Connexion
Mot de passe oublié Pas encore de compte ?

THALES

HO - FR0000121329 SRD PEA PEA-PME
223.300 € -1.54 % Temps réel Euronext Paris

Thales : Le fabricant du canon Caesar KNDS reporte sine die son introduction sur la cote, Rheinmetall plonge de 44% depuis janvier…Pourquoi la défense européenne est passée de l'euphorie "à l'incrédulité" en Bourse

Aujourd'hui à 07:00
KNDS a reporté son entrée en Bourse

(BFM Bourse) - Secteur phare de la Bourse l'an passé, la défense européenne déchante en 2026. Les craintes sur l'exécution des sociétés du secteur et sur les budgets militaires des pays européens ont pesé sur des valorisations tendues. Par ailleurs, le compartiment est lesté par des interrogations autour de la pertinence de certains portefeuilles de produits.

Acheter au son du canon et vendre au son du clairon. Ce vieil adage boursier emprunté au vocabulaire militaire recommande d'investir au plus bas, lorsque les temps sont durs, pour ensuite prendre ses gains lorsqu'une action atteint ses sommets. Une théorie simple sur le papier mais qui s'avère évidemment bien plus compliquée à mettre en pratique.

Le secteur de la défense européenne semble assez bien incarner cet adage. Avant 2022, nombre de groupes militaires pâtissaient de cours de Bourse déprimés, plombés par les craintes entourant les budgets de la défense en Europe ainsi que par le peu d'attrait ESG (environnement, social, gouvernance) attribué à cette industrie.

Sur ce dernier point, l'idée sous-jacente reste simple: quel investisseur "responsable" voulait investir dans des groupes qui produisent des armes?

Les entreprises du secteur ont eu beau déployer les plus grands efforts pour convaincre de leur importance dans le maintien de la sécurité mondiale, le marché a fait la sourde oreille. Thales avait par exemple organisé en octobre 2021 une journée entière dédiée à l'ESG.

>> Accédez à nos analyses graphiques exclusives, et entrez dans la confidence du Portefeuille Trading

Un réveil en deux temps

Depuis, la donne a radicalement changé. L'éclatement de la guerre en Ukraine, en février 2022, a rappelé qu'un conflit pouvait survenir sur le sol européen, provoquant une prise de conscience.

Plusieurs pays dont l'Allemagne ont décidé d'augmenter leurs budgets militaires, et les groupes de défense en Bourse sont revenus dans le radar des investisseurs. Depuis le début de cette guerre, le producteur de blindés Rheinmetall a vu son cours multiplié par plus de 11, devenant une star de la Bourse de Francfort et le chantre de la renaissance de la défense en Bourse. À Paris, l'action Thales a pris 185% sur la même période et celle de Dassault Aviation a grimpé de 116,5%.

L'autre grand catalyseur pour le secteur reste le retour à la Maison Blanche de Donald Trump, début 2025. Le président américain n'a cessé de mettre sous pression ses alliés européens pour qu'ils investissent davantage dans la défense dans le cadre de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (Otan).

Le 2 juillet, en prélude d'un sommet de l'organisation à Ankara, Donald Trump a encore déclaré que "les États-Unis consacr(aient) de loin plus d'argent que tout autre pays à l'Otan pour assurer leur protection, sans en tirer le moindre avantage".

Les dirigeants européens ont donc compris depuis l'an passé qu'ils devraient davantage compter sur eux-mêmes et bien moins sur les États-Unis pour garantir leur propre sécurité.

Les annonces de hausses de budget militaires se sont multipliées. En juin 2025, les pays membres de l'Otan se sont engagés à investir 5% par an de leur PIB dans la défense (3,5% pour le militaire à proprement parler et 1,5% pour les dépenses connexes comme les infrastructures critiques et les réseaux) d'ici à 2035 contre une précédente cible de 2%. Royal Bank of Canada calculait alors que cette cible générerait 2.000 milliards d'euros de dépenses additionnelles par an à l'horizon 2035.

Porté par ces annonces, le secteur de la défense a connu une année 2025 faste en Bourse. L'indice paneuropéen "Stoxx European Targeted defence", qui réunit les grands groupes de défense cotés, a pris 117%.

Rheinmetall entraîne le secteur dans sa chute

En parallèle, les introductions de plusieurs grandes entreprises du compartiment on été couronnées de succès.

En octobre 2025, TKMS, la filiale de Thyssenkrupp spécialisée dans la construction navale militaire, avait bondi de plus de 30% lors de sa première journée de cotation.

En janvier dernier, la société tchèque CSG, spécialiste des radars, des véhicules tout-terrain et des munitions, avait levé 3,8 milliards d'euros lors de son entrée à la Bourse d'Amsterdam, signant la plus importante introduction en Bourse de l'histoire pour un groupe de défense.

Toutefois, les valorisations, qui étaient montées à des niveaux stratosphériques, se sont retrouvées sous pression depuis janvier-février. Et le secteur déchante.

Rheinmetall s'effondre de 44% depuis ses plus hauts de 2026, atteints en début d'année. La société a récemment accusé une chute de 18,65% sur une séance, plombée par la perte d'un immense contrat, à savoir le projet de méga-frégate allemande F126.

La mauvaise fortune du groupe allemand pèse sur l'ensemble du compartiment, car "Rheinmetall reste le groupe de défense européenne en Bourse le plus liquide et le plus pondéré dans les indices", rappelle Yan Derocles, analyste chez Oddo BHF.

Ainsi, le Stoxx Europe Targeted Defense plonge de 12% depuis la mi-janvier, alors que les bourses européennes se portent relativement bien. Le Stoxx Europe 600, indice de référence du Vieux Continent, s'adjuge 7,5% sur la même période.

CSG, pour sa part, perd près de 60% depuis son introduction en Bourse de janvier, victime notamment de l'attaque d'un vendeur à découvert (des investisseurs qui parient à la baisse contre une action sans la détenir en empruntant sur le marché le titre), Hunterbrook Capital. Ce dernier a accusé la société tchèque de tromper les investisseurs sur son activité.

Signe que le secteur souffre, KNDS, le fabricant franco-allemand du char Leopard et du canon Caesar, a annoncé la semaine dernière qu'il reportait sine die son introduction en Bourse.

Le groupe né en 2015 de la fusion entre le français Nexter et l'allemand Krauss-Maffei Wegmann, a invoqué "la volatilité actuelle du marché dans le secteur européen de la défense". Selon plusieurs médias anglo-saxons, la valorisation que les investisseurs étaient prêts à accorder au groupe s'est effondrée en quelques mois, passant de 25 milliards à moins de 12 milliards d'euros.

Un retournement de marché

L'euphorie de 2022 à 2025 sur la défense européenne s'est ainsi évaporée. Le secteur est passé "de la croissance à l'incrédulité", observait la banque Citi, dans une note publiée le 3 juillet.

Comment expliquer un tel retournement du marché en quelques mois? Deutsche Bank évoquait en mai, parmi les "causes possibles" une "rotation sectorielle". Ce phénomène se produit lorsque le marché décide de prendre ses gains sur ses compartiments pour investir dans un autre. "Certains secteurs (comme la défense, NDLR) qui avaient surperformé en 2025 sont désormais considérés comme en perte de vitesse", notait l'établissement.

"Dans les faits, cela fait depuis le troisième trimestre 2025, qu'une pression sur les multiples boursiers du secteur s'exerce, ce qui est dû à plusieurs facteurs", explique pour sa part Yan Derocles, analyste chez le bureau d'études Oddo BHF.

"Un premier facteur a pesé, à savoir le 'trade-off' (arbitrage, NDLR) entre les nouvelles défenses, comme les acteurs des drones, face aux industries de défense plus traditionnelles et européennes. De nouveaux acteurs américains plus agiles, avec plus d'agilité pour développer des armes automatisées, qui semblent capter facilement des parts de marchés. Les investisseurs peuvent ainsi craindre des réallocations de budgets au détriment des fabricants d'armes traditionnelles", développe le spécialiste.

"Nous pensons toutefois que ce risque doit être relativisé car il est beaucoup plus difficile de pénétrer le marché européen, très fragmenté, qu'aux États-Unis et donc d'atteindre une masse critique", nuance Yan Derocles.

Jefferies et Barclays notent également que la défense européenne a souffert d'interrogations sur la "pertinence du portefeuille de produits" qui oppose les munitions et les véhicules blindés aux drones. Les spécialistes de la défense terrestre, comme Rheinmetall, CSG et l'allemand Renk, qui produit des boites de vitesse pour les chars, ont été particulièrement touchés, remarque Jefferies.

Les investisseurs ont également pu questionner les fondamentaux des sociétés. Jefferies évoquait en mai des doutes "légitimes" sur "l'exécution" des carnets de commandes. "Il y a une question d'exécution", abonde Yan Derocles. "Le marché a probablement attendu des croissances assez rapides, mais il a progressivement réalisé que cette croissance bénéficiaire serait plutôt concentrée sur la fin de la décennie.  Il y a eu un retour à la réalité", développe l'analyste d'Oddo BHF.

Des craintes exagérées?

Autre source de stress pour le marché: la mise en œuvre et/ou l'enveloppe accordée aux budgets militaires en Europe. Deutsche Bank cite des doutes autour de l'exécution des budgets de défense et "la réorientation éventuelle des priorités en matière de défense", jugeant ces craintes exagérées. Barclays soulignait en juin que le marché redoutait que la hausse des coûts énergétiques due à l'envolée des cours du pétrole ainsi que les tensions budgétaires retardent les lancements d'appels d'offre pour attribuer des commandes militaires.

"Des interrogations sur la partie budgétaire existent également. Il y a trois semaines, le ministre britannique de la Défense a démissionné, il y a récemment eu des commentaires négatifs du ministre de la Défense italien, et des craintes entourent le budget français de la Défense à l'approche de la présidentielle. Plus généralement, les investisseurs, surtout américains, redoutent que les déficits entraînent des coupes budgétaires et des réallocations de dépenses", expose Yan Derocles.

Au Royaume-Uni, l'ex-ministre de la Défense John Healy a effectivement claqué la porte mi-juin, mécontent des désaccords budgétaires avec le Trésor britannique et du manque de soutien du Premier ministre de l'époque, Keir Starmer. En Italie, la présidente du Conseil, Giorgia Meloni, a menacé de réduire sa participation au programme européen de prêts garantis dans la défense, appelé "SAFE". La cheffe du gouvernement italien demandait, pour maintenir ses engagements, que Bruxelles permette davantage de flexibilité budgétaire aux États membres pour gérer la crise énergétique.

En France, l'instabilité politique provoque régulièrement des doutes sur le budget de la défense, malmenant au passage les actions Thales et Dassault Aviation. L'avenir de la loi de programmation militaire (LPM), qui prévoit 436 milliards d'euros de crédits de paiements dans la défense entre 2024 et 2030, reste par ailleurs suspendu aux élections présidentielle et législatives de 2027. "Ça n’oblige personne en 2027, mais ce sera une référence", a reconnu en mai le président Les Républicains de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées au Sénat, Cédric Perrin.

Le bureau d'études indépendant Alphavalue pointe de son côté les difficultés de certains programmes européens comme le char du futur MGCS ou l'Eurodrone, ainsi que l'échec du Système de combat aérien du futur (SCAF).

"L'Europe dispose de moyens financiers, mais elle peine à gérer des programmes multinationaux complexes", explique l'intermédiaire financier.

"Les investisseurs commencent à se poser une question plus délicate : l'Europe est-elle réellement capable de transformer l'argent en programmes, et les programmes en équipements?", prévient encore Alphavalue.

Si l'ensemble de ces risques pèsent donc sur la défense européenne, il est permis de se demander si le marché ne brûle pas un peu vite ce qu'il a autrefois adoré. Jefferies considère que les préoccupations du marché sur les budgéts de la défense apparaissent "excessives, soulignant que l'Europe se doit d'augmenter ses dépenses en la matière "pour dissuader toute nouvelle agression de la part de la Russie".

"Il est légitime de se méfier de certains de ces risques, mais jusqu’à présent, peu d’éléments indiquent qu’ils pourraient avoir un impact significatif sur la thèse d’investissement structurels du secteur de la défense", abonde Barclays.

Face aux doutes du marché, la banque britannique met en avant les perspectives de croissance des équipements militaires européens, avec une moyenne de 9,1% par an d'ici à 2030.

Citi pour sa part estime que les groupes européens de défense connaîtront une croissance comprise entre 6% et 10% d'ici à 2035. La banque américaine juge, en conséquence, le marché bien trop pessimiste sur le secteur.

"Les gagnants (de la défense en Bourse, NDLR) ne seront pas nécessairement ceux qui disposent des carnets de commandes les plus importants, mais ceux qui seront capables d'innover plus rapidement, de choisir les bons partenaires et de posséder les capacités les plus stratégiques. La défense européenne n'est pas en train de disparaître. Elle évolue", tranche de son côté Alphavalue.

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
Vous suivez cette action ?

Recevez toutes les infos sur THALES en temps réel :

Par « push » sur votre mobile grâce à l’application BFM Bourse


Par email

Forum suspendu temporairement
Portefeuille Trading
+319.20 % vs +67.75 % pour le CAC 40
Performance depuis le 28 mai 2008

Newsletter bfm bourse

Recevez gratuitement chaque matin la valeur du jour