"De même, les jours suivant l’introduction en bourse pourraient s’avérer intéressants pour les investisseurs qui choisissent de rester dans ces fonds et ETF. Voici pourquoi : si certains investisseurs s’y sont temporairement installés pour bénéficier d’une exposition à SpaceX, il est possible qu’ils se retirent dès que l’action commencera à être négociée. Si cela se produit, ces fonds et ETF pourraient voir leur pondération dans SpaceX augmenter en raison de sorties de capitaux, un scénario qui a déjà eu lieu par le passé", avance-t-il.
Les investisseurs français devront être patients Si aux Etats-Unis, il est possible d’être exposé à SpaceX en amont de son introduction en Bourse avec des ETF, en France, c'est tout l'inverse. Bercy rappelle que les ETF peuvent être exposés à plusieurs classes d’actifs, à savoir les actions, les obligations, les devises les matières premières. Et non à des actifs non cotés, qui sont par nature illiquides.
Une fois cotée, l'action SpaceX pourra faire son entrée dans des ETF disponibles pour les investisseurs européens. "Les particuliers pourront probablement acheter plus tard, dans les jours qui suivent l'introduction, des actions SpaceX via des ETF. Ils pourront se positionner par exemple sur un ETF spatial", avance Félix Baron.
Un particulier pourra jeter son dévolu sur l'ETF WisdomTree Space Economy, lancé le 4 juin dernier par WisdomTree. "L’espace évolue d’un domaine de niche, principalement dirigé par les gouvernements, vers un écosystème économique plus large, dont l’importance commerciale et stratégique ne cesse de croître. Une étape déterminante de cette évolution pourrait être franchie avec l’introduction en bourse de SpaceX, qui devrait susciter un intérêt sans précédent de la part des investisseurs et accélérer encore davantage la participation du grand public à l’économie spatiale", déclare Pierre Debru, responsable de la recherche Europe de WisdomTree.
"Par ailleurs, les grands fournisseurs d'ETF répliquant les grands indices, comme Invesco ou Amundi par exemple, vont probablement devoir acheter SpaceX, car la société va intégrer plusieurs grands indices au vu de sa taille. Le groupe devrait devenir l'une des dix plus importantes capitalisations boursières au monde", rappelle Félix Baron.
La société de gestion Invesco est derrière l'ETF "QQQ", très populaire aux États-Unis et qui réplique l’indice Nasdaq 100. L'opérateur Nasdaq a récemment revu la méthodologie d'inclusion dans cet indice phare, à l'issue d'une consultation réalisée cet hiver. Ces changements sont effectifs depuis le 1er mai prochain afin d'accueillir les futures grosses capitalisations, dont SpaceX quelques jours après leur entrée en Bourse.
"D'ailleurs quitte à investir dans SpaceX je recommande davantage de le faire via les ETF, qui sont simples, liquides et plus diversifiés qu'un achat en direct de l'action", préconise le spécialiste.
> Est-ce risqué d'investir dans SpaceX?
Oui. Par définition tout investissement en Bourse est risqué (avec un risque de perte totale de votre capital dans le pire des cas) et SpaceX ne déroge pas à cette règle immuable.
D'autant que la valorisation du groupe qu'implique son introduction en Bourse suscite le débat. Selon les indications de la société dans ses documents déposés auprès des autorités boursières américaines, l'entreprise entend s'introduire à un prix de 135 dollars par titre, ce qui valorise la totalité de ses actions (ce que l'on appelle la capitalisation boursière) à 1.770 milliards de dollars.
Or la société n'a dégagé que 18,7 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2025. Autrement dit, SpaceX se paierait 95 fois environ ses revenus de l'an passé, un multiple, sur le papier, ultra-exigeant. À titre de comparaison, Hermès, le groupe du CAC 40 avec les multiples boursiers les plus généreux, se traite moins de 11 fois ses revenus publiés en 2025. Nvidia, qui connaît certes une croissance affolante, s'échange 25 fois son dernier chiffre d'affaires annuel publié.
Morningstar évalue SpaceX à seulement 781 milliards de dollars, bien moins que la valorisation théorique de la société.
"La valeur de marché actuelle de l'entreprise dépend de sa capacité à ouvrir la voie à de nouvelles sources de revenus, telles que l'informatique orbitale, ce qui nous semble possible compte tenu des atouts uniques de l'entreprise, toutefois, leur viabilité, leur calendrier de mise en œuvre et leurs résultats financiers restent très incertains", met en garde l'intermédiaire financier.
Plusieurs écueils
Félix Baron, lui, ne recommande pas d'investir dans SpaceX au moment de cette introduction en Bourse. "On parle de cette introduction depuis plusieurs années car SpaceX a révolutionné le marché des lanceurs avec les fusées réutilisables, 80% des lancements étants effectués par eux. Et Elon Musk nous promet la conquête de l'espace, on joue le rêve", rappelle l'auteur de la lettre des investisseurs indépendants.
"Mais tout ce qui monte finit par descendre et plusieurs éléments alertent. Les méga-introductions en Bourse les plus récentes se sont ainsi traduites par de fortes chutes des cours dans les mois qui ont suivi (voire point suivant, NDLR)" poursuit-il.
D'autres aspects suscitent sa méfiance. "Le prix d’entrée d'une introduction en Bourse est aussi le prix de sortie pour les fondateurs, les premiers investisseurs, salariés et dirigeants. Ce prix a tendance à être maximisé pour plusieurs raisons. D'abord pour flatter l'ego des dirigeants. Ensuite parce que les banques conseils ont tendance à pousser à la hausse la valorisation, car leurs commissions se basent sur un pourcentage de cette valorisation. C'est ce qui s'était observé lors de la bulle internet", développe Félix Baron.
"Par ailleurs le 'timing' d'une introduction en Bourse compte. Actuellement on observe une euphorie inédite sur la tech, d'où le fait que SpaceX débarque à New York. Mais la valorisation reste trop élevée. SpaceX pourrait s'échanger 100-110 son dernier chiffre d'affaires alors que pour une société 'ordinaire', ce multiple se situe entre 2 et 3, peut-être 20 pour certains groupes de tech. Et on ne parle même pas de rentabilité, le groupe accusant des pertes", expose encore l'expert.
Un bon début quand même?
Morningstar s'attend toutefois à ce que les premiers pas en Bourse de la société se déroulent bien, tout du moins à court terme.
"Avec un flottant (la part des titres qui circulent librement sur le marché) initial modeste soutenu par la quasi-totalité des banques d'investissement de la planète, un engouement des investisseurs pour les offres liées aux infrastructures d'IA et une intégration sans précédent dans l'indice Nasdaq 100 à peine 15 jours de Bourse après l'introduction, nous pensons que le cours de l'action SpaceX devrait résister à la baisse et pourrait même progresser, du moins pendant un certain temps", reconnaît l'intermédiaire financier.
Mais dans les mois suivants, le titre se retrouverait "sous pression" au vu de sa survalorisation initiale.
Peut-être, conviendrait-il patienter quelques mois voire quelques trimestres. "Je nuancerai toutefois (son propos précédent, NDLR) en soulignant que SpaceX pourrait être un très bon investissement dans un an voire 18 mois, lorsqu'une série de comptes trimestriels auront été publiés et que l'on aura davantage de clarté sur la croissance et les perspectives de bénéfices", considère Félix Baron.
La valorisation de SpaceX repose avant tout sur des promesses de croissance et de conquêtes de l'espace, certes, difficiles à chiffre.
"SpaceX se trouve au carrefour de plusieurs thèmes que les investisseurs poursuivent depuis des années : les infrastructures d'intelligence artificielle, les communications spatiales, les dépenses en matière de sécurité nationale, la domination dans le domaine des lancements de fusées et l'expansion mondiale de Starlink", souligne Stephen Innes de Spi AM.
"La question la plus importante n'est pas de savoir si l'introduction en bourse est coûteuse. La véritable question est de savoir si les marchés boursiers sont devenus à ce point avides de croissance que le prix est désormais secondaire par rapport à l'accès", ajoute-t-il.
Selon les indiscrétions des médias anglo-saxons, plusieurs banques (Goldman Sachs, Morgan Stanley, Evercore ISI) voient SpaceX multiplier par 25 ses revenus d'ici à 2030 voire par 53 d'ici à cinq ans.
>Ce que nous apprennent les précédents cas de méga-introductions en Bourse?
Le succès d'une introduction en Bourse ne s'apprécie pas uniquement sur la séance inaugurale, mais bien sur la durée. C'est ce que rappelle dans un post Linkedin, Xavier Girard, responsable du Conseil Expert Milleis Banque Privée.
D'autant plus que les marchés vont digérer des opérations sans précédent avec les arrivées en Bourse prévues cette année d'OpenAI, Anthropic en plus de SpaceX. Xavier Girard rappelle que ces trois entreprises investissent énormément pour prendre des parts de marché "mais ne sont pas encore rentables et l'analyse et la valorisation sont très complexes et assez aléatoires".
Des performances contrastées
Xavier Girard a compilé et analysé les performances post-introduction de 41 grandes entrées en Bourse sur la période 2013-2025.
Dans le cas de Twitter (l'ancien nom de X détenu par Elon Musk), l'action avait fait une entrée fracassante en Bourse, flambant de 74% à l'issue de sa première journée de cotation, le 7 novembre 2013. Les performances passées ne préjugeant pas des performances futures, selon la formule consacrée, l'action Twitter cotait, six mois après cette entrée en Bourse en fanfare, 32% de moins que le prix fixé pour la plus grosse opération dans la tech après celle de Facebook en 2012.
La société avait publié ses premiers comptes en tant que société cotée. Et ils ont été très décevants puisqu'ils illustraient les difficultés de Twitter à recruter de nouveaux abonnés, en plus d'afficher des pertes de plus de 500 millions de dollars au dernier trimestre 2013.
Snap, la maison-mère du réseau social a aussi connu des débuts boursiers tonitruants. Son action avait flambé de 41% le jour de son entrée en Bourse, le 2 mars 2017. Cette introduction était alors la la plus importante dans la tech depuis Alibaba, en septembre 2014. À cette époque, le groupe dirigé par Jack Ma avait levé près de 25 milliards de dollars, valorisant le géant chinois à un montant supérieur à ses concurrents américains, eBay et Amazon.
Six mois plus tard, la lune de miel boursière tournait au cauchemar. L'action se négociait 39% en dessous de son prix fixé pour son entrée en Bourse. La société avait alors annoncé que sa perte trimestrielle avait plus que triplé en novembre 2017.
Le Wall Street Journal rappelait que les deux derniers résultats trimestriels de Snap avaient déjà clairement montré que le chiffre d’affaires n’était pas à la hauteur des attentes, que la croissance du nombre d’utilisateurs ralentissait face à la concurrence acharnée de Facebook Inc. et qu’un lancement de produit très médiatisé avait fait long feu.
"L'histoire invite à la prudence"
Saudi Aramco, qui détient encore pour quelques heures, le record de la plus grosse levée de fonds de l'histoire des marchés financiers, a connu des débuts boursiers plutôt convaincants en décembre 2019. géant pétrolier saoudien avait alors ouvert en hausse de 10%, soit le maximum autorisé par les autorités boursières et valait pratiquement autant que le CAC 40.
Trois mois plus tard, les actions du géant pétrolier saoudien Aramco s’échangeaient 20% en dessous de leur prix initial d'introduction en Bourse, en pleine pandémie de Covid-19.
"Ils ont tous souffert. Saudi Aramco a perdu 31% dans le mois qui a suivi son introduction en Bourse et il lui a ensuite fallu huit mois pour revenir au cours de départ", rappelle Felix Baron.
"Facebook (aujourd'hui Meta) avait perdu 60% dans les quatre mois suivant son introduction en Bourse même si c'est aujourd'hui un poids lourd de la cote. Le prix d'introduction était trop cher. Pareil pour Tesla qui avait chuté de 50% peu après son arrivée sur la cote", ajoute le spécialiste de marché.
"L’euphorie a souvent tendance à retomber dès le premier mois et surtout après trois mois de cotation. D’ailleurs l’écart type des performances augmente très fortement au bout de trois mois, illustrant de grandes disparités entre les parcours des valeurs. La performance diminue donc tandis que le risque augmente", détaille Xavier Girard.
"La constante que ces données confirment avec régularité : la qualité du modèle économique prime systématiquement sur le narratif d'introduction. Les valeurs ayant le mieux performé à horizon un an partagent un point commun structurant : une croissance de revenus visible et récurrente, assortie d'un chemin de profitabilité crédible. Dans ces cas, l'enthousiasme de marché s'érode, mais les fondamentaux, non", rappelle Xavier Girard.
"L'histoire nous invite également à la prudence. Les méga-introductions en Bourse surviennent souvent au moment même où l'enthousiasme est à son comble et où les attentes sont les plus exigeantes", prévient Stephen Innes de Spi AM.
La Bourse reste donc un formidable moyen pour les entreprises de se financer. Toutefois, les "conditions de marché" -systématiquement mises en cause lorsque l'opération n'aboutit pas- ne résument pas à elles seules l'échec ou la réussite d'une opération. Ce sont bien les conditions proposées aux investisseurs (multiples de valorisation demandés) qui in fine garantissent ou non la réussite du projet.
Par Julien Marion et Sabrina Sadgui
