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Marché : L'effet Halloween peut-il offrir un élan aux marchés malgré les risques et les possibles mauvaises surprises de cette fin d'année?

Aujourd'hui à 07:00
Halloween, un bon moment pour investir?

(BFM Bourse) - À rebours de l’adage "Sell in May and go away" ou "Vends en mai et va-t’en", l’effet Halloween suggère que la période comprise entre novembre et avril est historiquement la plus favorable aux marchés financiers. Mais cette saisonnalité suffira-t-elle à soutenir les actions en 2026, alors que les incertitudes économiques, politiques et géopolitiques restent nombreuses ?

Des bonbons, un déguisement et un film d’horreur... Voilà l’attirail classique d’une soirée d’Halloween. Aux États-Unis, les dépenses liées à cette fête devraient atteindre un record de 13,5 milliards de dollars en 2026, contre 13,1 milliards l’année précédente, selon la National Retail Federation. La dépense moyenne s’élèverait à 115,14 dollars par personne, principalement consacrés aux costumes, aux décorations et aux confiseries.

Pour les investisseurs, la panoplie d’Halloween pourrait aussi inclure un portefeuille d’actions soigneusement sélectionnées. Car, selon une anomalie saisonnière bien connue, la fin du mois d’octobre marquerait le début de la période la plus porteuse de l’année en Bourse.

Octobre conserve une réputation sulfureuse

Selon la stratégie associée à l’effet Halloween, les investisseurs devraient réduire leur exposition aux actions à partir du mois de mai, avant de revenir sur les marchés à la fin du mois d’octobre, à l’approche de la Toussaint.

Historiquement, acheter des actions à cette période pour les conserver jusqu’au printemps a généré, en moyenne, une performance supérieure à celle enregistrée entre mai et octobre. Cela ne signifie pas que la période estivale est systématiquement négative, mais que ses rendements historiques sont simplement moins élevés.

Cette saisonnalité ne constitue toutefois ni une garantie de gain ni une stratégie d’investissement suffisante à elle seule.

À l’approche de la fin du dixième mois de l’année, la question d’un éventuel effet Halloween revient naturellement sur le devant de la scène. Octobre conserve en effet une réputation sulfureuse, notamment en raison des krachs de 1929 et de 1987, même si cette image ne correspond pas nécessairement à ses performances moyennes de long terme.

À Paris, le CAC 40 a achevé le mois d’octobre quasiment à l’équilibre, avec une progression de seulement 0,06%, autour de 7.969 points. Les publications d’entreprises ont joué les amortisseurs d'un indice qui a été affecté par les inquiétudes entourant la situation politique et budgétaire française.

La place parisienne reste par ailleurs en retrait par rapport à plusieurs grands marchés internationaux depuis le début de l’année. Cette situation s’explique aussi par sa composition sectorielle, avec un poids important du luxe en plus des incertitudes politiques et budgétaires françaises.

Un rallye de fin d’année encore loin d’être confirmé

Au-delà du contexte politique et macroéconomique, les publications des entreprises constituent un enjeu majeur pour les investisseurs.

"Aujourd’hui, ce que doivent distribuer les entreprises aux investisseurs, ce sont des résultats relativement doux si elles ne veulent pas s’attirer les mauvais sorts des marchés", soulignait le stratégiste Vincent Juvyns sur BFM Business, lundi 26 octobre.

Le stratégiste soulignait que la dernière semaine d'octobre allait être chargée en publications à Wall Street, avec de nombreux groupes du S&P 500 appelés à dévoiler leurs comptes trimestriels. Parmi eux figuraient plusieurs entreprises représentant une part importante de la capitalisation de l’indice américain.

Les résultats doivent être suffisamment solides pour justifier les niveaux de valorisation atteints par certaines sociétés, en particulier dans les technologies et l’intelligence artificielle.

Interrogé le 26 octobre, Alexandre Baradez, chef analyste de marché chez IG France, restait prudent quant à la possibilité d’un rallye de fin d’année. "Pour moi, il n’y a pas encore les bases permettant d’affirmer qu’un rallye est en route", estimait-il sur BFM Business.

L’analyste relevait néanmoins plusieurs évolutions encourageantes : une détente des taux américains, une bonne résistance générale des marchés et les premiers signes d’une rotation vers des secteurs jusque-là délaissés.

"Depuis une dizaine de jours, les taux américains ont cessé d’accélérer à la hausse. Le rendement du dix ans américain s’est légèrement détendu, de 20 à 30 points de base", observait alors Alexandre Baradez.

Une détente durable des rendements obligataires peut soutenir les actions en abaissant le taux utilisé pour actualiser les bénéfices futurs et en améliorant les conditions de financement des entreprises. Elle réduit également le rendement offert par les nouvelles obligations, ce qui peut favoriser, à la marge, une réallocation vers les actifs risqués, notait le stratégiste.

"Tout dépend toutefois de l’origine de cette baisse des taux. Une détente liée au recul de l’inflation est généralement bien accueillie par les marchés. À l’inverse, une baisse provoquée par de fortes craintes sur la croissance peut être interprétée comme un signal plus préoccupant", expliquait-il.

La technologie sous pression, la rotation sectorielle à confirmer

Alexandre Baradez observait également un léger repli des grandes capitalisations technologiques américaines. "Depuis une dizaine de jours, les Magnificent Seven reculent légèrement. C’est notamment ce qui pèse sur le S&P 500", constatait-il.

Cette expression de "Magnifcent Seven" désigne Nvidia, Microsoft, Apple, Amazon, Alphabet, Tesla et Meta. En raison de leur poids dans les indices américains, leurs variations exercent une influence considérable sur la direction du marché dans son ensemble.

La fin du mois a confirmé la vulnérabilité de certaines valeurs technologiques aux résultats et aux perspectives communiquées par les entreprises. Les investisseurs restent particulièrement attentifs à l’ampleur des dépenses consacrées à l’intelligence artificielle et à la capacité des groupes concernés à transformer ces investissements en bénéfices durables.

Le bilan d’octobre à Wall Street est ainsi resté contrasté. Le S&P 500 a terminé le mois en baisse de près de 1%, après avoir reculé de plus de 1,8% lors de la dernière séance, pénalisé par le repli des grandes valeurs technologiques.

Le Nasdaq Composite, fortement exposé au secteur technologique, a chuté de 5,3% sur l'ensemble d'octobre,, signant ainsi son pire mois depuis mars 2025, selon MarketWatch.

Le Dow Jones, plus diversifié et moins dépendant des géants de la technologie, a mieux résisté, avec une hausse mensuelle de 1,7%.

Dans le même temps, quelques signes de rotation vers des secteurs jusqu’ici moins recherchés ont été observés, expliquait Alexandre Baradez. La santé, les banques, l’automobile, la consommation discrétionnaire et les foncières cotées ont ponctuellement bénéficié d’un regain d’intérêt.

"Les secteurs en retard commencent doucement à rattraper leur retard, tandis que les grands gagnants des derniers mois reprennent leur souffle", résumait-il.

Une telle rotation rendrait la progression des marchés plus équilibrée et moins dépendante des seules méga-capitalisations technologiques. Son ampleur reste néanmoins limitée et devra être confirmée au cours des prochaines semaines, ajoutait le spécialiste de marché.

Ce que dit réellement l’effet Halloween

L’effet Halloween ne repose pas uniquement sur une croyance populaire. Cette saisonnalité a notamment fait l’objet d’une étude universitaire publiée en 2021 par Cherry Yi Zhang, de Nottingham University Business School, et Ben Jacobsen, de TIAS Business School, aux Pays-Bas.

Les chercheurs ont analysé 62.962 observations mensuelles provenant de 114 marchés. Leur échantillon remonte à 1693 pour la Bourse de Londres.

Leur conclusion montre que les rendements enregistrés entre novembre et avril ont été, en moyenne, supérieurs d’environ quatre points de pourcentage à ceux observés entre mai et octobre.

Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence. Ils reposent sur des moyennes historiques et ne permettent pas de prévoir la performance d’une année particulière. Une stratégie qui consisterait à vendre systématiquement en mai et à revenir sur les marchés à l’automne peut par ailleurs être pénalisée par les frais, la fiscalité, les dividendes non perçus et le rendement des placements alternatifs.

Les causes de cette anomalie restent discutées. Elles pourraient tenir aux comportements des investisseurs, aux flux de fin d’année, au calendrier des publications d’entreprises ou encore au retour progressif des volumes après la période estivale.

Le "rallye du Père Noël" ne commence pas en novembre

Les mois de novembre et décembre ont historiquement souvent été favorables aux actions américaines. Mais cela ne signifie pas que tout rebond observé à l’automne peut être qualifié de "rallye du Père Noël" .

Mark Hulbert, éditorialiste de MarketWatch, met ainsi en garde contre les interprétations trop rapides.

"Cela ne signifie pas que le marché ne rebondira pas d’ici Noël ; cela signifie simplement que, s’il le fait, cela n’aura rien à voir avec le Père Noël", explique-t-il.

Selon lui, le véritable rallye de Noël, au sens statistique, couvre une période beaucoup plus courte à savoir celle couvrant Noël au deuxième jour de Bourse de janvier. Il explique que depuis 1896, le Dow Jones a progressé lors de 77% de ces périodes, avec un gain moyen de 1,5%. À titre de comparaison, l’indice a progressé dans 56% des cas sur les autres périodes de durée similaire, avec un gain moyen de 0,2%.

"Avec tout autant de validité statistique, on pourrait qualifier n’importe quel rebond d’octobre de 'rallye de la Grande Citrouille'", ironise Mark Hulbert.

Cette observation ne peut toutefois être transposée mécaniquement à 2026. Certains travaux sur la saisonnalité suggèrent que la vigueur du marché américain au terme d’octobre peut influencer la tendance des deux derniers mois de l’année. Or, à la clôture du 30 octobre, le S&P 500 progressait d’environ 11% depuis le début de l’année, bien moins que le seuil de 15% retenu dans certaines analyses.

La discipline plutôt que les superstitions

Les tensions géopolitiques, notamment autour de l’Iran, constituent une autre source d’incertitude, avançait Alexandre Baradez. Un apaisement crédible pourrait contribuer à réduire la prime de risque sur les marchés et à exercer une pression à la baisse sur les cours du pétrole. De simples déclarations politiques ne suffiraient toutefois probablement pas à provoquer un changement durable.

"Il faudrait des signes tangibles d’apaisement géopolitique, perçus comme tels par le marché : de véritables changements et des déclarations engageant à la fois l’Iran et les États-Unis", insistait Alexandre Baradez.

Sur le plan monétaire, il expliquait que la perspective d’une éventuelle baisse des taux de la Réserve fédérale américaine en décembre pourrait également soutenir les marchés. Ce scénario reste cependant conditionné à l’évolution de l’inflation, du marché du travail et, plus largement, de la conjoncture américaine.

À l’orée de novembre, les conditions paraissent donc un peu plus favorables, sans qu’il soit encore possible d’affirmer qu’un rallye de fin d’année est installé. "Soyez patients. Le seul rallye de Noël qui compte n’arrivera pas avant Noël, tout comme le grand bonhomme lui-même", conclut avec humour Mark Hulbert.

Faut-il dès lors se laisser séduire par la période historiquement la plus favorable aux actions? L’effet Halloween offre un éclairage utile sur la saisonnalité des marchés, mais il ne dispense ni d’analyser les fondamentaux, ni de diversifier ses placements, ni de maîtriser les risques.

L’histoire montre surtout qu’une stratégie disciplinée et adaptée à l’horizon de placement tend à produire de meilleurs résultats que des décisions dictées par les effets calendaires.

Samedi 31 octobre, pendant que les enfants frapperont aux portes pour réclamer des bonbons, certains investisseurs pourraient quand même être tentés de frapper à celle des marchés.

Sabrina Sadgui - ©2026 BFM Bourse
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