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Veolia environ. : Quels groupes en Bourse (comme Veolia) peuvent tier parti d'un «Super El Niño», ce phénomène climatique qui s'annonce intense cette année ?

Aujourd'hui à 07:00
El Nino, une menace pour la Bourse?

(BFM Bourse) - Ce phénomène qui se traduit par une hausse de la température à la surface de l'eau provoque des épisodes de chaleur et de sécheresse qui créent un important risque inflationniste pour les marchés. Mais des groupes, comme Veolia à Paris, peuvent également bénéficier de l'intensification de ce phénomène.

La Bourse a parfois tendance à négliger cette menace : le climat et les conditions météorologiques.

Depuis plusieurs semaines les alertes se multiplient sur El Niño. Ce phénomène climatique se traduit par une hausse de la température à la surface de l'eau et provoque des épisodes de chaleur et de sécheresse.

"Lors d’un épisode El Niño, les alizés s’affaiblissent, les eaux chaudes se déplacent vers l’est du Pacifique et l’équilibre atmosphérique mondial est profondément perturbé. Cela modifie les courants-jets, les régimes de précipitations, les températures et les trajectoires des tempêtes à l’échelle planétaire", développe John Plassard de Cité Gestion.

L'expert de marché souligne que ce phénomène provoque généralement davantage de sécheresses en Asie du Sud-Est, en Australie, en Inde ou en Afrique australe, tout en augmentant les risques d’inondations dans certaines régions des Amériques. El Niño influence également fortement les productions agricoles, les ressources hydriques, les barrages hydroélectriques et même certaines maladies comme le choléra ou la dengue.

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Tensions inflationnistes

Selon Météo France, El Niño se produit tous les deux à sept ans, le dernier phénomène étant survenu de l'été 2023 au printemps 2024. Un nouvel épisode se produit depuis juin dernier, avec une intensité maximale qui pourrait s'étendre entre juillet et septembre.

Le réchauffement climatique intensifie ce phénomène au point qu'il pourrait atteindre des proportions inédites cette année. "El Niño n’est pas causé par le changement climatique, mais dans un monde plus chaud, les deux phénomènes peuvent se renforcer mutuellement", explique Michael Lewis, de DWS.

D'après les modèles de l'Agence américaine d'observation océanique (NOAA), du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF) et de la Nasa, "ce phénomène pourrait atteindre son apogée avec un indice El Niño d'environ 3,5° celsius, ce qui dépasserait le phénomène le plus intense jamais enregistré dans l'histoire moderne (2015-2016), lorsque l'indice avait atteint un pic proche de 2,8° celsius", note Barclays.

D'aucuns parlent d'un "Super El Niño", qui inquiètent les économistes en raison des conséquences sur l'inflation qu'il pourrait causer via des tensions sur l'offre.

"Les prévisions actuelles laissent entrevoir l'un des phénomènes El Niño les plus intenses jamais enregistrés au quatrième trimestre. Cela revêt une importance particulière, car les phénomènes El Niño peuvent se traduire par un choc d'offre multidimensionnel, ayant un lien de causalité direct avec la hausse des prix des denrées alimentaires et de l'énergie, ainsi qu'avec des perturbations plus générales des chaînes d'approvisionnement", développe Deutsche Bank.

"Une telle situation serait problématique à n'importe quel moment, mais elle revêt aujourd'hui une importance particulière en raison des tensions existantes sur les chaînes d'approvisionnement et d'un contexte d'inflation supérieure à l'objectif (des banques centrales, NDLR)", poursuit la banque allemande dans une note publiée cette semaine.

L'établissement d'outre-Rhin liste un certain nombre de canaux de transmission. La plus grande sécheresse et les inondations peuvent tuer le bétail et endommager les cultures, provoquant une hausse des coûts des denrées alimentaires. Les moindres précipitations peuvent, elles, entraîner une hausse des prix énergétiques, via une production moindre des barrages hydroélectriques, une demande plus importante pour la climatisation ou davantage de besoin d'eau pour l'irrigation.

Des perdants

En termes de risque sur la chaîne logistique, la banque rappelle que lors du dernier phénomène, la sécheresse avait conduit les autorités à restreindre le nombre de bateaux transitant par le canal du Panama.

John Plassard note que le riz, le blé, le sucre, le café, le cacao ou l'huile de palme constituent autant de denrées susceptibles d'être affectées par le phénomène. À titre d'exemple, l'agence Reuters évoque une chute potentielle de deux millions de tonnes de production d’huile de palme indonésienne à cause des sécheresses et du coût élevé des engrais.

Le marché ne semble pas forcément s'inquiéter de ces risques. "Dans les mois à venir, investisseurs et banques centrales pourraient une nouvelle fois constater qu’un phénomène climatique né dans le Pacifique est capable de perturber bien au-delà de son point d’origine, en influençant l’inflation, les chaînes d’approvisionnement et les anticipations de marché", explique DWS.

"Historiquement, les investisseurs réagissent souvent tardivement aux phénomènes El Niño, car les impacts mettent plusieurs mois à se diffuser dans l’économie réelle", note John Plassard.

"Le paradoxe est que les marchés restent aujourd’hui principalement focalisés sur l’intelligence artificielle et les taux d’intérêt. Mais un choc climatique majeur pourrait rapidement modifier les grandes rotations sectorielles mondiales. Comme souvent, les marchés ne commencent réellement à intégrer un risque… qu’une fois les premières conséquences visibles", tranche-t-il.

Un "Super El Niño" est donc globalement négatif pour les marchés, et constitue un facteur de volatilité pour les investisseurs.

Plusieurs valeurs et secteurs risquent évidemment d'en pâtir. Barclays a identifié de nombreuses actions négativement exposées comme les groupes alimentaires tels que le chocolatier Lindt, ou les groupes miniers BHP et Antofagasta, en raison d'un risque sur leurs chaînes d'approvisionnement, tout comme les distributeurs d'articles de bricolage Home Depot et Lowe's.

Les assureurs et réassureurs (Hiscox, Scor, Munich Re) sont également identifiés comme menacés en raison d'une potentielle hausse des sinistres dans l'assurance et la réassurance.

Veolia, bien positionné pour une hausse des volumes

A contrario, la banque britannique identifie aussi des secteurs et des valeurs qui pourraient bénéficier de l'intensification du phénomène "El Niño".

Barclays développe particulièrement le cas d'une valeur à la Bourse de Paris et pensionnaire du CAC 40, à savoir Veolia.

Le groupe présent dans le traitement de l'eau, des déchets et dans les réseaux de chaleur pourrait bénéficier d'un petit "coup de pouce" avec l'épisode actuel.

"La hausse des températures et l'aggravation du stress hydrique devraient soutenir une augmentation de la demande en eau potable, notamment en France et en Espagne, créant ainsi un effet favorable tangible à court terme jusqu'à la fin du troisième trimestre 2026", écrit la banque britannique.

L'établissement estime plus largement qu'El Niño crée une "opportunité de diversification", avec le potentiel de hausse le plus intéressant pour les entreprises exposées aux secteurs de l’adaptation, de la résilience et des infrastructures hydrauliques.

"Cela correspond parfaitement au positionnement de Veolia dans la gestion de l’eau et l’adaptation au changement climatique, renforçant ainsi l’argumentaire d’investissement à un moment où la demande liée aux conditions météorologiques devient un moteur de résultats de plus en plus important", avance Barclays.

Au-delà de Veolia, Barclays dresse une liste de plusieurs secteurs susceptibles de voir leur activité soutenue par El Niño.

Saint-Gobain, Vinci, Schneider Electric

Y figurent notamment les spécialistes des équipements électriques et d'efficacité énergétique comme Schneider Electric, Legrand, le suisse ABB ou Siemens Energy.

"La hausse des températures accentue la pression sur le réseau (électrique, NDLR), en raison à la fois d'une charge de refroidissement plus importante et d'une plus grande variabilité de la production hydroélectrique. Cette situation devrait entraîner une augmentation des dépenses consacrées à la résilience du réseau, dont les fournisseurs d'équipements devraient être les principaux bénéficiaires, puisqu'ils tireront profit de la demande en investissements d'équipement et des activités de réparation", étaye Barclays.

L'établissement note aussi que les températures d'une chaleur extrême peuvent réduire la durée de vie des systèmes de refroidissement, des pneus, des batteries pour les avions et les automobiles. Ce qui peut porter les spécialistes de la vente de pièces détachées comme le distributeur américain Autozone ou les groupes aéronautiques ayant d'importantes activités d'après-vente. Barclays ne cite pas de noms mais Safran, GE Aerospace ou MTU Aero tombent dans cette dernière catégorie.

Autre secteur potentiellement bénéficiaire, la construction et les infrastructures avec par exemple Saint-Gobain, Vinci, Eiffage, l'irlandais Kingspan ou l'espagnol Ferovial.

"Un phénomène El Niño de forte intensité pourrait constituer un facteur favorable pour les entreprises du secteur de la construction, des matériaux de construction et des infrastructures. Des conditions météorologiques plus extrêmes pourraient stimuler la demande en solutions de construction et en infrastructures résilientes", avance Barclays.

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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