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Ubisoft entertain : "La confiance détruite sera dure à reconstruire"... Après son plongeon historique en Bourse, Ubisoft est face à une dure mission de reconquête du marché

Aujourd'hui à 16:17
Ubisoft souffre en Bourse

(BFM Bourse) - Ubisoft a violemment échaudé les investisseurs avec un avertissement qui l'a conduit à subir une baisse de 39,83% de son titre, jeudi, un record absolu pour l'éditeur de jeux vidéo. Le groupe va devoir convaincre le marché qu'il peut rebondir. Mais son bilan ne plaide pas en sa faveur et les analystes sont pessimistes.

Ubisoft a, certes, accumulé les déceptions au cours des dernières années. Mais celle encaissée par le marché, jeudi 22 janvier, a battu tous les records.

L'action a plongé de 39,83%. Jamais l'éditeur de jeux vidéo n'avait vu son titre autant chuter sur une séance.

La faute à un (énième) et lourd avertissement sur résultats passé mercredi soir. La société a sabré ses prévisions pour l'exercice actuel, clos en mars prochain, anticipant une perte opérationnelle de 1 milliard d'euros et un décaissement de trésorerie de 400 à 500 millions d'euros. "Depuis 2019, ils auront brûlé pour 1,7 milliard d'euros de cash", calcule un intermédiaire financier.

Ce "méga-profit warning", comme l'a qualifié Oddo BHF, s'explique par un ensemble d'éléments. La société a annulé la production de six jeux dont le remake de "Prince of Persia: The Sands of Time" et a allongé le développement (ce qui signifie un report de sorties) de sept autres. Ces deux décisions se traduiront par une dépréciation d'environ 650 millions d'euros au niveau du résultat opérationnel.

Ces décisions "sont difficiles mais elles sont nécessaires pour construire une organisation plus efficace et plus soutenable à long terme", a fait valoir le directeur général, Yves Guillemot.

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Marché plus sélectif

Les reports et annulations traduisent "une sélectivité" durable des joueurs sur les "AAA", les blockbusters du jeu vidéo, a expliqué le dirigeant. Yves Guillemot estime toutefois que ces "AAA", lorsqu'ils rencontrent le succès, "offrent un potentiel financier plus important que jamais".

Cela n'a clairement pas été le cas d'"Assassin's Creed Shadows", le dernier gros titre de la société. Ubisoft ne communique pas les chiffres de ventes de ses jeux. Mais Deutsche Bank écrivait à la fin de l'année dernière, que les débuts encourageants de ce "AAA" avaient été suivis d'un essoufflement.

La banque citait les chiffres d'Alinea Insights avec 4,3 millions d'unités écoulées à mi-novembre, c'est-à-dire en huit mois. Le précédent opus de la franchise, "Assassin's Creed Mirage", moins ambitieux, avait lui généré 5 millions de ventes en trois mois, pointait Deutsche Bank.

L'environnement de marché compliqué a donc conduit la société à se recentrer pour assurer un développement plus qualitatif à ses jeux. Et tenter de maximiser leurs potentiels à l'heure où les consommateurs sont devenus très exigeants.

Dans les faits, Ubisoft avait déjà annoncé ce virage au début de l'année dernière, la société tirant alors les leçons des ventes décevantes de "Star Wars Outlaws". Ce jeu en monde ouvert dans l'univers de Star Wars avait subi des critiques des joueurs pour son manque de finition et Ubisoft avait dû retravailler le titre après sa sortie.

Pas de point d'entrée pour les analystes

Le groupe réduit donc la voilure, se donne plus de temps de développement. Et serre les coûts. Le groupe réalisera d'ici mars son plan d'économies de 100 millions d'euros, et va en engager un nouveau de 200 millions d'euros, à accomplir dans les deux prochaines années.

Dans une industrie finalement liée à l'artistique, comme le cinéma, la société active ainsi les leviers à sa main.

Toutefois, ces initiatives ne donnent pas suffisamment de garanties au marché. Ubisoft est malheureusement coutumier des avertissements sur résultats. Entre septembre 2024 et janvier 2025, l'éditeur de jeux vidéo en a passé trois (avec, en plus, des prévisions décevantes annoncées en mai 2025).

"Au cours des six dernières années, Ubisoft a manqué ses prévisions initiales (…) en matière de 'net bookings' (le chiffre d'affaires retraité, NDLR) et de résultat opérationnel hors IFRS cinq fois sur six", soulignait d'ailleurs Barclays en décembre.

Avec la chute du titre de près de 40% jeudi, les investisseurs pourraient s'interroger sur l'existence d'un point d'entrée sur le titre.

Mais les analystes ne sont guère optimistes, jugeant que l'opération de reconquête du marché de la société s'avèrera difficile voire quasi impossible.

"Un chantier colossal"

Jeudi, après la clôture de la Bourse, Alphavalue, est passé d'"acheter" à "vendre" sur le titre.

Le bureau d'études indépendant évoque "une confiance détruite qui sera difficile à reconstruire". Les annonces formulées mercredi soir par le groupe "pèseront sur l'action tout au long de 2026", prévient également Alphavalue.

"En outre, nous tenons à souligner que sur son site web et sur steampowered.com, la plus grande boutique de jeux en ligne au monde, Ubisoft propose actuellement des réductions de 20% à 85 % sur ses jeux. Apparemment, cette mesure vise à augmenter les volumes de vente au quatrième trimestre 2025/26", ajoute le bureau d'études.

La veille, CIC-CIB était déjà passée à la vente sur le titre. Tout comme TP ICAP Midcap qui a abaissé son opinion à "vente" contre "conserver". Le bureau d'études spécialisé dans les valeurs moyennes estime que la société fait face à "un chantier colossal" pour les trois prochaines années.

Si Barclays juge que l'approche de la société – réduire le nombre de projets et serrer la vis sur les coûts – est la bonne, "il est également vrai que l'exécution de la société a été mise en cause pendant maintenant plusieurs années", ajoute la banque.

"Il serait peut-être possible d'améliorer l'exécution en se concentrant sur un nombre réduit de projets de jeux et en disposant de cinq studios créatifs dotés d'une direction ciblée (la réorganisation annoncée par l'entreprise, NDLR), mais nous ne pensons pas que les investisseurs accorderont une grande confiance à cette stratégie avant d'avoir vu un succès significatif issu de ce nouveau processus", tranche Barclays.

Des jeux pas assez percutants

Dire qu'Ubisoft produit des mauvais jeux serait erroné. Assassin's Creed Shadows avait récolté des critiques globalement bonnes de la presse et "Anno 117: Pax Romana" un jeu de stratégie sortie en novembre dernier, a reçu un score Metacritic de 84, considéré comme "généralement favorable".

Mais la société a trop souvent multiplié les retards de jeux. À titre d'exemple, le jeu de piraterie "Skull and Bones" est sorti en février 2024, sept ans après sa sortie initialement prévue.

Par ailleurs, les titres du groupe ne parviennent pas (ou plus) à concentrer l'attention.

L'an passé, "Assassin's Creed Shadows" a clairement été éclipsé par un autre logiciel produit par un studio français, à savoir "Clair Obscur; Expédition 33". Sorti à peu près un mois après le jeu d'Ubisoft, "Clair Obscur" avait dépassé les 5 millions de ventes à la fin 2025. Soit à peu près autant, si l'on se fie aux chiffres de Deutsche Bank, qu'"Assassin's Creed Shadows", avec un mois de ventes en moins. Et un budget de développement sensiblement inférieur, Clair Obcsur étant un "AA".

Surtout, ce jeu français (créé par un ancien salarié d'Ubisoft) a effectué une razzia aux "Game Awards", les "Oscars" du jeu vidéo (neuf récompenses dont jeu de l'année, meilleure réalisation, meilleure direction artistique). En comparaison, le titre d'Ubisoft n'était nommé que dans la catégorie "innovation dans l'accessibilité".

"Ce que l'on constate, c'est qu'Ubisoft n'a pas des marques qui garantissent un succès commercial récurrent comme 'Call of Duty' par exemple. Ils ont aussi un problème d'efficacité dans l'investissement, avec un taux d'échec important. Et peut-être qu'à force de tout industrialiser il y a pu y avoir des problèmes sur le côté créatif", décortique un analyste.

Échéances de dette

Le problème reste que ces difficultés structurelles ne se résorberont pas en un claquement de doigt. Même si la société a annoncé une réorganisation en cinq maisons de créations, censée la rendre plus efficace et plus agile.

"Il faudra attendre au moins trois ans pour que la nouvelle organisation permette au groupe de retrouver sa capacité à lancer régulièrement des jeux à succès, renouant avec une croissance durable et une génération de trésorerie robuste", a écrit Oddo BHF jeudi, confirmant son opinion à "sous-performance".

Lors de la conférence organisée mercredi soir, un analyste a demandé à quelle date la société dégagerait un flux de trésorerie positif. La direction n'a pas vraiment répondu, expliquant qu'elle comptait parvenir à une génération de cash "robuste" d'ici à trois ans.

Comme Oddo BHF, les analystes ont déduit qu'il faudra vraisemblablement attendre trois années avant que le groupe ne brûle plus de trésorerie. Barclays pense que cet indicateur ne repassera dans le vert que lors de l'exercice clos en mars 2029.

"Leur 'track record' (leur bilan, NDLR) est catastrophique, il faudra du temps avant que la confiance revienne et le marché va attendre de savoir au moins comment se passera le prochain exercice", juge l'analyste anonyme précédemment cité.

"La perspective d’un retour à une génération de cash nous semble lointaine et l’arrivée à échéance de l’emprunt obligataire de 675 millions d'euros en novembre 2027 devrait de nouveau fragiliser la structure financière du groupe", appuie TP ICAP Midcap.

Des cessions d'actifs

L'entreprise a assuré face aux analystes qu'elle avait des "options" pour refinancer sa dette au cours des 18 prochains mois. "Et nous continuons de considérer des potentielles cessions d'actifs", a ajouté la direction.

Pour l'analyste anonyme précédemment cité, la réorganisation de la société en cinq maisons créatives pourrait justement "préparer d'autres cessions".

Si les finances d'Ubisoft interrogent, "la société ne va pas disparaître puisqu'ils ont l'appui de Tencent", un mastodonte chinois du numérique, poursuit cet analyste. "Mais ont peut se demander comment cela va finir pour les actionnaires minoritaires", juge-t-il.

Par deux fois, en 2022 et en 2025, Ubisoft a sollicité son partenaire chinois pour renflouer ses caisses. D'abord via une prise de participation dans la société holding d'Ubisoft (Guillemot Brothers Limited) pour 300 millions d'euros. Puis en créant une filiale, Vantage Studios, pour lui céder 26,3% du capital au prix de 1,16 milliards d'euros. Pour donner un ordre d'idée, Ubisoft vaut actuellement 560 millions d'euros en Bourse.

À chaque fois, Tencent a accepté de payer très cher. Par exemple, en 2022, l'entrée dans la holding s'est faite au prix de 80 euros l'action Ubisoft (contre un cours actuel de 4,16 euros). À chaque fois, les actionnaires minoritaires n'ont pas vu la couleur des primes permises par ces opérations puisqu'elles ont été réalisées au niveau de la tête de pont puis d'une filiale.

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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