(BFM Bourse) - Les deux géants américains de la tech ont publié leurs résultats mercredi soir, envoyant des signaux divergents. Alphabet a publié des revenus inférieurs aux attentes et a accéléré sa consommation de cash tandis que Microsoft a livré une croissance meilleur qu'espéré par le marché dans l'informatique dématérialisée.
Les résultats trimestriels d'Alphabet et Microsoft, deux géants de la tech et "hyperscalers" étaient attendus au tournant par le marché. Les publications des deux membres des "Sept magnifiques" de Wall Street surviennent à un moment où les doutes s'accumulent autour de la thématique de l'intelligence artificielle (IA) en Bourse.
Et où les investisseurs s'interrogent grandement sur la pertinence des lourdes dépenses d'investissement ("capex") à coups de centaines de milliards de dollars dans les technologies d'IA. Les "hyperscalers" devraient dépenser autour de 850 milliards de dollars dans ces technologies, selon Yorkville Ives.
La semaine dernière, Meta a effrayé le marché en annonçant une forte hausse de ses "capex" - désormais attendus entre 135 milliards et 145 milliards de dollars contre 130 milliards précédemment - pour 2026 ainsi qu'une nouvelle classe d'actions destinée à faciliter le financement de ces mêmes investissements.
"Le 'trade IA' semble soudainement moins à l'épreuve de toutes les tempêtes, alors même qu'Alphabet, Microsoft et Amazon (qui publiera jeudi soir, NDLR) occupent le devant de la scène", note Stephen Innes de Spi AM.
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Alphabet plonge à Wall Street
"La croissance des bénéfices reste spectaculaire, tout comme les attentes, et le marché commence à accorder bien plus d'importance à l'intensité des dépenses d'investissement, aux flux de trésorerie et au retour sur investissement qu'aux résultats supérieurs aux prévisions en matière de bénéfice par action", ajoute-t-il.
Les résultats d'Alphabet et de Microsoft ont, in fine, envoyé des signaux discordants. "Microsoft a continué à faire tourner son moteur d'IA à plein régime, tandis qu'Alphabet a rappelé aux investisseurs que la demande en matière de cloud et les dépenses consacrées à l'IA ne sont pas synonymes de monétisation", observe Stephen Innes.
La maison-mère de Google a déçu, avec des revenus inférieurs aux attentes. "Le troisième trimestre d'Alphabet s'est avéré mitigé avec une croissance des revenus dans le cloud (l'informatique dématérialisé, domaine qui est censé tiré en priorité les fruits des investissements dans l'IA) qui accélère avec une croissance de 103% sur u an tandis que la recherche en ligne et Youtube ralentisse", résume Citi.
Le groupe de Mountain View se retrouve lourdement sanctionné à Wall Street, son action chutant de 10% dans les échanges d'après-Bourse à Wall Street.
Au troisième trimestre, Alphabet a généré des revenus de 127,58 milliards de dollars en croissance de 25% hors effets de changes tandis que son bénéfice par action s'est établi à 2,12 dollars contre 2,87 dollars un an plus tôt.
Selon un consensus cité par Bank of America, les analystes anticipaient des revenus de 127,35 milliards de dollars et un bénéfice par action de 2,98 dollars.
Les revenus générés par Google Cloud ont bondi de 102,6% pour atteindre 30,7 milliards de dollars, dépassant de 7% les attentes.
Mais, a contrario, les revenus tirés de la publicité ont manqué les attentes à hauteur de 2% avec un chiffre d'affaires de la recherche en ligne en croissance de 12% à 63,4 milliards de dollars, soit 2,5% de moins que le consensus. La croissance a par ailleurs ralenti par rapport au précédent trimestre (+16,8%).
Microsoft dépasse les attentes
Bloomberg remarque même que cette croissance est la plus faible dans cette division depuis plus d'un an.
Reuters note de son côté qu'Alphabet a brûlé du cash à hauteur de 9,1 milliards de dollars alors que les analystes s'attendait à ce que le groupe soit à l'équilibre.
Ces chiffres inférieurs aux attentes risquent d'alimenter les débats autour de la monétisation des dépenses d'investissement dans l'IA.
"Ce trimestre s'annonce comme un moment décisif pour Alphabet: soit Pichai (Sundar Pichai, le directeur général NDLR) et son équipe parviennent à redresser le modèle de monétisation de l'IA de l'entreprise, soit le géant risque de perdre sa position de leader dans plusieurs de ses activités phares dans un avenir proche", a déclaré Thomas Monteiro, analyste senior chez Investing.com, cité par Bloomberg.
"Tant que Google n'aura pas démontré qu'il est capable de monétiser l'IA comme il le faisait autrefois avec les publicités liées aux recherches", a-t-il ajouté, "chaque prévision de dépenses d'investissement qu'il publiera sera perçue moins comme une ambition que comme une facture".
"Sur un marché inquiet à l'idée que l'IA puisse cannibaliser l'activité principale, les investisseurs ont besoin de constater une accélération, et non un ralentissement, de l'activité de recherche", a déclaré Dave Wagner, gestionnaire de portefeuille chez Aptus Capital Advisors, cité par Reuters.
"Le cloud est le moteur de la croissance, mais tant que l'activité de recherche n'aura pas démontré que l'IA apporte une valeur ajoutée, le titre devrait probablement continuer à baisser", ajoute-t-il.
En comparaison, la copie livrée par Microsoft ne souffre d'aucun accroc majeur. Sur le trimestre, le groupe de Redmond a dégagé des revenus de 92,3 milliards de dollars en hausse de 19% tandis que le bénéfice par action a progressé de 18% à 4,89 dollars.
Selon un consensus cité par Citi, les analystes tablaient sur des revenus de 90,6 milliards de dollars et un bénéfice de 4,73 dollars.
Azure, la division de services cloud, dont l'activité est surveillée comme le lait sur le feu par le marché, a affiché une croissance de 48%, en nette accélération par rapport au précédent trimestre (41%) et largement supérieure aux 45% attendu par les analystes.
"Malgré des attentes élevées, nous estimons que Microsoft a tenu ses engagements tant en termes de chiffre d'affaires que de résultat net, avec une accélération significative dans ses activités les plus stratégiques", tranche Citi.
Microsoft tente actuellement de réduire ses dépenses pour compenser le coût des investissements dans l'IA. La société a annoncé en début de semaine qu'elle proposerait un plan de départ volontaire à environ 60.000 de ses salariés, soit environ un quart de ses effectifs.
Sa directrice financière, Amy Hood, a par ailleurs déclaré aux analystes que le groupe lèverait des fonds additionnels "quand il jugera les conditions attrayantes".
L'action Microsoft a grimpé de 2,9% dans les échanges après-Bourse à Wall Street, mercredi soir.
"Microsoft a démontré que les investisseurs sont toujours prêts à alimenter la machine tant que celle-ci génère suffisamment de bénéfices", tranche Stephen Innes.
