(BFM Bourse) - Le métal précieux connaît un accès de faiblesse prononcé en raison des anticipations de hausses de taux de la part de la Réserve fédérale américaine (Fed), de la persistance du conflit en Iran, et de la baisse du dollar. Mais les analystes voient le métal précieux rebondir à moyen terme.
L'année 2026 a marqué un important coup d'arrêt pour l'or qui n'avait précédemment de cesse d'enchaîner les records. En 2025, "la relique barbare", comme la surnommait l'économiste John Maynard Keynes, s'était adjugé près de 65%.
Sur le début de 2026, la tendance se poursuivait. L'or était monté jusqu'à un record absolu de 5.595,47 dollars l'once en janvier, avant de connaître un plongeon technique violent puis de remonter.
L'éclatement du conflit au Moyen-Orient a marqué un véritable coup d'arrêt à l'ascension du métal précieux.
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Les taux montent et font mal
En raison de ce conflit, les cours des prix des hydrocarbures ont bondi et les craintes de stagflation (une croissance anémique doublée d'une inflation galopante) ont surgi.
Cet environnement a poussé les grandes banques centrales à relever leurs taux directeurs tout en provoquant une envolée des taux et des rendements obligataires. Le rendement à 10 ans du Trésor américain s'est envolé à des plus hauts depuis près de 20 ans, grimpant à plus de 5,3% au cours du mois d'octobre.
Ce qui mécaniquement pèse sur l'attrait de l'or et le plombe. L'or ne produit pas de revenus (contrairement aux obligations avec coupons ou des actions avec des dividendes). Son cours est en conséquence pénalisé par les hausses des taux d'intérêt, car il devient alors de moins en moins intéressant d'investir dans de l'or plutôt que de le placer.
Dans le même temps, le dollar s'est raffermi face aux autres devises, depuis l'éclatement du conflit en Iran.
Or cette hausse rend l'or, dont les cours sont libellés en dollars, moins attrayant pour les investisseurs qui n'ont pas le billet vert comme devise de référence.
"Le cours de l'or a baissé, la hausse des rendements réels américains et le raffermissement du dollar américain augmentant le coût d'opportunité lié à la détention de ce métal. En tant qu'actif ne générant pas de rendement, l'or perd généralement de son attrait lorsque les rendements réels américains augmentent", explique ainsi UBS.
Ces tendances se sont accentuées ces dernières semaines, avec un baril de Brent qui est remontée jusqu'à 116,7 dollars et des taux obligataires qui ont grimpé avant de refluer. La persistance du conflit au Moyen-Orient et l'absence d'accord de paix durable entre l'Iran et les États-Unis ainsi que la multiplication des attaques Houthis contre l'Arabie Saoudite pèsent sur le marché. Les anticipations de hausses de taux de la Réserve fédérale américaine (Fed) ont également pu jouer.
La dégradation des finances publiques américaines et les banques centrales comme moteurs
L'once d'or évolue ainsi autour de 4.000 dollars l'once, en baisse de près de 30% (*) par rapport à ses sommets de janvier. Le métal précieux a également chuté de près de 14% par rapport à la fin août.
"La récente hausse des cours du pétrole, une inflation élevée et une politique monétaire restrictive de la Fed constituent des facteurs défavorables à court terme pour l'or", écrit Bank of America. "Si le prix du pétrole venait à grimper à 150 dollars le baril en raison de tensions prolongées au Moyen-Orient – ce qui ne correspond pas à notre scénario de base –, nous estimons que l'or s'établirait en moyenne à 3.500 dollars l'once en 2027", ajoute l'établissement américain.
Pour autant, les différentes banques s'avèrent optimistes sur le potentiel du métal précieux.
Bank of America voit l'or revenir à 4.389 dollars l'once à la fin de l'année puis à 4.813 dollars, en moyenne, en 2027.
Si l'établissement considère qu'à court terme la guerre en Iran pourrait encore peser sur le métal précieux, il estime "que les perspectives à moyen terme sont favorables, compte tenu de la politique économique menée aux États-Unis, caractérisée notamment par des déficits élevés et un endettement croissant". L'or est en effet perçu comme une bonne couverture face aux risques posés par la dégradation des comptes publics américains.
Citi voit le métal précieux revenir à 4.600 dollars l'once au quatrième trimestre puis à 5.000 dollars l'an prochain. La banque américaine anticipe un ralentissement de l'inflation américaine, ce qui devrait réduire la pression sur les taux américains et ainsi bénéficier à l'or. Elle table aussi sur une meilleure demande d'or physique (lingot, pièces) de la part des particuliers.
Goldman Sachs anticipe de son côté une once d'or à 5.400 dollars à fin 2027 car ses économistes s'attendent à ce que la Fed procède à trois baisses de taux entre septembre 2027 et mars 2028.
L'or possède des appuis pour ses fondamentaux. La demande d'investissement "est restée remarquablement résiliente tout au long de la vente massive du marché obligataire (et donc de la hausse des taux, NDLR)", remarque Ole S Hansen, de Saxo Bank.
"Les données du World Gold Council montrent que les avoirs mondiaux d'ETF or ont atteint un record de 4.256 tonnes après des entrées de 67 tonnes en septembre et de 120 tonnes en août, malgré la récente correction des prix. Cette divergence suggère que les investisseurs regardent au-delà du coût d'opportunité immédiat de détenir un actif non porteur d'intérêt", ajoute-t-il.
Goldman Sachs observe pour sa part que la demande d'or de la part des banques centrales pour diversifier leurs réserves, notamment la demande des banques centrales des pays émergents, reste robuste. La Chine, notamment, a nettement accéléré ses achats d'or en 2026.
"Nous continuons à considérer la demande des banques centrales comme un facteur de soutien structurel pour l'or", car ces banques centrales vont continuer à diversifier leurs réserves. "Les raisons justifiant une diversification par rapport aux monnaies de réserve du G7, notamment les risques géopolitiques et financiers, devraient rester d'actualité", considère ainsi Goldman Sachs.
UBS estime que l'or remontera progressivement : 4.600 dollars l'once à fin décembre, 5.000 dollars l'once à fin mars, 5.200 dollars à fin juin et 5.400 dollars à fin septembre.
Comme Goldman Sachs, la banque suisse anticipe une solide demande de la part des banques centrales.
UBS anticipe par ailleurs deux baisses de taux directeurs d'un quart de point de pourcentage l'an prochain de la part de la Fed.
"Dans l'ensemble, nous estimons que les perspectives d'investissement à long terme pour l'or restent favorables", considère la banque suisse.
"La diversification des réserves des banques centrales, les inquiétudes liées à la hausse de la dette publique et du coût du service de la dette, nos prévisions d'un affaiblissement progressif du dollar américain, ainsi que la vigueur des achats chinois devraient continuer à soutenir le marché. Parallèlement, la demande en Inde devrait bénéficier de la saison des fêtes qui approche et de la baisse des prix", élabore encore UBS.
(*) Les cours ont été arrêtés lundi 26 octobre après la clôture européenne.
