(BFM Bourse) - SpaceX, OpenAI, Anthropic... L'année 2026 devrait se distinguer par le retour des opérations d’envergure. Ce cortège de méga-introductions en Bourse pourrait remodeler la composition des grands indices boursiers de référence mondiaux, tient à prévenir MSCI.
L’année 2025 a été un millésime encourageant pour le marché mondial des introductions en Bourse. Ce souffle nouveau est venu des États-Unis, de la Chine et de Hong Kong, des marchés animés cette année par l'engouement des investisseurs pour les entreprises technologiques et innovantes.
"Le marché des introductions en Bourse des Amériques a démontré une résilience remarquable en 2025, surmontant des défis importants tout en maintenant un solide pipeline (réservoir, NDLR) d'entreprises de haute qualité", avait expliqué Rachel Gerring, responsable des introductions en Bourse dans les Amériques chez EY.
L’année 2026 promet d’être encore plus faste. Aux États-Unis, l'opérateur boursier Nasdaq avait indiqué fin 2025 s'attendre à une hausse des introductions en Bourse en 2026, avec un solide réservoir d’entreprises susceptibles de lever plus d'un milliard de dollars.
Une vague importante en 2026
Ce cortège de méga-introductions en Bourse sera alimenté par les secteurs liés à l’intelligence artificielle, aux infrastructures numériques, à l’énergie et à la transition énergétique qui attirent une attention particulière, "en raison de la visibilité de leurs flux futurs", explique John Plassard, associé et responsable de la stratégie d’investissement de Cité Gestion.
SpaceX, la société spatiale d’Elon Musk, viserait une entrée en Bourse à la mi-juin, qui se présente déjà comme la plus importante de tous les temps. En plus de SpaceX, OpenAI est aussi un prétendant identifié par le marché à une entrée en Bourse en 2026. La société à l'origine du robot conversationnel ChatGPT espère être valorisée 1.000 milliards de dollars dans le cadre de cette potentielle opération, rapportait Reuters fin octobre.
Toujours dans l'intelligence artificielle, Anthropic, qui est à l'origine du robot conversationnel Claude, est appelé à alimenter ce cortège de méga-introductions en Bourse de 2026. Ces trois entreprises pourraient lever plus que l'ensemble des introductions en Bourse de 2025 sur le sol américain, selon des experts de marché cités par le Financial Times.
"Je ne me souviens pas d'une "récolte" comme celle-ci — trois entreprises non cotées qui figureraient parmi les plus grandes capitalisations boursières mondiales," avait déclaré au Financial Times Peter Hébert, cofondateur de la société de capital-risque Lux Capital.
Cette vague potentielle d'introductions en Bourse de sociétés à très forte capitalisation, dont SpaceX, en 2026 pourrait remodeler les indices boursiers, prévient le fournisseur d’indices internationaux MSCI dans une étude publiée ce mois-ci.
"Elles représentent collectivement certains des secteurs les plus dynamiques de l'économie, notamment les plateformes logicielles d'intelligence artificielle, les technologies financières et les industries de la nouvelle économie telles que l'aérospatial et la défense", expliquent les auteurs de l’étude Abhishek Gupta, Adrian Elizondo Morales.
MSCI rappelle que ses indices boursiers sont basés sur la capitalisation boursière ajustée au flottant. Et chaque introduction en Bourse élargit simultanément l'univers d'investissement et modifie les pondérations de l'indice à mesure que les capitaux privés se transforment en flottant.
Les auteurs de l’étude ont retenu dans leur échantillon les introductions en Bourse qui sont considérées comme les "plus chaudes'" attendues ces 11 prochains mois, selon John Plassard.
Le spécialiste de marché rappelle que les calendriers d’introductions en Bourse restent cependant volontairement flous car les entreprises souhaitent conserver une flexibilité maximale face aux conditions de marché et que les dates sont rarement confirmées plus de quelques jours à l’avance.
Sans surprise, SpaceX a toute sa place dans cette liste, le groupe d'Elon Musk étant accompagné d’OpenAI, Bytedance, le propriétaire chinois de TikTok, Anthropic, Databricks (société spécialisée dans les infrastructures de données et d’intelligence artificielle), la fintech Revolut, Anduril, une entreprise de la défense et la plateforme de design Canva. MSCI a pris l'hypothèse d'une entrée en Bourse en solo d'xAI, même si Elon Musk a prévu de fusionner son entreprise d'intelligence artificielle avec SpaceX en vue de l'arrivée de cette dernière sur les marchés financiers.
Une pondération (encore) plus importante des Etats-Unis
Pour éclairer les investisseurs à évaluer l'impact hypothétique de l’arrivée de ces méga-capitalisations, les auteurs de l’étude ont ainsi modélisé l'intégration de ces 10 plus grandes entreprises détaillées un peu plus haut déjà présentes dans son indice MSCI All Country Venture-Backed Private Company dans le MSCI ACWI Investable Market Index (IMI), un indice comprenant environ 8.850 entreprises de 23 pays industrialisés et 24 pays émergents.
Le gestionnaire d'indices MSCI remarque que les valorisations de ces sociétés qui sont, pour l'heure, non cotées sont suffisamment élevées pour que, à des niveaux de flottant plus élevés (25% ou plus), les 10 entreprises soient toutes éligibles à l'indice.
À des niveaux de flottant plus faibles (5% et 10%) cependant, toutes les entreprises ne seraient pas éligibles, car c'est la capitalisation boursière ajustée en fonction du flottant qui détermine l'entrée dans cet indice. A contrario, dans le scénario extrême de 95%, trois introductions en Bourse se classaient parmi les 30 premières composantes de l'indice MSCI ACWI IMI en termes de pondération.
Les États-Unis ont encore un poids très significatif dans les indices mondiaux. Les actions américaines pesaient plus de 70% dans l’indice MSCI World Index, à fin janvier 2026, quand la France faisait office de nain (2,6%).
L’arrivée de ces mastodontes en Bourse pourrait donc encore plus asseoir la suprématie américaine dans les indices, prévient MSCI qui a pris comme hypothèse que toutes les sociétés pressenties allaient se coter à Wall Street, ce qui donnerait aux indices de référence mondiaux un poids supplémentaire aux États-Unis.
Dans le scénario d'un flottant de 25%, la pondération des États-Unis dans l'indice MSCI ACWI IMI passe de 61,75% à 62,03%, et dans le scénario extrême d'un flottant de 95%, elle grimpe à 62,78%. Dans le cas extrême, les baisses les plus importantes ont été enregistrées au Japon (-0,15%), au Royaume-Uni (-0,09%) et au Canada (-0,08%). "Si les variations en pourcentage semblent modestes sur le papier, les pondérations de l'indice de référence peuvent rapidement se traduire par des flux de dollars importants lorsqu'elles sont mises en œuvre par des investisseurs qui répliquent l'indice", note MSCI.
Effet papillon
Le gestionnaire d’indices ajoute que l’arrivée de ces méga-capitalisations entrainerait aussi des changements significatifs dans les secteurs et sous-secteurs (vers les logiciels d'application et l'aérospatiale/la défense), à des effets de rotation et à des flux liés à l'indice se chiffrant en milliards de dollars américains.
Au 30 janvier 2026, les 10 premières pondérations de l'indice MSCI USA IMI sont : Nvidia (6.99%), Apple (5,80%), Microsoft (4,58%), Amazon (3,46%), Alphabet A (2,96%), Alphabet B (2,49%), Meta (2,34%), Broadcom (2,24%), Tesla (1,83%) et JPMorgan (1,27%)
L'arrivée d'un OpenAI, d'un ByteDance par exemple, vont quelque peu réduire réduire la pondération de ces géants de la tech dans l'indice. Nvidia verrait alors sa poldérisation écrêtée de 0,08%, Apple de -0,07%, Microsoft de -0,05%, Amazon, de -0,04% et enfin Alphabet A de -0,03%
À grande échelle, MSCI prévient donc que ces ajustements de portefeuille peuvent aussi se traduire par des flux importants sur les marchés.
Avec des milliers de milliards de dollars à l'échelle mondiale qui suivent les indices MSCI par le biais d'ETF et de fonds indiciels, les flux totaux liés aux introductions en Bourse sont estimés par MSCI à 19 milliards de dollars sur la base d'un flottant de 25%, dont 4,5 milliards de dollars rien que pour SpaceX. En revanche, Nvidia serait la grande perdante avec des flux sortants estimés à 1,37 milliard de dollars, suivi d’Apple (-1,12 milliard de dollars) et Microsoft (876 millions de dollars).
"L'intégration dans un indice pourrait déclencher d'importants flux liés à l'indice, susceptibles de créer une liquidité significative et des événements boursiers importants", avertissent aussi Abhishek Gupta et Adrian Elizondo Morales.
Les gestionnaires d’actifs "devraient dès à présent soumettre leurs portefeuilles à des tests de résistance dans plusieurs scénarios de flottant, afin de les préparer à une éventuelle vague d'introductions en Bourse", concluent-ils.
