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Pétrole Brent

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Pétrole brent : Pour tempérer les cours du brut, le gouvernement Biden se livre à un lobbying controversé

jeudi 12 août 2021 à 13h00
L'appel du pied de Biden à l'Opep+, un coup d'épée dans l'eau?

(BFM Bourse) - Contrairement à Donald Trump, qui a longtemps exhorté les pays producteurs à augmenter les prix du pétrole brut pour favoriser les producteurs de schiste américains au coût de revient plus élevé, le gouvernement Biden réclame désormais à l'Opep+ de rouvrir les vannes pour diminuer la pression sur les prix à la pompe. Une manœuvre qui ne passe pas au pays de l'oncle Sam, alors que la nouvelle administration s'attache à se désengager progressivement des énergies fossiles.

Après s'être évertué à tendre vers une indépendance énergétique, l'élection de Joe Biden a constitué un tournant important dans la stratégie des Etats-Unis sur le front des énergies fossiles. Dès sa prise de fonction, le 20 janvier dernier, le nouveau président a réintégré le pays dans l’accord de Paris et mis son veto à la construction de l’oléoduc Keystone XL entre les États-Unis et le Canada. La semaine suivante, la Maison Blanche annonçait une série d'actions (moratoire sur l'octroi de nouvelles concessions pour des forages pétroliers et gaziers sur les terres et les eaux appartenant au gouvernement, réduction des subventions accordées aux combustibles fossiles, renforcement des mesures de protection des minorités face à la pollution, etc.). L'objectif affiché par Joe Biden était que les Etats-Unis devaient guider la réponse mondiale face à la menace "existentielle" du changement climatique.

Un changement de paradigme qui se heurte toutefois, sept mois plus tard, à une réalité politique: les prix à la pompe ont augmenté parallèlement à la flambée de la demande de carburant sur fond de vive reprise économique. L'essence se vend actuellement en moyenne 3,19 dollars le gallon (près de 3,8 litres) aux Etats-Unis, en hausse de près de 50% par rapport à la même période l'année dernière selon une association d'automobilistes (l'AAA) et au plus haut depuis 2014 selon les données de l'AIE.

Face à ce constat, l'administration Biden a appelé a exhorté mercredi l'Opep et ses alliés (formant collectivement l'Opep+) à augmenter leur production de pétrole afin freiner la hausse des prix. "La hausse du prix de l'essence, si elle n'est pas maîtrisée, risque de nuire à la reprise mondiale en cours. Le prix du pétrole brut a été plus élevé qu'il ne l'était à la fin de 2019, avant le début de la pandémie", a constaté le directeur du Conseil de sécurité nationale Jake Sullivan dans une déclaration transmise par la Maison Blanche ce mercredi. "Bien que l'Opep+ a récemment accepté d'augmenter sa production, ces augmentations ne compenseront pas entièrement les précédentes réductions de production que l'OPEP+ a imposées pendant la pandémie avant une bonne partie de 2022. À un moment critique de la reprise mondiale, ce n'est tout simplement pas suffisant" a-t-il ajouté.

Pour rappel, l'Opep+ avait mis en œuvre une réduction record de la production de 10 millions de barils par jour (mbj) en avril 2020, soit environ 10% de la demande mondiale, alors que cette dernière s'était effondrée en raison de la pandémie mondiale. Depuis, l'OPEP a progressivement augmenté sa production, ramenant cette coupe à environ 5,8 mbj en juillet, et convenu d'augmenter sa production de 400.000 barils par jour supplémentaires chaque mois, d'août à décembre 2021. Un effort jugé donc insuffisant par les Etats-Unis.

Le conseiller économique de la Maison Blanche Brian Deese a par ailleurs appelé mercredi la présidente de l'autorité américaine de la concurrence (FTC) a surveiller de potentiels comportements illégaux" après avoir relevé "des divergences cet été entre les prix du pétrole et ceux à la pompe". "Nous avons récemment vu le prix du baril de pétrole commencer à baisser mais le coût de l'essence à la pompe n'a lui pas diminué (...) Ce n'est pas ce que l'on attendrait dans un marché concurrentiel" a regretté Joe Biden, interrogé par des journalistes. "Plusieurs facteurs peuvent affecter les prix de l'essence mais le président veut s'assurer que les consommateurs ne paient pas davantage leur essence en raison de pratiques anti-concurrentielles ou d'autres pratiques illégales", a ainsi souligné Brian Deese dans son courrier transmis à la FTC.

Si ce sujet est sensible car les dépenses en carburants représentent une part important dans le budget des ménages outre-Atlantique, le changement de ton de l'administration Biden est très loin de faire l'unanimité. "Supplier les Saoudiens d'augmenter leur production alors que la Maison Blanche attache une main derrière le dos des compagnies énergétiques américaines est pathétique et embarrassant", a ainsi tonné John Cornyn, un sénateur républicain du Texas. L'aile gauche et écologiste des démocrates est également circonspecte face à cette demande de Joe Biden, qui intervient de surcroît trois jours après un nouveau rapport alarmiste du GIEC sur le changement climatique.

L'Opep a en outre refusé de commenter la déclaration de Jake Sullivan mercredi. Et à la question de savoir si Riyad avait répondu à la demande, la porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki a répondu que l'administration Biden n'attendait "pas nécessairement une réponse immédiate" mais "plutôt un engagement à long terme". Expert du marché pétrolier chez Lipow Oil Associates, Andy Lipow explique néanmoins que le cartel "est encore inquiet du fait que le variant Delta puisse contraindre à des confinements et impacter négativement la demande de brut", et pense que l"Opep+ "ne répondra pas à cet appel" de Joe Biden, soulignant le fait que si Donald Trump n'hésitait pas s'adresser directement à l'Opep, l'administration Biden est passée par un conseiller. "Ce n'est pas venu du sommet, les mots n'ont pas été dictés par le président américain lui-même, cela fait une différence", estime-t-il.

Après avoir brièvement reflué en réaction aux déclarations de Jake Sullivan, les cours pétroliers sont néanmoins repartis de l'avant dès mercredi soir. La hausse des cours du Brent et du WTI, a priori contre-intuitive, "laisse à penser que le marché table sur une fin de non-recevoir de la part de l'Opep", a réagi Jeffrey Halley, analyste de Oanda. Et malgré la révision à la baisse de la prévision de demande mondiale de pétrole en 2021 de la part de l'AIE ce jeudi matin, les cours des principales références mondiales de brut résistent bien. Peu avant 13h, le baril de Brent et celui de WTI affichent respectivement un repli de 0,1% et 0,2%, à 71,3 dollars pour le premier et 69,1 dollars pour le second.

Quentin Soubranne - ©2021 BFM Bourse
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