(BFM Bourse) - L'intermédiaire financier est passé de "performance de marché" à "sous-performance", équivalent de vendre, sur le titre, au regard des derniers résultats de la société. Bernstein redoute notamment que les niveaux de stocks élevés précipitent des baisses de production au second semestre.
Stellantis semble aller de Charybde en Scylla. Le constructeur automobile né de la fusion entre Peugeot SA et Fiat Chrysler en 2021 a vu son destin dramatiquement basculer à partir du printemps 2024.
Carlos Tavares, qui avait porté la société à des niveaux de marges stratosphériques (14,5% au premier semestre 2022), a été rattrapé par les limites de sa méthode établissant comme religion le "pricing power" et la réduction des coûts.
Les conflits entre les parties prenantes (salariés, concessionnaires, état italien) se sont multipliés et, surtout, les stocks se sont dangereusement accumulés aux États-Unis, le pays le plus important du groupe. Les ventes ont plongé, les résultats ont fondu (10 milliards d'euros de cash ont été brûlés en cumulé en 2025-2026).
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En outre, Stellantis a passé 22 milliards d'euros de dépréciations dues à la remise à plat de sa stratégie dans l'électrique, ce qui l'a conduit à accuser une perte de 22,3 milliards d'euros l'an passé, un niveau quasi historique pour un groupe du CAC 40.
Depuis ses sommets atteints en mars 2024, l'action Stellantis s'effondre de 82,5%.
Carlos Tavares a quitté le groupe par la petite porte fin 2024. Son successeur, Antonio Filosa, tente de relancer le constructeur et a présenté dans cette optique son plan stratégique "FaSTLAne 2030", qui prévoit le recentrage sur quatre marques et une meilleure couverture du marché aux États-Unis, pays sur lequel les efforts du directeur général sont concentrés.
À bout de patience
Mais la mayonnaise ne prend pas. Le titre chute encore de 48,2% sur l'ensemble de 2026 à la clôture de jeudi soir. Les derniers résultats trimestriels publiés par le groupe, la semaine dernière, ont encore fait grincer des dents les investisseurs.
La rentabilité en Amérique du Nord, sa région clef, a ainsi déçu. Le taux de marge opérationnelle courante s'est inscrit à 1,8% quand les analystes espéraient un chiffre plus proche de 2,4%.
"Les progrès sont lents, le chemin à parcourir est encore long et on attend toujours des preuves plus solides…", a déploré Oddo BHF.
UBS, un des rares bureaux d'études à avoir un conseil à l'achat sur le groupe, a jeté l'éponge lundi, passant à "neutre". La banque suisse déplorait que la société n'ait accompli que "très peu" de progrès aux États-Unis.
Ce vendredi 7 août, Bernstein a enfoncé (durement) le clou. L'intermédiaire financier a révisé à la baisse son opinion sur le titre, à "sous-performance", équivalent de "vendre", contre "performance de marché" ("neutre") tout en réduisant son objectif de cours à 4 euros, contre 6,2 euros précédemment. Ce qui revient à tabler sur une baisse du titre de 18%, à la clôture de jeudi soir.
À la Bourse de Paris, l'action Stellantis souffre à la suite de ce changement d'opinion et perd encore vers 10h50 ce vendredi 7 août, accusant la plus forte baisse du CAC 40.
Bernstein explique que le message positif envoyé par Antonio Filosa fin 2025 l'avait empêché de se montrer trop négatif sur l'action. De même, la colossale dépréciation de 22 milliards d'euros passée début 2026, bien que douloureuse, restait exceptionnelle et permettait de tout remettre à plat.
Mais "les résultats du deuxième trimestre publiés le 31 juillet ont constitué un sérieux retour à la réalité et ont été la goutte qui a fait déborder le vase", écrit Bernstein, qui a donc perdu patience.
"Si ce n’est pas maintenant, alors quand?"
Comme d'autres bureaux d'études, l'intermédiaire financier déplore le faible levier opérationnel du groupe, c'est-à-dire sa capacité à translater le bond de ses revenus en amélioration de ses bénéfices.
Malgré une hausse de 38% de ses livraisons facturées aux concessionnaires en Amérique du Nord, la marge opérationnelle courante a stagné à un faible niveau de 1,6%.
"Les résultats de Stellantis ont nettement déçu, montrant une conversion limitée de la hausse de ses revenus en résultats, avec une amélioration de 17% de son résultat opérationnel courant à partir d'une hausse de 31% de ses revenus", cingle Bernstein.
"De plus, cela s’est produit malgré un contexte dans lequel ses concurrents de Detroit, GM et Ford, profitent clairement de la conjoncture favorable. GM a annoncé une marge d’exploitation de 8,6% en Amérique du Nord au deuxième trimestre 2026, après avoir augmenté son résultat opérationnel ajusté de 42%, soit 1 milliard de dollars, en glissement annuel, sur la base d’une très modeste hausse de 0,4 milliard de dollars de son chiffre d’affaires. Ford ne publie pas de résultats régionaux, mais les messages concernant l’Amérique du Nord étaient très positifs", assène encore le bureau d'études.
"Ce qui soulève la question pour Stellantis : si ce n’est pas maintenant, alors quand ?", s'interroge-t-il.
Bernstein redoute également que le Ram 1500 de Stellantis, qui a connu des ventes robustes cette année, souffre de l'intensification de la concurrence, avec un retour à la normale de la production du F-150 de Ford et l'arrivée sur le marché à la fin de l'année du Chevrolet Silverado et du pickup GMC Sierra de General Motors.
Le bureau d'études se montre sceptique, aussi, sur la volonté de la direction d'étendre sa couverture de marché aux États-Unis.
"Nous estimons que l'hypothèse selon laquelle une exposition accrue au marché se traduirait automatiquement par une croissance significative des volumes est erronée. Bon nombre des segments dans lesquels Stellantis estime pouvoir générer des ventes supplémentaires sont déjà dominés par des concurrents bien établis, comme nous l'avons constaté avec la nouvelle Jeep Cherokee sur le segment américain des SUV compacts et sur le marché des pick-up de taille moyenne, sur lequel RAM a l'intention de revenir avec le Dakota en 2028", prévient l'intermédiaire financier.
Les stocks angoissent
Un autre point inquiète Bernstein : les stocks. Stellantis a recommencé à fournir davantage de véhicules à ses concessionnaires que ceux-ci n'en vendent aux clients finaux. À fin juin, les niveaux de stocks représentaient 94 jours de ventes contre 69 à fin mars.
Bernstein explique que la direction de Stellantis a minimisé ce sujet lors de la conférence téléphonique suivant les résultats trimestriels, expliquant que ces stocks permettaient de préparer la réduction de la production habituelle durant l'été, et déclineraient ensuite en juillet.
Selon les données auxquels a accédé Bernstein, les stocks en juillet ont effectivement baissé par rapport à juin. Mais en juillet 2025, ils étaient 28% plus bas qu'actuellement, relate Bernstein.
"Cela contredit quelque peu le discours sur la préparation aux arrêts estivaux", objecte le bureau d'études.
"De plus, nous ne voyons pas la nécessité d'une accumulation similaire des stocks chez les concessionnaires de Ford (les stocks absolus à la fin juin 2026 étaient inférieurs de 12% à ceux de juin 2025) et de GM (stocks en baisse de 1% en glissement annuel), qui, à l'instar de Stellantis, ont également prévu leurs propres arrêts estivaux d'usine", glisse encore l'intermédiaire financier.
Bernstein souligne au passage qu'en juin 2026, les stocks de Stellantis n'étaient que 11% inférieurs à leur niveau maximum de juin 2024 (440.000 unités), qui avaient alors "précipité l'abandon du plan ambitieux de conquête de parts de marché de l'ancien directeur général de Stellantis, Carlos Tavares".
Ce point critique sur les stocks a déjà été mis en avant par nombre de bureaux d'études. "Nous voyons des risques pour Stellantis à cause de l'accumulation de stocks chez ses concessionnaires, ce qui pourrait entraîner des arrêts prolongés des usines et des baisses de prix (comme au second semestre 2024)", prévenait HSBC dans une note publiée le 23 juillet.
"Il sera essentiel pour Stellantis de démontrer qu'il est possible de réduire ses stocks au cours des prochains mois sans que les prix ne baissent", notait la semaine dernière Deutsche Bank. UBS estime aussi que ces niveaux de stocks obligeront Stellantis à réduire sa production et augmenter les promotions/rabais pour écouler ses modèles, au second semestre 2026.
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