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Renault : Stellantis déclassé, Renault ignoré, Volkswagen et BMW sanctionnés… La saison des résultats a démontré combien la Bourse a perdu patience avec les constructeurs auto

Aujourd'hui à 07:00
L'automobile souffre en Bourse

(BFM Bourse) - À l'exception remarquable de BMW, les publications des résultats des constructeurs automobiles européens ont reçu un accueil au mieux proche de l'indifférence et au pire glacial. Le cas de Renault, dont les performances sont purement et simplement déconsidérées par le marché, souligne "à quel point les constructeurs automobiles européens sont tout simplement ignorés, quelle que soit leur valorisation", selon Citi.

Les constructeurs automobiles européens n'abordaient pas la saison des résultats sous les meilleurs auspices, c'est un euphémisme.

Le secteur a été frappé par de nombreux vents défavorables depuis le début de l'année. La faiblesse du marché chinois a pesé sur les groupes allemands, Volkswagen, BMW, Porsche et Mercedes-Benz, Renault et Stellantis étant pas ou peu présents dans ce pays. L'association professionnelle des constructeurs chinois s'attend à ce que le marché plonge de 14,3% sur un an en 2026.

L'offensive des constructeurs chinois en Europe a également inquiété les investisseurs. Puisque leur marché domestique est saturé, ces groupes ont mis de grands moyens à l'export pour assurer leur croissance.

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"Nous prévoyons une pression croissante à long terme, en particulier pour les 'acteurs de volume' (Stellantis, Renault, Volkswagen, NDLR), car les constructeurs chinois gagnent en importance en Europe et dans le reste du monde, ce qui implique une pression structurelle", prévenait en février Morgan Stanley.

Depuis le début de l'année, les constructeurs chinois grignotent effectivement des parts de marché à leurs concurrents européens. Selon Bernstein, les marques chinoises ont atteint une part de 10,7% du marché des voitures particulières en Europe occidentale au deuxième trimestre 2026.

Le conflit au Moyen-Orient avec ses répercussions pour la confiance des ménages a fini de créer ce que Morgan Stanley qualifie de "tempête parfaite" pour l'automobile.

Le secteur souffre donc avec un indice paneuropéen Stoxx Europe 600 Automobile and Parts (qui inclut également des équipementiers) en baisse de 16,4% depuis le début de l'année.

Mercedes-Benz, la seule vraie bonne surprise

Les constructeurs avaient l'occasion de rassurer le marché du mieux qu’ils le pouvaient en publiant leurs résultats du deuxième trimestre et premier semestre. Globalement, les différents acteurs n'y sont guère arrivés.

Certes, Ferrari a évité la sanction boursière, le titre terminant en hausse de 1,1% après l'annonce de ses comptes du deuxième trimestre. Mais, d'une part, le constructeur italien est davantage considéré par le marché comme un groupe de luxe que comme une société du secteur automobile, son comparable le plus immédiat restant Hermès.

D'autre part, Citi remarque que Ferrari a certes battu les attentes via des revenus plus élevés et un prix moyen plus important. Mais le groupe n'est parvenu à ces résultats qu'en avançant davantage le calendrier de livraisons de la F80, un modèle bien margé mais en série limitée. "À ce titre, nous pensons que les investisseurs devraient se demander si cette tendance finira un jour par s'essouffler", arguait Citi.

La seule véritable "bonne" surprise est venue de Mercedes-Benz, le groupe premium allemand voyant ses comptes du deuxième trimestre récompensés par une hausse de 2,9% de son action.

Au deuxième trimestre, Mercedes-Benz a livré des résultats supérieurs aux attentes, avec notamment la marge de sa division automobile à 4% contre 3,5% attendu par les analystes. Surtout, le groupe a confirmé l'objectif d'une marge pour sa division automobile comprise entre 3% et 5%, quand le consensus table sur 3,8%.

Un résultat opérationnel supérieur aux attentes, des perspectives relevées pour la division de services financiers et maintenues pour les automobiles et les vans constituent "une surprise positive, en particulier après l'avertissement récent de BMW", écrivait alors Citi.

BMW et son avertissement massif

Effectivement, l'autre constructeur premium allemand a, au contraire, souffert. L'action BMW n'a, certes, pas fait grand-chose lors de la publication officielle des résultats du deuxième trimestre (-0,2%).

Mais les investisseurs savaient déjà à quoi s'attendre puisque l'entreprise avait émis un lourd avertissement sur résultats, le 17 juin, conduisant son action à perdre 12% en deux séances.

La société avait alors divisé par plus de deux sa prévision de marge opérationnelle dans l'automobile, passant d'une fourchette de 4% à 6% à un intervalle allant de 1% à 3%.

Le groupe a invoqué les difficultés du marché chinois qui se sont accentuées, avec des ventes encore davantage en berne au deuxième trimestre. "Cela a entraîné un durcissement de la concurrence en Chine et dans d'autres pays de la région Asie-Pacifique", soulignait le constructeur.

"De plus, les répercussions du conflit au Moyen-Orient ont dépassé nos prévisions initiales. D’une part, les prix de l’énergie restent élevés et pèsent sur la structure des coûts de notre entreprise, d’autre part, l’instabilité liée au conflit a un impact négatif sur le moral des consommateurs sur l’ensemble des marchés mondiaux", a également expliqué BMW.

En comparaison, l'abaissement d'objectifs annoncé par Volkswagen a été perçu comme un moindre mal.

Volkswagen face à un défi impossible

Le groupe automobile de Wolfsburg, qui se restructure actuellement à coups de dizaines de milliers de suppressions de postes (50.000 postes, pour beaucoup des emplois indirects, mais qui pourraient être portés à 100.000 selon certaines informations de presse), a livré ses résultats le 24 juillet.

La société aux douze marques a livré un résultat opérationnel de 4,2% contre 4,7% attendu par les analystes.

Le groupe a abaissé ses perspectives de revenus, attendus en repli de 0% à 3%, contre une hausse de 0% à 3% précédemment. La marge opérationnelle a été maintenue dans une fourchette allant de 4% à 5,5%.

"Compte tenu du climat morose qui règne actuellement dans le secteur, la confirmation d'une prévision de marge d'exploitation de 4% à 5,5% pour le résultat d'exploitation du groupe au titre de l'exercice 2026 constitue un signe positif", juge Bernstein. Citi parle d'une performance "très solide" au vu des "vents défavorables intenses" en Europe et en Chine.

Las. Le marché a tout de même sanctionné la marge inférieure aux attentes et l'abaissement de l'objectif d'évolution des revenus.

"Volkswagen affiche des progrès opérationnels, mais les difficultés structurelles persistent. Les marques haut de gamme du groupe, Porsche et Audi, sont confrontées à des défis de taille sur des marchés clés, notamment en Chine et aux États-Unis, où des difficultés structurelles telles que l'intensification de la concurrence et les droits de douane persistent, sans perspective de résolution à court terme", explique le bureau d'études indépendant Alphavalue.

"En Chine, Volkswagen conserve une position solide sur le segment des véhicules à moteur à combustion interne, mais accuse un retard dans celui des véhicules électriques, principal moteur de croissance du marché", poursuit-il.

"La direction de Volkswagen tente de trouver un équilibre délicat : d'un côté, rassurer les investisseurs, et de l'autre, faire comprendre à ses salariés que la situation est critique et que des réductions douloureuses de capacité, impliquant d'importantes fermetures d'usines, sont inévitables. C'est un exercice presque impossible à mener à bien", observe de son côté Bernstein.

Renault ignoré du marché

Renault, de son côté, ne pâtit pas de surcapacités en Europe et n'a donc pas à fermer des usines à l'heure actuelle. Son directeur général François Provost l'a souligné à plusieurs reprises à l'occasion de la publication de ses résultats du premier semestre.

Le traitement qu'a réservé le marché à la copie du groupe au losange n'en demeure pas moins ingrat voire cruel.

Que ce soit sur la marge opérationnelle, qui a atteint 5,2%, contre 5% attendu par les analystes, le chiffre d'affaires ou le flux de trésorerie, le groupe a dépassé les attentes. Renault a, en outre, confirmé ses objectifs pour 2026, quand d'aucun redoutait que le constructeur de Boulogne-Billancourt les abaisse. Renault compte toujours dégager une marge opérationnelle d'environ 5,5% et un flux de trésorerie de l'automobile d'environ 1 milliard d'euros.

Le marché n'a toutefois pas été emballé. L'action a terminé sur une hausse modérée de seulement 0,22%, dans la foulée de la publication, et a même perdu plus de 4% au cours de la séance. Malgré ses résultats robustes, Renault, qui a été identifié comme le grand perdant de l'intensification de la concurrence chinoise car dérivant 70% de ses revenus de l'Europe, voit son action chuter de 19% depuis le début de l'année.

"Il y a toujours du scepticisme sur leur capacité à accélérer au second semestre pour tenir leurs objectifs annuels. Le marché s'avère sceptique sur le secteur, et sur Renault particulièrement", a expliqué à BFM Bourse Michael Foundoukidis, d'Oddo BHF.

"Toutefois il y a un peu de mauvaise foi de la part du marché, car avec les résultats du premier semestre meilleurs qu’attendu, la marche à accomplir au second est moins importante. Très sincèrement, Renault ne pouvait pas faire beaucoup mieux que ce qu'ils ont accompli au premier semestre, surtout quand on voit les résultats de leurs concurrents comme Volkswagen ou Stellantis", fait valoir l'analyste financier.

"Renault a publié des résultats solides pour le premier semestre 2026, démontrant ainsi que le groupe dispose d'une marge de manœuvre, d'un pouvoir d'influence et d'une volonté bien plus importants quant à son avenir que ce que beaucoup ne lui reconnaissent, comme le suggèrent ses faibles multiples de valorisation", juge Bernstein.

Citi résume simplement la chose : Renault exécute bien, possède un positionnement de leader sur l'hybride et l'électrique en Europe et agit bien sur les coûts "mais personne ne regarde".

"Les performances de Renault soulignent combien les constructeurs automobiles européens sont simplement ignorés du marché, et ce à n'importe quelle valorisation", assène la banque américaine.

"Au cours d'une période riche en rebondissements et en surprises, le modèle de Renault s'est distingué en tenant pleinement les promesses faites par la direction au premier semestre", apprécie Jefferies. "La résilience ne constitue pas un argument puissant dans une thèse d'investissement, mais une exécution rigoureuse devrait permettre d'alléger quelque peu les pressions sur la valorisation", veut croire la banque.

Stellantis va de mal en pis

Reste le cas de Stellantis, qui a vu son action corriger de 4,3% dans la foulée de ses résultats du deuxième trimestre, le titre poursuivant un peu plus sa longue descente aux enfers (-51% en 2026, la plus forte baisse du CAC 40, -75% sur cinq ans).

La société tente de reconquérir les marchés après les errements passés du précédent directeur général, Carlos Tavares, qui avait érigé en religion le "pricing power" et la réduction des coûts. Ce qui a conduit la société à entrer en conflit avec l'ensemble de ses parties prenantes (grèves de salariés, concessionnaires en colère, tensions avec l'État italien). Et à accumuler des stocks que Stellantis a ensuite du dégonfler aux prix de lourds rabais, d'un plongeon des ventes et de ses résultats (10 milliards d'euros de cash ont été brûlés en cumulé en 2025-2026).

Malheureusement, les résultats du deuxième trimestre publiés par le groupe automobile ont surtout illustré les difficultés de la société à traduire dans ses comptes le rebond réel de ses volumes.

La rentabilité en Amérique du Nord, sa région clef, a ainsi déçu. Le taux de marge opérationnelle courante s'est inscrit à 1,8% quand les analystes espéraient un chiffre plus proche de 2,4%.

"Les progrès sont lents, le chemin à parcourir est encore long et on attend toujours des preuves plus solides…", a déploré Oddo BHF.

Plusieurs abaissements d'opinions sont survenus dans la foulée. UBS a abandonné son conseil à la vente passant à "neutre".

La capacité de la société à translater la hausse de ses volumes de ventes en progression de ses bénéfices a été "étonnamment basse", déplore l'établissement. "Les nouveaux modèles (Jeep Cherokee, Dodge Charger) ne se sont pas non plus vendus aussi bien que prévu", poursuit la banque suisse.

"Les résultats de Stellantis ont nettement déçu, montrant une conversion limitée de la hausse de ses revenus en résultats, avec une amélioration de 17% de son résultat opérationnel courant à partir d'une hausse de 31% de ses revenus", cingle de son côté Bernstein, qui est passé de "performance de marché" à "sous-performance", équivalent de vendre.

Les stocks de Stellantis inquiètent

UBS et Bernstein alertent par ailleurs, comme nombre d'autres analystes sur un point inquiétant: Sellantis recommence à voir ses stocks s'accumuler tout en opérant des rabais importants.

Bernstein souligne qu'en juin 2026, les stocks de Stellantis n'étaient que 11% inférieurs à leur niveau maximum de juin 2024 (440.000 unités), qui avaient alors "précipité l'abandon du plan ambitieux de conquête de parts de marché de l'ancien directeur général de Stellantis, Carlos Tavares".

UBS estime que ces stocks obligeront Stellantis à réduire sa production et augmenter les promotions/ rabais pour écouler ces modèles, au second semestre.

"Le niveau excessif des stocks américains (89 jours de ventes contre une moyenne sectorielle de 50) nous incite à rester prudents. Nous craignons qu'une correction ne soit nécessaire avant que la reprise ne s'amorce – si tant est qu'elle se produise", abonde HSBC.

"Nous sommes préoccupés par la nécessité éventuelle de réduire les stocks aux États-Unis et par les sorties de trésorerie qui seront nécessaires pour redonner à l'entreprise une position concurrentielle", appuie encore la banque sino-britannique.

HSBC pointe, en sus, le fait que la société a opéré 25 campagnes de rappels aux États-Unis, représentant 3,8 millions de véhicules, et "l'histoire est similaire" en Europe. Ce qui signifie qu'il n'existe pas de "solutions rapides" pour les problèmes de qualité du groupe, déduit HSBC qui conclut de la façon suivante : "Stellantis est l'entreprise qui présente la plus faible visibilité du secteur".

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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