(BFM Bourse) - Le groupe de défense a confirmé avoir approché le spécialiste des drones sous-marins et des centrales inertielles. Mais le prix proposé risque de s'avérer trop bas pour convaincre les minoritaires. Par ailleurs, le marché a sanctionné l'action Safran à la suite de ces annonces.
Un grand mariage entre deux groupes du secteur de l'aéronautique-défense aura-t-il prochainement lieu à la Bourse de Paris?
Vendredi en pleine séance, Safran a confirmé avoir pris langue avec Exail Technologies, une pépite de la défense dont le cours a bondi de 370% l'an passé.
Le mastodonte français de l'aéronautique et de la défense (31,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires l'an passé, contre 479 millions d'euros pour Exail Technologies) propose une offre de 128,5 euros par action.
Safran rachèterait dans un premier temps le bloc de contrôle détenu par la famille Gorgé, qui possède 41% du capital d'Exail Technologies et 57% des droits de vote.
Dans un second temps, le groupe lancerait une offre publique d'achat (OPA) sur le solde du capital.
>> Accédez à nos analyses graphiques exclusives, et entrez dans la confidence du Portefeuille Trading
Renforcer Safran dans les centrales inertielles
Exail Technologies est une ETI française qui a été portée en Bourse par son positionnement sur la défense. Le groupe est spécialisé dans la robotique autonome, avec notamment des drones sous-marins qui permettent, par exemple, de mener des opérations de déminage dans les océans. La société propose également des centrales inertielles de navigation qui utilise la technologie de gyroscope à fibre optique.
"On vise à être le SpaceX du drone marin", avait déclaré à l'Agence France Presse (AFP) Thomas Buret, le co-directeur général d'Exail Technologies, en référence au modèle d'Elon Musk qui a secoué le spatial en rendant les lancements plus abordables grâce à un contrôle total, de la conception jusqu'à la commercialisation.
Pour Safran, le rachat d'Exail permettrait de se renforcer dans la défense, qui représente actuellement 20% de ses revenus, et surtout, dans les centrales inertielles.
Récemment, le groupe a annoncé un investissement de 120 millions d'euros pour multiplier par trois ses capacités de centrales inertielles basées sur le gyroscope résonant hémisphérique (HRG), un capteur considéré comme un senseur inertiel très avancé. La capacité doit ainsi être portée de 10.000 unités par an à 30.000 en 2032.
Pour Jefferies, l'opération renforcerait Safran dans les systèmes de navigation avec une technologie différente. Si Safran s'appuie sur la technologie HRG tandis qu'Exail se base sur les gyroscopes à fibres optiques (FOG).
"Cela contribuerait également à renforcer la présence du groupe dans le domaine de la défense navale, qui, selon nous, constitue l'un des secteurs où Safran est le moins présent, bien que ses solutions soient largement indépendantes de la plateforme utilisée", explique encore Jefferies.
Toutefois, le rachat d'Exail et sa sortie de la cote ne constitue pas un "deal done" pour autant.
Le marché sanctionne Safran
Du côté de Safran, les investisseurs n'ont pas franchement apprécié la nouvelle. L'action a perdu 3,2% vendredi et se stabilise ce lundi (+0,03%).
Jefferies attribue ce repli au fait que le montant nécessaire pour racheter Exail Technologies (2,2 milliards d'euros) constitue autant de cash que Safran ne pourra pas mobiliser pour procéder à des rachats d'actions.
Autrement dit, l'acquisition ne semble pas assez pertinente pour convaincre les investisseurs qu'elle est préférable à un retour de liquidités.
Du côté d'Exail Techologies, plusieurs écueils subsistent. La société se retrouve actuellement dans un jeu complexe de billard à trois bandes avec ICG.
Ce gestionnaire d'actifs possède 32% du capital d'Exail Holding, la filiale opérationnelle d'Exail Technologies et propriétaire de son actif économique. ICG possède également des obligations Exail Technologies.
Depuis plusieurs mois Exail et ICG discutent pour faire sortir du capital ICG. Toutefois les deux sociétés s'achoppent sur la valorisation et donc l'argent à mettre sur la table pour qu'ICG sorte. Exail s'appuie sur un cabinet indépendant qui évalue cette somme à 580 millions d'euros pour ICG et 130 millions d'euros pour les autres minoritaires. ICG, de son côté, retient un montant de 1,1 milliard d'euros pour l'ensemble des actionnaires minoritaires.
Une valorisation trop chiche
Pour ces raisons, TP ICAP Midcap évoque un "timing incertain". "Déjà que les deux premiers acteurs (ICG et Exail donc, NDLR) étaient en désaccord sur le montant des participations d’ICG, faire entrer un troisième acteur (Safran, NDLR) dans la négociation risque de complexifier les discussions", souligne le bureau d'études.
TP ICAP Midcap explique aussi qu'il faudra prendre en compte l'avis des porteurs d'ODIRNANES, c'est-à-dire des obligations convertibles en action à durée indéterminée. Le groupe a émis pour 500 millions d'euros de ce type de dette hybride via deux émissions en septembre et en janvier derniers.
Selon TP ICAP Midcap, ces obligations seront "dans la monnaie", c'est-à-dire que les créanciers auront intérêt à les convertir en action, dès lors que le cours d'Exail Technologies atteint 106,25 euros. Le titre s'échange actuellement autour de 121 euros.
Un autre obstacle potentiel reste le prix proposé par Safran, de 128 euros par action. Oddo BHF le juge "satisfaisant" pour le Groupe Gorgé, estimant que ce prix offre à la famille une bonne sortie, l'action ayant progressé de 350% depuis 2022 et l'acquisition structurante de l'entreprise iXblue. Cette sortie du capital permettrait à la famille Gorgé de se concentrer sur le groupe énergétique Calogena, qui doit débuter en 2029 la production d'un SMR (petit réacteur nucléaire modulaire).
Mais pour les minoritaires, c'est une autre histoire. "La perception de l'offre pourrait être différente", avance Oddo BHF. "L’actionnariat a progressivement évolué d’une base surtout française vers l’international, entrée plus récemment sur le dossier et pour laquelle le niveau de l’offre pourrait constituer des réserves, dans un contexte où le thème de dronisation des marines suscite des multiples encore plus élevés dans le non-côté", prévient le bureau d'études.
Le prix proposé par Safran reste inférieur de 14% par rapport au plus haut historique atteint par Exail en mars dernier, à 148,8 euros. Ce prix s'avère par ailleurs plus bas que les objectifs de cours des bureaux d'études (135 euros pour TP ICAP Midcap, 160 euros pour Oddo BHF, 140 euros pour Stifel).
"Si la cession du bloc de Gorgé SA à 128,5 euros nous semble crédible, l’OPA qui suivrait sur les minoritaires (qui représenteraient environ 60% du capital et 44% des droits de vote) aurait moins de chances d’aboutir compte tenu de la relativement faible prime offerte (environ 20 % par rapport au cours moyen depuis 1 an). Peut-être qu’un relèvement de l’offre à 150 euros est à envisager", juge TP ICAP Midcap.
Le bureau d'études considère, par ailleurs, que Safran n'est pas nécessairement "l'acquéreur idéal". "En effet, cet acteur court des risques d’antitrust sur les systèmes de navigation inertielle (INS), notamment à destination de la marine et des sous-marins (Safran équipe les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins de la Marine nationale) et n’est que très peu exposé à la défense navale autrement", pointe TP ICAP Midcap.
"Nous pensons que Thales, via Naval Group (que Thales détient à 35%), nous paraît partager des synergies plus évidentes avec Exail sur l’anti-mines (Naval est partenaire sur le contrat BENL), les INS et la dronisation du combat sous-marin", ajoute le bureau d'études.
Faut-il penser qu'un autre acquéreur pourrait vraiment entrer dans la danse? Oddo BHF rappelle que Bloomberg évoquait d'autres marques d'intérêt de la part de groupes français de défense. Le courtier évoque lui aussi Thales et Naval Group.
Toutefois, au regard du stade avancé des discussions entre Exail et Safran, Oddo BHF juge qu'une contre-offre "ne semble pas être l'option la plus évidente même si elle ne peut toutefois pas être complètement exclue".
Recevez toutes les infos sur SAFRAN en temps réel :
Par « push » sur votre mobile grâce à l’application BFM Bourse
Par email
