(BFM Bourse) - Les trois grands groupes de luxe français publieront leurs résultats semestriels à la fin du mois, dans un contexte difficile marqué par le conflit au Moyen-Orient. Mais des signes de stabilisation encourageants pourraient être décelés dans leurs résultats.
La première partie de 2026 s'est avérée bien périlleuse pour le luxe en Bourse. Le compartiment a pris le bouillon, l'indice sectoriel Stoxx Europe Luxury 10 chutant de 16,4% depuis le début de l'année.
Si l'ensemble des titres se sont retrouvés sous pression, les groupes français sont particulièrement touchés. LVMH abandonne ainsi 28,4%, Hermès perd 22,6% et Kering 19,12%.
Les dernières publications du secteur ont été, au mieux, mitigées. LVMH a, au titre du premier trimestre, livré une activité inférieure aux attentes du marché dans la mode et maroquinerie, qui représente 72% des bénéfices, selon HSBC. Hermès a, de son côté, publié une croissance globalement décevante tandis que Kering a manqué le coche chez Gucci, de loin sa marque la plus importante.
Le conflit au Moyen-Orient a évidemment pesé sur l'activité et les cours de Bourse du secteur.
Non seulement la guerre dans la région a évidemment supprimé une partie des ventes au Moyen-Orient, mais la baisse du trafic aérien a obéré les dépenses de la clientèle du Golfe en Europe, a fortiori en France. Rappelons qu'environ 30% des achats de produits de luxe sont réalisés à l'étranger.
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Du mieux au second semestre?
LVMH avait chiffré l'impact sur sa croissance à hauteur de 1 point de pourcentage et de 3 points de pourcentage sur le seul mois de mars. Hermès, avait lui évoqué un impact d'environ 1,5 point de pourcentage sur la croissance de son groupe au premier trimestre.
Au-delà du seul conflit au Moyen-Orient, la Chine, source de croissance du secteur n'a pas montré de signes d'amélioration très notable.
La saison des résultats semestriels pourra-t-elle changer la donne? Les trois groupes français livreront tous leurs copies la dernière semaine de juillet. LVMH publiera ses comptes le 27 juillet, Kering suivra le 28 juillet avant qu'Hermès clôture le bal le 29 juillet.
Le suisse Richemont (Cartier, Van Cleef & Arpels), le britannique Burberry et l'italien Moncler ont déjà rendu leurs copies avec des fortunes diverses.
Si la croissance impressionnante de Richemont a été saluée par le marché, avec une hausse de l'action de 6,7% dans la foulée de la publication, Burberry (-6,4%) et Moncler (-7,9%) ont subi d'importantes sanctions boursières.
Pour l'ensemble du secteur, les analystes ne pensent pas que les publications seront forcément étincelantes. HSBC s'attend à une décélération de la croissance, avec une variation en données comparables de 4,3% au deuxième trimestre en moyenne sur les neuf groupes de sa couverture, contre 4,9% au premier trimestre.
"Il est peu probable que le deuxième trimestre affiche une amélioration significative de la croissance en données comparables par rapport au premier trimestre, compte tenu de l'impact persistant de la situation au Moyen-Orient, de la baisse des flux touristiques et de l'absence d'amélioration notable en Chine", tranche de son côté Deutsche Bank.
UBS, qui suit un nombre d'actions dans le secteur très important, se montre plus optimiste. La banque suisse table sur une croissance en données comparables de 6% au deuxième trimestre, contre 4% au premier.
"Les résultats du deuxième trimestre, pour lesquels nous tablons sur une accélération de la croissance du chiffre d'affaires, associés à une valorisation relative du secteur qui reste faible, pourraient contribuer à rétablir la confiance et fournir des premiers signes indiquant que les prévisions de bénéfices commencent à se stabiliser", développe la banque suisse.
Les investisseurs rechercheront probablement des signaux pour se projeter sur un second semestre que les analystes espèrent plus étincelant.
"Nous continuons de percevoir une amélioration du contexte sectoriel pour le second semestre", estime Deutsche Bank.
"À notre avis, ce sont les perspectives et le ton pour le second semestre, ainsi que l''exit rate' (la croissance sur le dernier mois du trimestre, NDLR), qui seront déterminants, bien plus que les résultats eux-mêmes", tranche HSBC. La banque sino-britannique mise sur une croissance de 5,6% en données comparables pour le secteur sur la deuxième partie de 2026.
LVMH a les faveurs des analystes
Dans ce contexte, les trois groupes français abordent la saison des publications avec des pronostics différents de la part des analystes.
LVMH a clairement leurs faveurs. Le numéro un du luxe "reste notre histoire de reprise préférée dans le secteur même si les investisseurs ont placé la barre plus haute", en anticipant une hausse en données comparables de 2% dans la division mode et maroquinerie au deuxième trimestre, note Deutsche Bank. Cette division s'avère critique car elle représente plus de 70% des bénéfices du groupe, selon HSBC.
UBS se veut constructive, jugeant qu'une meilleure croissance dans cette division devrait "réenflammer (positivement) le débat" autour d'une activité plus saine au second semestre.
HSBC, à l'achat sur le titre, note que Dior devrait montrer une amélioration de son activité plus marquée au deuxième trimestre.
Pour Hermès, l'heure est à la prudence. L'action du sellier-maroquinier est tombée de son piédestal depuis la fin 2025, avec une croissance qui s'est essoufflée. Au premier trimestre, elle était tombée à son plus bas niveau depuis le Covid.
UBS n'attend pas de bonne surprise, et pense même que les résultats "devraient soulever des questions sur la croissance de long terme".
Barclays maintient son avis à "pondération en ligne", équivalent de "neutre", tablant sur un taux de croissance de 6,4% en données comparables au deuxième trimestre, à cause notamment d'un impact plus fort du conflit au Moyen-Orient.
"La valorisation s'est compressée, les investisseurs remettant en question l'algorithme de croissance durable ainsi que le degré d'exposition de la marque Hermès aux touristes et à la clientèle aspirationnelle (plus jeune et moins fortunée que la clientèle traditionnelle, NDLR)", écrit Deutsche Bank.
La banque allemande reste toutefois à l'achat. Si la croissance en données comparables du premier semestre devrait tomber à environ 6%, l'établissement pense que le groupe redressera la barre sur la deuxième partie de 2026 pour se rapprocher de 8-9%.
Pour Kering, les analystes s'accordent à dire que le deuxième trimestre ne suffira pas à rassurer les doutes des investisseurs sur les promesses de la société, à savoir un retour à la croissance en 2026 de Gucci.
"À notre avis, le retour à la croissance des ventes de Gucci hors effet de changes en 2026 suscite moins d'optimisme, compte tenu de l'amélioration limitée d'un trimestre à l'autre aux États-Unis au deuxième trimestre et des baisses significatives en glissement annuel toujours observées en Chine, car il reste encore beaucoup à faire pour redynamiser la marque", souligne Deutsche Bank.
"Nous restons prudents concernant Kering, car l'amélioration des résultats du deuxième trimestre pourrait ne pas suffire à dissiper entièrement les inquiétudes concernant les perspectives pour l'exercice 2026", abonde UBS. Fin juin, Barclays estimait même que les objectifs de la société pour l'année en cours paraissaient "de plus en plus inatteignables".
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