(BFM Bourse) - Safran, Thales et Dassault Aviation ont vu leurs actions décoller après la publication de leurs résultat semestriels. Si Airbus a eu moins de succès, le groupe aéronautique avait convaincu le marché lors d'une mini-journée investisseurs, quelques jours plus tard.
Alors que la saison des résultats semestriels s'est achevée la semaine dernière à la Bourse de Paris, difficile de dégager des secteurs qui ont mieux réussi que d'autres.
Dans le luxe, si Kering a vu son cours bondir de près de 17% dans la foulée de ses résultats, Hermès a au contraire été lourdement sanctionné (-11%). Chez les groupes automobiles, Renault (+0,21%) n'a pas particulièrement ému les investisseurs alors que Stellantis (-4,26%) les a une nouvelle fois grippés tandis que les équipementiers Valeo (+5,6%), Forvia (-7% mais +7,95% le lendemain) et OPMobility (+1,6%) ont plutôt brillé.
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Deux compartiments se détachent toutefois. La construction (Bouygues +7,1%, Saint-Gobain +6,89% et Vinci +4,69%) s'est distinguée. Et l'aéronautique a brillé.
Pourtant, chaque groupe de ce dernier secteur abordait cette saison avec des vents contraires ou tout du moins des doutes ou des inquiétudes.
Des difficultés avant la saison des résultats
Dassault Aviation et Thales ont souffert de l'ensemble des maux frappant les groupes de défense en Bourse, à savoir des interrogations sur l'enveloppe et l'exécution des budgets de défense en Europe, des difficultés sur certains programmes européens (abandon du Système de combat aérien du futur, retard du char du futur MGCS) et des craintes d'obsolescence de certains produits (munitions, blindés) face aux drones.
Thales a, en sus, pâti des mauvaises performances de ses activités de cybersécurité. Pour Dassault Aviation, l'abandon du Scaf à la suite de ses dissensions avec Airbus n'a certes pas eu de très lourdes conséquences boursières, la fin de ce projet étant largement anticipée. Mais cet épisode n'a évidemment pas constitué la meilleure des publicités pour les deux groupes.
"Même si cela constitue clairement un point négatif pour tous les partenaires concernés, il a été largement rapporté qu'un accord entre la France et l'Allemagne semblait peu probable depuis un certain temps déjà", écrivait Jefferies en juin.
Safran a subi d'importantes montagnes russes en Bourse entre mars et juin, en raison du conflit au Moyen-Orient.
Cette guerre a perturbé les vols des compagnies du Golfe et jeté plus largement un doute sur la croissance du trafic aérien cette année. Or Safran reste une action très exposée à l'évolution de ce trafic, car plus il est élevé, plus les cycles de vols des avions sont importants et plus les compagnies aériennes et les loueurs doivent amener leurs appareils dans les ateliers pour avoir recours aux services d'après-vente de la société aéronautique.
Safran ne communique par les marges de ces métiers, mais il est communément admis que l'entreprise tire le gros de sa rentabilité de ces services dans la propulsion aéronautique. La guerre en Iran a donc inquiété sur la trajectoire.
Jefferies avait d'ailleurs abandonné son conseil à l'achat sur le titre en avril pour cette raison. La banque redoutait un troisième trimestre plus compliqué pour les services d'après-ventes.
Quant à Airbus, la société avait très mal débuté l'année sur ses livraisons. L'avionneur était très en retard sur ses temps de passage sur les trois premiers mois de l'année, jetant le doute sur son plan de vol. Le groupe a, certes, redressé la barre les mois suivants.
Par ailleurs, les résultats annuels de la société, en février, avaient interrogé sur le levier opérationnel d'Airbus, c'est-à-dire sa capacité à améliorer ses résultats avec la hausse des volumes et des revenus.
Airbus attire le marché sur le moyen terme
In fine, tout le monde a réussi ses grands rendez-vous en juillet. Dassault Aviation (+5,8%), Thales (+5,1%), et Safran (+2,94%) ont vu leurs actions nettement progresser dans la foulée de leurs publications tandis que le cas d'Airbus (-2,81%) mérite d'être regardé plus en détail.
Le grand rival européen a donc accusé un repli de son titre juste après avoir dévoilé ses comptes du deuxième trimestre. Mais l'action de l'avionneur a en réalité subi le contre-coup d'un beau parcours boursier récent.
La semaine précédente, l'ex-EADS avait vu son action bondir de 7% sur une séance à l'occasion d'un "business update", c'est-à-dire une mini-journée dédiée aux investisseurs.
Le groupe avait alors communiqué ses objectifs de moyen terme, ciblant notamment un résultat opérationnel ajusté de 12 à 13 milliards d'euros (et 10 milliards d'euros pour sa seule division d'aéronautique civile) à l'horizon 2029. Airbus avait également annoncé un programme de rachats d'actions de 5 milliards d'euros.
Ce grand rendez-vous avait donc été réussi par la société. "Ce business update a permis d’afficher une confiance sur la visibilité de la demande et la reprise en main des défis tout en dévoilant des objectifs dessinés pour être battus", tranchait Oddo BHF.
"Nous estimons que les perspectives étaient plus positives que les attentes revues à la baisse des investisseurs, et ce sur plusieurs indicateurs", soulignait Royal Bank of Canada.
Si bien que les résultats trimestriels, publiés une semaine plus tard, ont eu tout d'un "non-évènement".
Airbus a battu les attentes à peu près partout et confirmé ses objectifs, ce qui n'a pas suffi donc à éviter les prises de bénéfices sur le titre. "Le deuxième trimestre est robuste mais le débat porte désormais sur 2029", résumait Barclays.
La banque a d'ailleurs nettement revu son objectif de cours sur l'avionneur, le portant à 260 euros (contre un titre autour de 200 euros actuellement).
"Notre thèse d'investissement initiale reposait sur le fait qu'Airbus était sous-évalué, car les investisseurs se concentraient sur les défis opérationnels à court terme plutôt que sur la capacité bénéficiaire à long terme du groupe. Cet argument reste valable, mais nous disposons désormais d'une visibilité nettement meilleure sur les perspectives d'avenir", résume l'établissement.
Dassault et Thales rassurent sur leurs "points faibles"
Dassault Aviation et Thales ont chacun rassuré lors de la publication de leurs comptes.
Le concepteur du Rafale avait dépassé les attentes. "Dassault Aviation a publié des résultats semestriels supérieurs aux attentes, portés par des livraisons de Rafale plus importantes que prévu et un meilleur financement de la part des clients à l'export", résume Deutsche Bank.
Surtout, l'avionneur avait annoncé des prises de commandes robustes sur sa gamme de jets d'affaires, le Falcon. Dassault Aviation a engrangé 23 commandes sur les six premiers mois de 2026, soit quasiment trois fois plus que sur la même période de 2025.
De bon augure, car si Dassault n'a pas (ou plus) de mal à écouler ses Rafale, les jets d'affaires restent un marché beaucoup plus compliqué, avec la concurrence d'acteurs impitoyables (Gulfstream, Bombardier) et une demande très sensible à la géopolitique et à la macroéconomie.
"La remontée des commandes de Falcon, qui s'élèvent à 23 unités, représente le troisième meilleur résultat du premier semestre de ces dix dernières années, ce qui pourrait marquer un tournant dans la demande de Falcon", apprécie Deutsche Bank.
Thales, pour sa part, a publié des résultats semestriels qui ont coché toutes les bonnes cases, montrant que le groupe se situe sur la bonne trajectoire pour l'ensemble de ses métiers.
La rentabilité des activités de défense et d'aérospatiale (le spatial et les activités d'avioniques, c'est-à-dire d'électronique embarquée dans les avions) avaient déjoué les pronostics.
La cybersécurité, qui a constitué le grand talon d'Achille de l'entreprise ces derniers trimestres, est revenue à meilleure fortune, renouant avec la croissance au deuxième trimestre.
Autant de feux verts qui ont poussé Deutsche Bank à relever sa recommandation à l'achat sur le groupe.
La banque note que les perspectives de Thales dans la défense se sont éclaircies, que son activité spatiale bénéficiera de l'augmentation des budgets alloués à l'espace en Europe, et que la division "Cyber and Digital", qui regroupe les activités de cybersécurité de Thales, ainsi que celles dites "identité numérique et biométrie" (cartes à puces pour les services bancaires, solutions de connectivité pour l'internet des objets, solutions biométriques), semble "avoir possiblement atteint un creux".
Safran va-t-il encore relever ses objectifs de moyen terme ?
Enfin et non des moindres, Safran a encore livré une publication de haut vol qui démontre une fois de plus la qualité de l'exécution du groupe.
La hausse de 2,9% de l'action enregistrée juste après la communication des résultats ne doit pas être minimisée. GE Aerospace, qui détient la moitié de CFM International - la coentreprise clef de Safran et du groupe américain - avait déjà livré ses comptes du deuxième trimestre.
Les investisseurs avaient déjà une certaine idée de la publication. Ils attendaient ainsi Safran au tournant et savaient pertinemment que le groupe relèverait ses objectifs 2026.
Le pensionnaire du CAC 40 est quand même parvenu à les satisfaire, grâce une croissance très élevée dans les services pour moteurs civils (+40,4% au premier semestre) et les pièces de rechange (+27,9%).
Et le relèvement des différents objectifs (chiffre d'affaires, cash, résultat opérationnel) a contenté le marché.
"La solidité et la qualité (de ce relèvement d'objectifs) sont impressionnants", jugeait Oddo BHF. "Nous pensons que les investisseurs s'attendaient largement à une révision à la hausse des prévisions, mais nous estimons que cette révision a été significative", abondait Royal Bank of Canada.
"Nous restons convaincus que les investisseurs récompenseront Safran pour ses solides performances dans les services d'après-vente, alors que le débat porte désormais sur la croissance à l'horizon 2027", juge la banque canadienne qui a rehaussé son objectif de cours à 400 euros (contre un cours actuel à 356 euros).
Comme le rapporte Bank of America, la direction de Safran a reconnu que ses objectifs 2028 auraient probablement besoin d'être encore rehaussés car trop prudents.
Le groupe avait en 2024 annoncé viser un résultat opérationnel courant ajusté compris entre 6 et 6,5 milliards d'euros en 2028. La société a déjà porté cette cible pour l'élever à un intervalle allant de 7 à 7,5 milliards d'euros, mais c'est encore trop bas. Bank of America voit le groupe excéder les 8 milliards d'euros.
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