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Pétrole Brent

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Pétrole brent : L'Arabie saoudite et les Émirats provoquent une rechute des prix du pétrole

mercredi 11 mars 2020 à 16h28
L'ouverture des vannes provoque un reflux des cours du brut

(BFM Bourse) - Au lendemain du fort rebond consécutif au "lundi noir", les prix du pétrole repartent à la baisse mercredi, les Émirats ayant à leur tour annoncé qu'ils allaient également ouvrir leur robinet, quelques heures après le même type d'annonce de la part du géant pétrolier Saudi Aramco. La guerre des prix s'intensifie sur le marché de l'or noir.

Les robinets sont grand ouverts. Après Riyad (deux fois en deux jours) et Moscou, c'est au tour d'Abou Dhabi de se dire prêt à augmenter leur production de pétrole de plus d'un million de baril par jour (bpj). "Conformément à notre stratégie de croissance de la capacité de production (...), nous sommes en mesure d'approvisionner le marché avec 4 millions de barils par jour (bpj) en avril" a ainsi indiqué la compagnie nationale (Adnoc pour "Abu Dhabi National Oil Company") dans la matinée. "Nous allons par ailleurs accélérer notre objectif de capacité [de production] à 5 millions bpj", a précisé l'entreprise publique des Émirats Arabes-Unis, pays membre de l'Opep, qui produit jusque-là environ 3 millions de bpj.

Les Émirats emboîtent le pas à l'Arabie Saoudite

L'État émirati n'est pas le seul à vouloir inonder le marché de ses barils puisque l'annonce d'Adnoc est intervenue quelques heures seulement après celle de Saudi Aramco, qui envisage de porter sa capacité maximale durable de production (dite "MSC" pour "Maximum sustainable capacity") à 13 millions de bpj, sur décision du ministère de l'Énergie. La veille, l'entreprise la plus profitable au monde avait déclaré vouloir augmenter sa MSC à 12,3 millions de bpj, soit 300.000 barils de plus que sa capacité maximale actuelle.

L'Arabie saoudite a produit en moyenne environ 9,8 millions de bpj en 2019, supportant la majeure partie des réductions de production convenues par les membres de l'Opep et leurs partenaires, parmi lesquels la Russie. La stratégie du royaume wahhabite a cependant basculé de manière spectaculaire au cours du week-end, après que la Russie a refusé de coopérer sur des réductions de production plus importantes et plus poussées, pour faire face à l'érosion de la demande mondiale d'hydrocarbures en raison de la crise sanitaire.

Poutine "certain" que l'économie russe sortira "renforcée" de la crise pétrolière

La position de Ryad et d'Abou Dhabi, deux alliés importants au sein de l'Opep, s'inscrit dans le cadre d'un bras de fer avec Moscou. Le président russe Vladimir Poutine s'est déclaré "certain" que l'économie russe sortirait "renforcée" de la guerre des prix du pétrole en cours avec les pays du Moyen-Orient, qui a provoqué une chute massive des prix du brut lundi (la plus importante depuis le début de la guerre du Golfe en 1990-1991). "Il y a toutes les chances pour que les secteurs clés de la production (russe) sortent de cette situation beaucoup plus forts", a déclaré Vladimir Poutine lors d'une réunion avec des investisseurs, ajoutant qu'il était "certain" que la Russie "traversera cette période turbulente avec calme et dignité".

Deuxième producteur mondial mais non membre de l'Opep, la Russie s'est opposée la semaine dernière à une nouvelle réduction de 1,5 million de barils par jour. En réplique, l'Arabie saoudite a abaissé ses prix à un niveau record en 20 ans, provoquant le plongeon des marchés financiers qui a particulièrement touché Moscou. "Les processus de ce genre créent des problèmes mais à l'inverse, ils créent aussi de nouvelles possibilités", a assuré Vladimir Poutine, assurant que le gouvernement et la banque centrale russes ont "suffisamment d'instruments et de ressources pour préserver la stabilité" de l'économie russe.

Après des années d'austérité budgétaire, les autorités russes assurent en effet que le fonds souverain (le "Fonds de stabilisation de la fédération de Russie") qui gère les excédents budgétaires commerciaux liés aux exportations de ressources naturelles est plein à craquer, donc en mesure de soutenir une baisse durable des prix du pétrole. Le ministère des Finances a précisé que le fonds avait ainsi accumulé 150 milliards de dollars, ce qui lui permettrait de tenir entre six et dix ans si les prix du pétrole chutaient à 25-30 dollars le baril.

L'Opep sabre sa prévision de croissance de la demande

Sur ce point, l'Opep a fortement revu à la baisse, dans son rapport mensuel publié mercredi matin, sa prévision de croissance de la demande mondiale de pétrole en 2020, sous l'effet associé du ralentissement économique et de l'extension hors de Chine de l'épidémie de coronavirus. Le cartel prévoit désormais une croissance de la demande de 60.000 bpj, relevant qu'"au vu des derniers développements, les risques de détérioration surpassent les indicateurs positifs et laissent entrevoir de plus amples révisions à la baisse de la croissance de la demande". L'Opep anticipait jusqu'ici une progression de 990.000 barils par jour. Pour rappel, l'Agence Internationale de l'Énergie anticipe pour sa part une contraction de la demande mondiale d'or noir en 2020, pour la première fois depuis la crise financière mondiale de 2009.

En hausse pour la septième semaine de suite, les stocks de pétrole brut aux Etats-Unis ont bondi en parallèle bien plus que prévu la semaine dernière, selon le rapport hebdomadaire de l'AIE publié en début d'après-midi. Lors de la semaine achevée le 6 mars, les réserves commerciales de brut ont progressé de 7,7 millions de barils pour s'établir à 451,8 millions, là où les analystes interrogés par l'agence Bloomberg tablaient sur une hausse de seulement 1,7 million de barils. Une envolée qui se justifie par un déséquilibre croissant entre une offre surabondante et une demande en recul.

Les cours du brut repartent à la baisse

Après l'effondrement de lundi et le net rebond de mardi (+8,3% pour le Brent à Londres, +10,4% pour le WTI à New York), les cours des références mondiales de pétrole brut sont de nouveau mal orientées, en réaction aux ouvertures de vannes des pays producteurs. À 16h mercredi, le baril de "light sweet crude" texan lâche de nouveau 2,6% à 33,47 dollars, quand le Brent de mer du Nord cède 2,66% à 36,23 dollars. Et la chute des cours n'est peut-être pas terminée puisque Donald Trump a émis mardi soir l'hypothèse d'accorder une aide fédérale aux producteurs de schiste, pris en étau dans cette guerre des prix.

Déjà en campagne électorale, le président Trump a vanté la croissance de la production de pétrole et de gaz naturel sous son administration, célébrant leur essor dans les "swing states" cruciaux politiquement car susceptibles de faire basculer l'élection de novembre prochain, à l'instar de la Pennsylvannie. Alarmés par la perspective que de nombreuses entreprises du secteur, la plupart très endettées, pourraient être contraintes de mettre la clef sous la porte, les responsables de la Maison Blanche cherchent donc un moyen de les soutenir. L'objectif: maintenir la production américaine à un niveau record et éviter des faillites en cascade qui feraient mauvais genre à sept mois de l'élection présidentielle.

Quentin Soubranne - ©2020 BFM Bourse
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