(BFM Bourse) - Dans une note sectorielle, la banque américaine estime que le bas du cycle a été atteint pour le secteur, même si les marges ne se redresseront pas fortement. L'établissement a relevé son opinion sur Renault, passant à l'équivalent de "neutre", mais l'a abaissé sur Stellantis.
Encore en 2026, l'automobile reste l'un des secteurs phares pour perdre de l'argent en Bourse.
L'indice paneuropéen "Stoxx Europe 600 Automobiles and Parts" chute ainsi de 15,6% depuis le 1er janvier. Stellantis accuse la plus forte baisse du CAC 40 (-51,56%). Renault souffre également (-15,5%).
Le compartiment a été frappé par de nombreux vents défavorables depuis le début de l'année. La faiblesse du marché chinois a pesé sur les groupes allemands, Volkswagen, BMW, Porsche et Mercedes-Benz, Renault et Stellantis étant pas ou peu présents dans ce pays. L'association professionnelle des constructeurs chinois s'attend à ce que le marché plonge de 14,3% sur un an en 2026.
L'offensive des constructeurs chinois en Europe a également inquiété les investisseurs. Puisque leur marché domestique est saturé, ces groupes ont mis de grands moyens à l'export pour assurer leur croissance. Et grignoté des parts de marché, notamment en Europe. Selon Bernstein, les marques chinoises ont atteint une part de 10,7% du marché des voitures particulières en Europe occidentale au deuxième trimestre 2026.
Le conflit au Moyen-Orient avec ses répercussions pour la confiance des ménages a également pesé.
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Le bas de cycle est "derrière nous"
Dans une note publiée ce lundi 14 septembre, Morgan Stanley juge néanmoins que le fond de la piscine a été touché.
Pour la première fois depuis 2024, l'établissement relève (et n'abaisse donc pas) ses prévisions pour l'année en cours et l'année suivante.
Morgan Stanley explique qu'il est désormais "trop tard pour vendre les constructeurs automobiles européens" car le bas de cycle "est désormais derrière nous" et le point d'inflexion des marges opérationnelles a été dépassé.
Certes, les pressions sur les prix, les volumes et les dépenses se poursuivront au second semestre 2026 ainsi qu'en 2027. Mais dans le même temps, le pic d'investissement est passé, les impacts des changes se stabilisent et, par ailleurs, les constructeurs mettent en place des initiatives radicales pour réduire les coûts et augmenter le taux d'utilisation de leurs sites industriels.
Pour autant, si le cycle économique s'améliore, Morgan Stanley considère que les pressions structurelles persistent et augmentent même.
"Les volumes et les prix des constructeurs européens devraient continuer à baisser à mesure que la concurrence chinoise s'intensifie, soutenue par un avantage croissant en termes de coûts des véhicules électriques, lié aux économies d'échelle", anticipe l'établissement.
Face à cette concurrence accrue, "les constructeurs européens doivent investir pour réduire leurs capacités de production, recentrer leurs portefeuilles de marques, raccourcir les délais de mise sur le marché et combler l'écart de coûts avec leurs homologues chinois", juge encore la banque américaine.
Renault bénéficierait de mesures protectionnistes
Dans ce contexte, Morgan Stanley a décidé de relever son conseil sur Renault, passant de "sous-pondérer" à "pondération en ligne", ce qui revient à rehausser son conseil à "neutre" contre "vendre". La banque a également relevé son objectif de cours à 31 euros contre 25 euros.
À la Bourse de Paris, l'action Renault est stable en début d'après-midi (+0,03%) après avoir gagné 2,7% au plus haut de la séance.
Morgan Stanley reconnaît que son relèvement d'opinion sur Renault peut paraître contre-intuitif dans la mesure où le groupe au losange est très exposé au marché européen dont il dérive environ 70% de ses revenus, et donc à la concurrence des acteurs chinois.
Mais l'établissement estime que le groupe parviendra à augmenter ses volumes, grâce notamment à ses lancements de nouveaux modèles. La pression de la concurrence chinoise restera un frein à long terme, mais dans le même temps, cette compétition incite la société à la discipline sur les coûts et les capacités. Par ailleurs, le groupe au losange serait le plus grand bénéficiaire de potentielles mesures protectrices de la part de l'Europe, pointe Morgan Stanley.
De telles mesures pourraient passer par des droits de douane sur les importations de véhicules hybrides chinois, de prix minimum d'importation, ou encore de l'instauration d'un seuil de contenus produits localement dans la conception des automobiles.
A contrario, la banque a abaissé son conseil à "sous-pondérer" sur Stellantis contre "pondération en ligne", ce qui revient à passer de "neutre" à "vendre", tout en ajustant sa cible à 4,5 euros contre 5,7 euros auparavant. À la Bourse de Paris, le titre Stellantis perd 3%.
"Stellantis accuse un retard en matière d’investissements, de portefeuille de produits, de marges, de flux de trésorerie disponibles et d’endettement, ce qui se traduit par des résultats en baisse", résume Morgan Stanley.
"Nous n’avons constaté aucun signe de reprise des ventes aux États-Unis (les stocks restent trop élevés et sont en hausse en Europe et dans le reste du monde), ce qui laisse penser que les résultats resteront déprimés", poursuit la banque américaine.
Stellantis a récemment pâti d'une pluie de dégradations d'opinions de courtiers à la suite de ses résultats du premier semestre qui ont montré combien le groupe peinait à rehausser ses marges.
La rentabilité en Amérique du Nord, sa région clef, a ainsi déçu. Le taux de marge opérationnelle courante s'est inscrit à 1,8% quand les analystes espéraient un chiffre plus proche de 2,4%.
"Les progrès sont lents, le chemin à parcourir est encore long et on attend toujours des preuves plus solides…", avait déploré Oddo BHF.
Plusieurs analystes avaient par ailleurs alerté sur un point inquiétant : Stellantis recommence à voir ses stocks s'accumuler. UBS estime que ces stocks obligeront le constructeur à réduire sa production et augmenter les promotions/ rabais pour écouler ces modèles au second semestre.
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