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Pétrole Brent

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Pétrole brent : Va-t-on devoir se réhabituer à un pétrole cher?

lundi 11 octobre 2021 à 11h49
Les cours du pétrole continuent de progresser

(BFM Bourse) - Poussés par la flambée des prix de l'énergie et la réouverture très progressive des vannes de l'Opep+, les cours des références de pétrole brut ont pris près de 5% lors de la semaine écoulée, atteignant des niveaux inédits depuis 7 ans. Et alors que le marché semble désormais structurellement déficitaire, cette hausse pourrait bien perdurer, voire s'amplifier.

18 mois après avoir plongé à leur plus bas historique (à moins de 20 dollars pour le baril de Brent et en territoire négatif pour le WTI), anéantis par une demande en chute libre en réaction à la pandémie mondiale, les cours du brut sont déjà repartis de plus belle. Sur la semaine écoulée, le contrat sur le baril de WTI a grimpé de près de 5% -à un pic depuis novembre 2014- tandis que celui du Brent a engrangé plus de 4% sur fond de confirmation, par l'Opep+, d'une réouverture très progressive des vannes malgré une demande vite repartie, exacerbé par un mouvement de fond de flambée des cours énergétiques.

Les cours des deux références mondiales démarrent d'ailleurs la semaine comme elles ont passé la précédente: orientées à la hausse. Peu après 10h, le baril de Brent de mer du Nord gagne 1,4% à 83,7 dollars (à moins de 3 dollars d'un pic depuis 2014) quand le "light sweet crude" texan touche un nouveau plafond depuis le 30 octobre 2014 (+1,6% à 81,1 dollars).

Et maintenant ? Se dirige-t-on vers un prix au baril (d'environ 159 litres) à plus de 100 dollars, comme le prophétisait déjà mi-juin dernier Benjamin Louvet, gérant spécialisé dans les matières premières chez Ofi Asset Management? Cette hypothèse continue effectivement de tenir la corde selon l'expert, qui évoque "un problème de poule et d'œuf venant d'une situation ubuesque", à savoir que "nous nous y sommes pris à l'envers pour enclencher la transition énergétique, en contraignant l'offre sans avoir une politique de demande de l'autre côté".

Une demande qui repart fortement à la hausse

Or aujourd'hui, l'Opep et l'AIE (Agence internationale de l'énergie) affirment que la consommation mondiale de pétrole dépassera, en 2022, son record de 2019 - contrairement à ce qu'affirmait (entre autres) le patron du major pétrolier britannique BP Bernard Looney il y tout juste un an, ce dernier ayant avancé que la demande mondiale d'or noir avait pu atteindre, début 2020, un plafond qui n'aurait plus été égalé.

Schématiquement, rappelle Benjamin Louvet, "un puits de pétrole, c’est comme si on enfonçait une paille dans une poche liquide: au fur et à mesure qu’on extrait du liquide la pression dans la poche diminue et, si on ne fait rien, le rendement diminue de 4 à 5% par an". "On sait lutter contre cette déplétion naturelle. La clef, c’est d’investir massivement pour mettre en production de nouveaux gisements. Maintenir constante la production mondiale nécessite 630 milliards d’investissements par an. Sauf que depuis 2016, nous sommes environ à 450 milliards de "capex" annuels, un chiffre qui est tombé entre 300 et 350 milliards l’an dernier. Il arrive ce qui devait arriver, à savoir que la production est désormais limitée par rapport à la consommation".

Il existe aujourd'hui seulement deux moyens de régler le problème à moyen terme selon lui: diminuer la demande ou augmenter les investissements. Et "il ne faut pas compter sur le pétrole de schiste pour rééquilibrer l’équation" prévient-il. "Les producteurs de schiste US ont récemment admis qu’ils n’avaient fait que détruire de la valeur entre 2008 et 2020, avec des "free cash-flows" presque constamment négatifs. Les investisseurs en ont eu marre donc ces sociétés passent d’un objectif de productivité à un objectif de rentabilité. Scott Sheffield, le patron d’un des leaders du secteur Pionneer Natural Resoruces, a d’ailleurs expliqué avoir eu des discussions avec des actionnaires qui lui ont dit qu’ils détruiraient tous les producteurs de schiste qui rebasculeraient dans une logique productiviste" ajoute Benjamin Louvet.

Retour à une pleine production de l'Opep en 2022?

"Au milieu des années 2010, l’équation sur les marchés pétroliers était un peu différente" abonde en ce sens Vincent Manuel, directeur des investissements d'Indosuez Wealth Management. "Quand les cours du brut grimpaient au-dessus de 60 dollars le baril, ils accéléraient ensuite sensiblement à mesure que de nouveaux acteurs (présents dans le schiste et l’offshore notamment) devenaient rentables, ce qui restabilisait le marché. Ce n'est plus forcément le cas aujourd’hui, en raison d’investissements de capacité plus faibles ces dernières années. On estime que le déséquilibre actuel serait de l’ordre d’1,5 million de barils par jour (mbj) actuellement, avec une offre mondiale à 97,5 mbj et une demande à 99 mbj. Avant-crise, l’offre avait atteint un sommet à 102 mbj" complète le gérant.

Mais s'il constate que nous sommes "dans une phase de transition où la reprise de la demande est probablement plus forte que celle de l’offre", Vincent Manuel n'imagine pas les cours flamber durablement. "Si l’on se fie au marché des "futures" en situation de "backwardation" (quand les prix à moyen terme sont plus bas que les prix des échéances courtes, NDLR), on devrait avoir un plateau élevé durant quelques mois avant une décrue des cours" avance-t-il. En imaginant un retour à une pleine production à partir du printemps 2022 si l'Opep+ décide de s'en tenir à son plan fixé en juillet dernier, de remettre 400.000 barils par jour sur le marché chaque mois d'août 2021 à avril 2022, le spécialiste du marché s'attend à ce que "ces 5 millions de barils supplémentaires (à terme) puissent couvrir la majeure partie de la hausse de la demande sur la même période et permettre de rééquilibrer le marché l’année prochaine".

Puiser dans les stocks stratégiques

Un scénario "rassuriste" auquel ne croit pas Benjamin Louvet, selon qui "le marché fait vraiment face à un problème important, comme en atteste les propos du ministre de l’énergie" états-unien mercredi, celui-ci s’étant dit prêt à envisager de puiser dans les stocks stratégiques. "Historiquement, cette solution ne fonctionne pas bien car cela apparaît aux investisseurs comme une solution de dernier ressort, donc les prix baissent momentanément avant de remonter" ajoute-t-il. Les présidents américains ont de fait seulement recouru 3 fois aux réserves stratégiques par le passé: au moment de l'opération militaire menée par les Etats-Unis suivant l'invasion du Koweït par l'Irak en 1991, pendant l'ouragan Katrina en 2005 et lors du soulèvement en Libye en 2011. Le simple fait que cette solution soit évoquée en dit long sur l'état actuel du marché.

En cela conforte Benjamin Louvet dans son scénario d'un "baril à plus de 100 dollars l'année prochaine". "On pourrait retarder retarder l’échéance en tordant le bras de l’Opep+ mais le cartel n’a pas des capacités de productions infinies non plus" - celles-ci sont estimées à environ 2mbj, dont la moitié en pétrole lourd qui n'intéresse pas les raffineurs. "À court terme, les Etats-Unis (qui ont rappelé à l'Arabie Saoudite la semaine dernière qu’un pétrole plus cher alimente l’inflation et menace la reprise de certaines économies, avec un risque pour la demande dans un second temps, NDLR) pourraient mettre la pression sur l’Opep qui pourrait résoudre le problème cet hiver mais celui-ci se reposera en avril ou mai prochain, quand les raffineurs se remettront en ordre de bataille pour faire face au pic de demande estival" - entre 1 et 1,5 mbj plus élevé que le pic hivernal, contre-intuitivement, en raison des grand départs en vacances (voitures + transport aérien) et de la demande pour les climatiseurs, notamment au Moyen-Orient.

Quentin Soubranne - ©2021 BFM Bourse
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