(BFM Bourse) - Avec la multiplication des secteurs massacrés par les craintes de bouleversements causés par l'essor de l'intelligence artificielle, les investisseurs se sont réfugiés sur les valeurs dites HALO, c'est-à-dire très industrielles et donc peu menacées par l'IA.
Le marché a tendance à aimer les "buzzword", les petits mots et expressions bien sentis, qui résument facilement des tendances.
Le cas récent le plus emblématique reste évidemment les "Sept magnifiques" de Wall Street ("The Magnificient Seven" en anglais) , c'est-à-dire Alphabet, Amazon, Apple, Meta, Microsoft, Nvidia, Tesla. Cette expression est née de la plume du chef stratégiste de Bank of America, Michael Hartnett, en référence au western de 1960 "Les Sept Mercenaires" ("The Magnificient Seven" en version originale).
Le spécialiste de marché désignait alors par cette expression de "Sept magnifiques" ce groupe de sept "big techs" américaines qui ont assuré à elle seules ou presque la forte performance des marchés actions américains. Ce grâce à l'essor de l'intelligence artificielle (IA) que ces sociétés (à part peut-être Apple) ont saisi à bras le corps.
Les Sept magnifiques connaissent, ces derniers temps, un gros coup de mou en Bourse. Toutes les actions de ce groupe de "super valeurs" évoluent en baisse sur l'ensemble de 2026 avec des replis qui vont de 0,07% (Nvidia) à 17,7% (Microsoft).
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Le "FOBO"
L'IA est désormais une thématique moins porteuse. Le marché se montre actuellement intraitable avec les excès de dépenses et les ambitions trop démesurées en la matière. Amazon et Alphabet, qui ont été tous deux sanctionnés par Wall Street pour avoir annoncé des plans d'investissements bien plus importants qu'attendu par les analystes, en savent quelque chose.
Surtout, les investisseurs ont récemment joué à un jeu de massacre assez violent. Les opérateurs de marché ont tenté d'identifier les "victimes de l'IA", ces secteurs dont le modèle économique pourrait être bouleversé (voire atomisé) par l'intelligence artificielle. Des spécialistes de la relation client externalisée, comme Telepeformance, ont très rapidement (dès 2023-2024) fait office de victimes idéales.
Ce virulent mouvement de marché s'est désormais étendu bien au-delà des cibles trop évidentes pour se propager aux entreprises de services informatiques, aux éditeurs de logiciels, puis à des victimes plus surprenantes comme la logistique ou l'immobilier de bureaux.
Même les banques, pourtant considérées comme des "AI winners" en raison des gains de productivité immenses que l'intelligence artificielle pourrait leur assurer, ont été prises dans la tempête.
C'est ce que l'on appelle le "FOBO" ou "Fear of being obsolete", la crainte que des actions voire des secteurs entiers soient frappés d'obsolescence. Comme nous l'avons écrit dans un précédent article, ces anticipations de marché sont souvent exagérées. Elles n'en demeurent pas moins très difficiles à contrecarrer.
L'investissement contre l'obsolescence
Face à la multiplication de ces "perdants de l'IA", les investisseurs ont cherché des poches de réconfort. Un peu comme, au printemps 2025, lorsqu'ils avaient recherché des actions peu exposées aux droits de douane, ce qui avait porté la construction et les "utilities" (les services aux collectivités).
Un acronyme s'est ainsi imposé récemment: "HALO". Ce terme a été récemment utilisé, notamment par Morgan Stanley, pour décrire la ruée du marché vers des entreprises industrielles, très capital-intensives et, d'ordinaire, pas forcément appréciées du marché pour cela. Mais, étant des valeurs industrielles, elles sont beaucoup moins exposées aux risques liés à l'intelligence artificielle que les groupes de services.
Le "HALO" signifie ainsi "Hard asset low obsolescence", c'est-à-dire des sociétés "asset hard" avec des actifs lourds comme des machines industrielles. Mais qui font donc face à peu de menaces d'obsolescence.
"Les entreprises 'HALO' associent un capital physique important (obstacles à la reproduction du modèle d'activité en raison du coût, de la réglementation, du temps nécessaire à la construction ou de la complexité technique) à une pertinence économique durable. Parmi les exemples, on peut citer les réseaux électriques, les producteurs de tubes, les services publics, les infrastructures de transport, les machines essentielles et les capacités industrielles à cycle long", explique Goldman Sachs.
"Les secteurs liés aux 'hard assets' et à l''ancienne économie', tels que les matières premières, l'industrie, les matériaux, la santé et les biens de consommation, sont considérés comme immunisés contre l'IA, tandis que de nombreux secteurs liés aux services aux consommateurs ou aux entreprises et aux technologies, qui affichent généralement des marges élevées, sont considérés comme vulnérables", a constaté, de son côté Barclays, dans une récente note.
Coca-Cola, qui avait déjà été recherché lors de l'anxiété de marché sur les droits de douane, s'adjuge 13% depuis le début de l'année et a signé des records. Le groupe Johnson and Johnson prend 18,7%.
C'est la revanche "de la bonne vieille économie", a résumé Frédéric Rozier, gérant chez Mirabaud, dans BFM Bourse, le, 19 février.
Le gérant a évoqué le retour "de l'industrie, la bonne vieille industrie". "Regardez Deere", le célèbre fabricant de tracteurs John Deere qui prend 44,4% depuis le début de l'année, "ou Caterpillar (+32%)".
"On est dans le grand classique de la vieille industrie qui a fait le succès de la Bourse dans les années 80-90, ces valeurs reviennent en force au détriment de beaucoup de groupes technologiques", explique Frédéric Rozier.
Le spécialiste de marché cite en France un groupe qui coche ce type de cases, à savoir Orange, qui a récemment enchanté le marché en livrant un plan stratégique faisant la part belle à la génération de cash et la hausse du dividende.
"Ce que l'on attend d'Orange c'est d'être capable de délivrer des dividendes et d'avoir une croissance faiblarde mais plutôt solide. Dans un contexte de marché qui se cherche, qui cherche du revenu, qui cherche du dividende et qui ne veut pas se faire peur, Orange est tout à fait le bon candidat", explique Frédéric Rozier.
D'autres exemples existent en Europe. Morgan Stanley est passé à "surpondérer", équivalent d'acheter, sur le groupe d'immobilier allemand spécialisé dans le résidentiel Vonovia, évoquant justement le "HALO", selon investing.com.
Parti pour durer ?
Est-ce que ce "HALO trade" ne va pas s'estomper subitement et passer de mode comme d'autres tendances de marché?
Cité par Marketwatch, Morgan Stanley pense que non. Son stratégiste en chef pour les États-Unis, Neil Wilson, rappelle tout d'abord que la surperformance de ces valeurs n'est pas si récente.
"Par exemple, les secteurs multi-industriels et des matériaux/métaux surperforment depuis des mois... Le facteur 'capital-investissement élevé par rapport au chiffre d'affaires' surperforme sur l'ensemble du marché depuis le milieu de l'année dernière, ce qui confirme cette tendance", souligne-t-il.
Le stratégiste avance que ces actions devraient encore bénéficier du fait qu'elles se trouvent actuellement sur un cycle économique favorable, et que plusieurs d'entre elles, comme Caterpillar, seront des gagnants de l'IA.
Neil Willson explique aussi que ces titres très intensifs en investissement bénéficieront des incitations à l'investissement incluses dans la loi budgétaire 2025 de Trump (le "big beautiful bill"), et plus généralement d'une volonté de l'administration américaine de rééquilibrer l'économie vers l'investissement plutôt que la consommation.
Le stratégiste recommande ainsi les groupes multi-industries comme des conglomérats, à l'image par exemple de Honeywell, présent dans l'aéronautique, la défense, le nucléaire ou encore l'automatisation du bâtiment.
