(BFM Bourse) - Le dixième mois de l'année traîne une réputation bien peu flatteuse due aux krachs survenus en 1929 et 1987. Une mauvaise cote qui, sans trop de surprise, s'avère bien exagérée.
Le mois d'octobre, qui a débuté jeudi, portera-t-il davantage le marché que septembre ? Sur le neuvième mois de l'année, le CAC 40 a souffert, perdant plus de 4%, quand le S&P 500 à Wall Street a reculé de 0,5%.
La remontée du pétrole et des taux obligataires due à l'absence de résolution du conflit au Moyen-Orient, les doutes sur l'essor de l'intelligence artificielle et le risque politique et budgétaire en France ont constitué autant d'entraves à la bonne marche des marchés.
À voir donc si octobre permettra d'infléchir la tendance. Ce mois a en tout cas un problème de perception, traînant une réputation de période bien peu florissante pour la Bourse. La faute à plusieurs évènements historiques survenus en octobre.
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Panique bancaire et "Black Monday"
En 1907, une panique bancaire gagne les États-Unis avec la décision de la Knickerbocker Trust Company (entreprise spécialisée dans la gestion à long terme du patrimoine de particuliers et d'entreprises) de ne pas honorer ses dettes. De nombreux retraits de fonds des banques entrainent une chute du marché boursier américain de près de 50% en un an, explique la Cité de l'économie . "L'effet domino a été impossible à arrêter car les petites banques de New York avaient placé leurs réserves excédentaires dans d'autres banques : la panique se propagea à l'ensemble des États-Unis. Un plan de sauvetage, mis en oeuvre grâce aux fonds propres du banquier John Piermont Morgan, permit de rétablir la confiance dans le système financier", poursuit l'institution.
Au passage, cette crise aboutira à la création de la Réserve fédérale américaine (Fed).
Surtout deux krachs boursiers retentissant se produisent en octobre. D'abord en 1929, avec une crise sur quelques séances.
"Le jeudi 24 octobre, la vente d’actions s’emballe sans que l’on puisse en déterminer précisément la cause et les cours s’effondrent, le Dow Jones perd à midi 22,6% de sa valeur mais une intervention des banques qui rachètent massivement des actions ramène la baisse à 2,1% en fin de journée. Si les cours se stabilisent, près de 16 millions d’actions sont vendues le mardi 29 et le Dow Jones perd à nouveau 12%. Les banques font faillite et les particuliers cherchent à retirer leurs dépôts ce qui provoquent une crise bancaire à travers des ruées sur les guichets (bank run)", explique la Banque de France. Entre 1929 et 1933, près de 9.000 banques ferment définitivement.
Le 19 octobre 1987, le fameux "Black Monday" secoue Wall Street, le Dow Jones perd 508 points sur une séance soit 22,6% en raison d'une combinaison de facteurs, tels qu'un déficit commercial qui se creuse, un dollar surévalué, des taux qui remontent ou encore un projet de loi de taxation sur les fusions-acquisitions.
"October effect"
À cette liste pourrait s'ajouter la crise économique et financière de l'automne 2008, le gros de la chute des marchés ayant eu lieu lors de la première semaine d'octobre (-18% pour le Dow Jones lors de la semaine bouclée le 6 octobre).
À tel point que les anglo-saxons parlent d'un "october effect" ou "effet octobre" en bon français.
"'L’october effect' repose sur l’idée que les grands accidents financiers ont une probabilité plus élevée de se produire en octobre, ce qui pousserait les investisseurs à alléger leurs positions ou à renforcer leurs protections pendant ce mois", explique John Plassard, de Cité Gestion, dans une note dédiée à ce sujet.
"Pourtant, l’histoire statistique ne confirme pas cette réputation. Depuis 1928, octobre a, en moyenne, affiché une performance positive pour les actions américaines (l'indice S&P 500, NDLR), supérieure à 0,6%".
Dans les faits, le mois de septembre est bien "pire" avec un retour moyen négatif proche de -1%. D'ailleurs, l'évènement déclencheur du krach de 2008, à savoir la faillite de Lehman Brothers était survenue mi-septembre.
Les données de CFRA Research cités par Reuters corroborent le constat de l'expert de marché. Le S&P 500 affiche une hausse moyenne depuis 1945 de 0,9% soit moins bien que décembre (1,6%), avril (1,6%), novembre (1,4%), juillet (1,2%) mars (1,1%) et janvier (1,1%) mais mieux que mai (0,3%), juin (0%), août (0%), février (-0,2%) et septembre (-0,6%).
"Depuis 1927, octobre a été négatif trente-huit fois, soit un résultat comparable à juillet et très loin de l’image d’un mois systématiquement destructeur. Sa performance médiane se situe au milieu du classement annuel. Plus surprenant encore, octobre a historiquement marqué la fin d’un plus grand nombre de marchés baissiers que leur début", développe encore John Plassard.
Ce dernier observe même que depuis 1950, octobre a constitué le meilleur mois, en termes de performances sur le S&P500, pour une année d'élection de mi-mandat, comme c'est le cas avec 2026. La hausse moyenne approche 3% avec une performance positive dans trois cas sur quatre sur ce type de cycle.
L'expert de marché note toutefois, sur la base d'une étude de LPL Financial, que le mois d'octobre a pour habitude d'afficher une forte volatilité, avec des variations quotidiennes de plus de 1% historiquement plus fréquentes que pour n'importe quel autre mois de l'année.
"L’October effect est une légende utile pour rappeler que les marchés peuvent devenir plus nerveux, mais il ne constitue pas un signal de vente", conclut John Plassard.
Rester investi sur le long terme
In fine, la logique reste toujours la même avec ces effets calendaires sur les marchés qui s'apparentent davantage à des croyances qu'à autre chose. S'y fier reste hasardeux et appliquer les conseils boursiers traditionnels (investir sur le long terme et diversifier son portefeuille) prévalent largement.
Une étude de Deutsche Bank de juillet 2024 montrait que sur 50 ans, les actions françaises avaient, en moyenne enregistré un rendement de 6,9%, taux qui passe à 7,5% pour les actions américaines.
Maintenir ses billes le plus longtemps possible reste le meilleur moyen de s'assurer un gain à long terme. Selon l'organisme de gestion de fonds de pension Capital Group, entre être investi un an et dix ans sur le S&P500, le pourcentage de probabilité de retour positif sur une action passe de 74% à 94%.
"Plutôt que d'essayer de prédire les hauts et les bas, il est important de conserver ses placements tout au long d'un cycle de marché complet. Concentrez-vous sur la durée pendant laquelle vous conservez vos placements, et non sur le moment où vous les effectuez", explique Capital Group.
Et rappelons au passage cette célèbre citation de l'écrivain américain Mark Twain : "Octobre. C'est l'un des mois particulièrement dangereux pour spéculer en bourse. Les autres sont juillet, janvier, septembre, avril, novembre, mai, mars, juin, décembre, août et février".
