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Les 3 chiffres fous du géant Saudi Aramco, le vrai roi du pétrole

mardi 2 avril 2019 à 18h02
Une partie des réserves d'hydrocarbures de Saudi Aramco

(BFM Bourse) - Pour la première fois, le géant pétrolier saoudien a dévoilé ses comptes aux agence de notation dans la perspective d'une émission obligataire destinée à financer, en partie, l'acquisition de 70% du groupe saoudien de pétrochimie SABIC auprès du Fonds public d'investissement saoudien (PIF). Les chiffres communiqués par Moody's et Fitch sont impressionnants.

Saudi Aramco a dévoilé lundi des bénéfices considérables qui font du géant pétrolier saoudien -le groupe possède la quasi-totalité des ressources en hydrocarbures du royaume- la première compagnie pétrolière mondiale, tant en matière de réserves que de production. C'est dans le cadre d'une émission obligataire en vue du financement de l'acquisition de 70% du groupe de pétrochimie SABIC -plus grosse capitalisation de la Bourse saoudienne- pour 69,1 milliards de dollars auprès du Fonds public d'investissement saoudien (PIF), le fonds souverain du royaume, que le groupe nationalisé dans les années 70 a dû ouvrir ses comptes. Et les chiffres, communiqués par les agences de notation, sont à faire pâlir les plus grands groupes de la planète, y compris Apple.

111 milliards de dollars de bénéfices nets

Dans sa note publiée lundi, l'agence de notation Moody's n'a délivré qu'une note de crédit de A1 (moins bien que AAA, AA1, AA2, etc.) à la société (contre A+ pour Fitch, ce qui correspond également à une qualité dite "moyenne supérieure") à cause du "lien étroit entre le royaume et l'entreprise", une grande partie des bénéfices réalisés par Saudi Aramco étant prélevée par le gouvernement saoudien. Mais cette note de Moody's révèle surtout que le mastodonte pétrolier a dégagé un bénéfice net de 111,1 milliards de dollars en 2018. Le bénéfice avant impôts, lui, s'est élevé à 224 milliards de dollars en 2018, selon l'agence Fitch, pour un chiffre d'affaires de 359,9 milliards de dollars.

À titre de comparaison, le bénéfice net de Saudi Aramco dépasse de près d'un tiers le bénéfice cumulé des cinq "supermajors" pétroliers que sont les américaines ExxonMobil et Chevron, le britannique BP, l'anglo-néerlandais Royal Dutch Shell et le français Total. Ce montant représente également près du double du bénéfice net enregistré par Apple (59,3 milliards de dollars pour son exercice décalé 2018), société cotée qui réalise les plus gros bénéfices au monde. Quant aux quarante entreprises constituant l'indice phare de la Bourse de Paris, elles n'ont enregistré qu'un peu plus de 88 milliards d'euros de bénéfices cumulés lors de l'exercice écoulé. Saudi Aramco réalise donc pratiquement 13% de plus de bénéfices que l'ensemble des groupes du CAC 40 réunis.

257 milliards de barils en réserves prouvées

Dans le cadre d'une concession de 60 ans, Saudi Aramco a accès à des réserves prouvées d'hydrocarbures (pétrole et de gaz) équivalentes à 256,9 milliards de barils équivalent pétrole. Et Fitch estime la durée de vie de ses réserves à 52 ans au rythme actuel de production. Ce qui correspond à "un niveau confortable par rapport aux standards internationaux" précise l'agence de notation. La production d'Aramco était de 10,3 millions de barils par jour en 2018, soit 1,7 million de moins que sa capacité de production durable, toujours selon Fitch.

A titre de comparaison, la consommation de pétrole mondiale a atteint 99,92 millions de barils de pétrole par jour au 3e trimestre 2018, selon l'Agence internationale de l'énergie. Cela signifie que les réserves prouvées de la compagnie saoudienne représentent actuellement 7 années de consommation mondiale de pétrole.

Le "prospectus obligataire" de 470 pages fournis par Saudi Aramco aux agences de notation révèle en outre que le géant pétrolier exploite actuellement 101 gisements d'or noir, desquels il est capable d'extraire jusqu'à 12 millions de barils par jour. Le document a également levé le voile sur les capacités de production des différents méga-gisements du groupe saoudien, dont son principal, Ghawar, dans l'est du pays. Et surprise, alors que le marché avait communément admis une production supérieure à 5 millions de barils par jour, celui-ci est en réalité capable d'en pomper un maximum de "seulement" 3,8 millions. En 2017, l'Agence américaine de l'Énergie (AIE), considérée comme la référence statistique pour le marché pétrolier, avait établi les capacités de production de ce gisement à 5,8 millions par jour. Et cela signifie, au passage, que le bassin Permien américain, une formation de schiste située dans l'ouest du Texas, est d'ores et déjà le plus gros gisement au monde, avec 4,1 millions de barils par jour pompés en mars, selon les données gouvernementales.

Le groupe espère tirer 100 milliards de son introduction en Bourse

L'émission d'obligations internationales par Aramco marque les débuts du mastodonte saoudien sur les marchés internationaux, avant son introduction en Bourse partielle initialement prévue en 2018 mais repoussée en raison de conditions de marchés défavorables, selon les dirigeants du groupe. Ces derniers avaient affirmé, l'année dernière, vouloir tirer quelque 100 milliards de dollars de l'introduction en Bourse de... seulement 5% d'Aramco, valorisant la société 2.000 milliards de dollars. Sur la base des informations transmises par Aramco, Fitch affirme que ce projet "tient toujours et devrait se concrétiser en 2021". Cela en ferait au passage la plus grosse introduction en Bourse de l'histoire.

L'émission obligataire servirait donc à "tester l'intérêt des investisseurs avant cette éventuelle introduction en Bourse" selon Mandagolathur Raghu, chef de la recherche au Kuwait Financial Centre. Cette IPO, évoquée depuis des années, est également l'un des piliers du plan "Vision 2030" lancé par l'héritier du royaume Mohamed ben Salmane (MBS) et qui vise à investir massivement dans les secteurs de l'industrie, des infrastructures et des services pour diversifier les ressources du pays, pour l'heure trop dépendantes des cours de l'or noir.

Le plan du prince MBS, c'est de collecter les dividendes du pétrole -sur le seul premier trimestre 2017, par exemple, Saudi Aramco avait versé 13 milliards de dollars de dividendes à l'Etat saoudien- dans un fonds, à l'instar de ce que pratique la Norvège, autre pays producteur de pétrole, via son "Government Pension Fund-Global". Le fonds souverain saoudien (le PIF) a d'ores et déjà investi dans Tesla, Uber ou encore Softbank, et annoncé en octobre 2017 son intention de porter ses actifs de 230 milliards en 2017 à 400 milliards en 2020, ceux-ci étant principalement alimentés par les bénéfices d'Aramco.

Quentin Soubranne - ©2020 BFM Bourse
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