(BFM Bourse) - Les deux groupes américains ont livré des copies inférieures aux attentes des investisseurs, renforçant les doutes du marché sur le retour sur investissement de l'IA.
La saison des résultats s'avère fatale aux "hyperscalers" (Amazon, Meta, Alphabet, Microsoft).
Ces groupes subissent les foudres d'un marché de plus en plus circonspect sur les méga dépenses d'investissement ("capex") dans l'intelligence artificielle (IA) et leurs retours sur investissements bien incertains.
La semaine dernière, Meta a effrayé le marché en annonçant une forte hausse de ses dépenses d'investissement, les "capex" - désormais attendus entre 135 et 145 milliards de dollars contre 130 milliards précédemment - pour 2026 ainsi qu'une nouvelle classe d'actions destinée à faciliter le financement de ces mêmes investissements. L'action a chuté de 7%.
>> Accédez à nos analyses graphiques exclusives, et entrez dans la confidence du Portefeuille Trading
Revenus insuffisants chez Amazon
Jeudi, Microsoft a relativement bien géré l'épreuve, reculant de 0,12% après avoir fait part d'une croissance plus dynamique que prévu chez Azure, sa division de services informatiques dématérialisée ("cloud").
Mais Alphabet a connu la pire séance de son histoire, avec un plongeon de 12,64%, puni pour avoir livré des revenus trop justes dans son activité phare, la recherche en ligne.
Le bal continue ce vendredi avec Amazon, qui perd 2% en début de séance à Wall Street. Le groupe de Jeff Bezos a, comme Alphabet, manqué le coche sur ses revenus au troisième trimestre.
Le spécialiste du e-commerce et maison-mère d'Amazon Web Services (AWS) a généré un chiffre d'affaires de 201,94 milliards de dollars, contre 202,26 milliards de dollars attendu par les analystes. La croissance d'AWS a, elle, légèrement dépassé les attentes (39% contre 38% selon Bank of America).
Par ailleurs, les dépenses du groupe dans les équipements ont atteint 77 milliards de dollars sur le trimestre contre 59 milliards dattendus par les analystes.
"Ainsi, même si la croissance du chiffre d'affaires liée au cloud a été légèrement supérieure aux prévisions, cela n'a pas suffi à apaiser les inquiétudes concernant la hausse des dépenses d'investissement", tranche Deutsche Bank.
Intel lesté par la chute des PC
La déception de marché provoquée par Amazon apparaît toutefois bien minime au regard de celle liée à Intel. Le fabricant de processeurs et groupe de semi-conducteurs s'effondre de 30% à Wall Street.
Comme l'explique Deutsche Bank, Intel a livré des prévisions de revenus pour le quatrième trimestre très largement inférieures aux attentes, retenant une fourchette comprise entre 15 et 16 milliards de dollars quand les analystes retenaient 17,05 milliards de dollars.
La société a été plombée par ses perspectives dans les PC, un marché en difficulté, les fabricants d'ordinateurs devant composer avec une pénurie de composant électroniques. En outre, le directeur général Lip-Bu Tan, cité par Bloomberg, a expliqué qu'Intel avait rencontré des problèmes d'approvisionnement en matières premières dans sa division dédiée aux data centers.
"À notre avis, la société n’a pas suffisamment mis en avant sa dynamique auprès de ses clients externes dans le secteur des fonderies, tandis que ses atouts dans le domaine des centres de données sont contrebalancés par une baisse étonnamment forte des livraisons d’ordinateurs personnels", décortique Bank of America qui a abaissé à "neutre" son conseil contre "acheter" précédemment.
"Les processeurs pour centres de données se portent bien dans un contexte de croissance générale du marché, mais sont confrontés à des contraintes d’approvisionnement (notamment dans les substrats pour semi-conducteurs), et les produits ne sont pas encore techniquement compétitifs face à leurs concurrents basés sur AMD/ARM, dont la croissance est 2 à 4 fois plus rapide", assène encore la banque américaine.
Les résultats d'Amazon et Intel viennent alourdir l'ambiance pesant sur le "trade IA" où le fait de miser en Bourse sur les actions portées par les perspectives de l'intelligence artificielle.
"Les résultats décevants de plusieurs entreprises ravivent les interrogations sur la rentabilité des investissements massifs dans l'intelligence artificielle", commente John Plassard de Cité Gestion.
À Wall Street, le Nasdaq abandonne 2,4% tandis qu'à Paris les valeurs IA sont secouées : Soitec chute de 8,4%, STMicroelectronics recule de 4,4%, Schneider Electric abandonne 3,4% et Legrand perd 3,1%.
Soitec et STMicroelectronics, deux groupes de semi-conducteurs, ont vu leurs cours de Bourse être soutenus par leurs produits pour interconnecter les data centers. Spécialistes des équipements électriques, Schneider et Legrand ont enregistré une forte croissance sur leurs derniers trimestres grâce à leurs produits visant à gérer l'efficacité énergétique des centres de données.
"Cette saison des résultats a été difficile pour les acteurs du secteur de l’IA, la plupart d’entre eux ayant été pénalisés dans un contexte de craintes liées à la bulle de l’IA et à l’inflation", a déclaré à Bloomberg Anna Wu, stratège en investissement et fondatrice de Floodlines Research. "La hausse des coûts de financement et le risque de crédit pourraient, à terme, contraindre les hyperscalers à ralentir leur expansion", a-t-elle ajouté.
"Les résultats des 'hyperscalers' se sont révélés globalement positifs en termes de demande, mais la conjonction d'une détérioration des flux de trésorerie et d'une augmentation des engagements financiers laisse penser que le débat visant à déterminer si les retours sur investissement dans l'IA peuvent, à terme, justifier l'ampleur des investissements ne sera sans doute pas tranché de sitôt", juge pour sa part Barclays.
