(BFM Bourse) - Le groupe publicitaire a livré une croissance légèrement supérieure aux attentes sur les trois premiers mois de 2026 et a indiqué attendre une accélération de sa dynamique sur les trois mois en cours. Mais, une fois de plus, cette bonne copie ne suffira pas à apaiser les craintes d'un bouleversement de son modèle par l'intelligence artificielle.
Publicis reste peut-être la valeur du CAC 40 au parcours boursier le plus "injuste". La société dirigée et présidée par Arthur Sadoun taille depuis plusieurs années des croupières à ses concurrents, que ce soit l'américain Omnicom, le britannique WPP ou le japonais Dentsu.
Le groupe n'a cessé d'augmenter ses parts de marchés, surperformant sur son secteur depuis maintenant six années.
En 2025, le groupe a affiché une croissance supérieure à celle de la moyenne de ses concurrents à hauteur de 7,1 points de pourcentage.
Cet écart s'est d'ailleurs encore accentué au premier trimestre 2026, atteignant quasiment 8 points de pourcentage.
>> Accédez à nos analyses graphiques exclusives, et entrez dans la confidence du Portefeuille Trading
Un "perdant de l'IA"
Encore récemment, Publicis a frappé un grand coup en remportant, au détriment de Dentsu, un contrat important auprès de Microsoft, évalué à environ 700 millions d'euros par les spécialistes.
Le groupe tire les fruits d'un virage vers le numérique qu'il a abordé dès les années 2010, avec le rachat de Sapient, une entreprise spécialisée dans l'accompagnement numérique des entreprises, puis, en 2019, avec celui d'Epsilon, centrée sur le traitement des données et le marketing ciblé.
"Notre transformation est derrière nous", a encore clamé Arthur Sadoun devant les analystes, ce mardi.
Mais cette impressionnante dynamique commerciale n'est guère récompensée en Bourse. Depuis le début de l'année, le titre Publicis abandonne 14,6% tandis que sur un an, le titre reste en repli de 7,4%.
Depuis plus d'un an, Publicis a été entraîné bien malgré lui dans la tempête provoquée par l'intelligence artificielle (IA). Les investisseurs se sont délestés des titres d'entreprise dont le modèle d'activité pourraient, selon eux, être bouleversé par l'IA.
Le marché a ainsi collé l'étiquette de "perdant de l'IA" à Publicis, estimant (à tort ou à raison) que les agences publicitaires seront un jour ou l'autre concurrencée par l'intelligence artificielle.
La direction de Publicis a beau remporter des contrats ou multiplier les chiffres et les slides Powerpoint pour faire comprendre que l'IA constitue une force et non une menace pour le groupe, le marché fait la sourde oreille.
En janvier dernier encore, l'entreprise a, certes, présenté des résultats convaincants. Mais son action s'est effondrée de plus de 9%. En cause: les prouesses d'un outil de la start-up d'IA Anthropic qui, le même jour, avait fait souffler un vent de panique sur tous les groupes du secteur média/tech. Publicis avait alors souffert par effet de contagion.
Accélération attendue
La publication du premier trimestre 2026 de la société ne bouleversera clairement pas la donne.
Sur les trois premiers mois de l'année, le groupe publicitaire a dégagé un revenu net (le chiffre d'affaires après déduction de certains coûts refacturables aux clients) de 3,46 milliards d'euros en hausse.
La croissance en données comparables s'établit à 4,5% sur le trimestre, surpassant légèrement le consensus (la prévision moyenne des analystes), logé à 4,3%.
Bank of America met notamment en avant une croissance rassurante de 4,7% aux États-Unis sur le trimestre, un taux légèrement au-dessus des 4,6% attendu par les analystes. Oddo BHF appuie, évoquant un chiffre "solide", malgré une base de comparaison de plus en plus exigeante.
Publicis a évidemment pâti du conflit au Moyen-Orient, la zone "Afrique Moyen-Orient" affichant une baisse de 5,1% en données comparables sur le trimestre. Cette région ne représente toutefois que 3% des revenus de la société (contre près de 60% pour l'Amérique du Nord).
Arthur Sadoun a indiqué que Sapient avait été particulièrement affecté par ce conflit, notamment les activités de cette société basées au Royaume-Uni et qui comptent des clients au Moyen-Orient. Cette division a en conséquence accusé un léger repli en données comparables.
À l'issue de cette publication, Publicis a confirmé l'ensemble de ses objectifs pour 2026, à savoir une croissance en données comparables situées entre 4 et 5%, une légère amélioration de la marge opérationnelle par rapport à son niveau de l'an passé de 18,2% et un flux de trésorerie libre de 2,1 milliards d'euros.
Le groupe a également indiqué que la croissance accélérerait sur le deuxième trimestre 2026, un signal considéré comme "rassurant" par Citi.
Le marché fait la sourde oreille
Durant la conférence téléphonique avec les analystes, Arthur Sadoun a encore répété combien l'intelligence artificielle dopait les performances de son entreprise.
"L'intelligence artificielle a été un vent porteur structurel pendant de longues années et elle continuera à renforcer la performance de notre activité", a-t-il clamé. "Cela n'est pas une promesse vide mais une réalité embarquée dans nos résultats financiers et notre modèle opérationnel", a ajouté le dirigeant. Arthur Sadoun a également affirmé que l'IA avait permis à son groupe de "creuser l'écart" avec la concurrence, servant de "puissant différenciateur".
La mayonnaise ne prend toujours pas. L'action Publicis prend certes 1,7%, vers 16h ce mardi à la suite de sa publication, mais cette performance s'avère modeste au regard de la récente baisse de l'action et du contexte de marché plus général, le CAC 40 prenant 0,8% au même moment.
"Comme à son habitude, la direction s'est montrée très optimiste lors de la conférence téléphonique et a cherché à se présenter comme une gagnante dans le domaine de l'IA. La récompense pour cette attitude est une hausse du cours en ligne avec celle du Stoxx Europe 600", grince Barclays.
Certes l'action est actuellement bon marché. Mais "cela dure depuis deux ans et les investisseurs sont clairement sceptiques, principalement en raison des craintes liées à l'IA et aux nouvelles inquiétudes macroéconomiques", écrit encore la banque britannique dans une note publiée après la conférence téléphonique de la société.
"Bien que les résultats soient rassurants, nous pensons que les investisseurs resteront préoccupés par les perturbations potentielles que l'IA pourrait engendrer au sein des agences (publicitaires, NDLR)", abonde Bank kof America.
Recevez toutes les infos sur PUBLICIS GROUPE SA en temps réel :
Par « push » sur votre mobile grâce à l’application BFM Bourse
Par email
