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Pétrole WTI

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Pétrole wti : Pourquoi le rebond des prix du pétrole s'annonce difficilement tenable pour l'instant

mardi 12 mai 2020 à 17h06
Pourquoi le rebond du pétrole s'annonce difficilement tenable

(BFM Bourse) - Après son bref mais remarqué passage en prix négatif au mois d'avril, le cours du baril WTI a entamé une progression fulgurante sur fond d’espoirs de relance de la demande en réaction aux déconfinements entrepris à travers le globe. Zoom sur un "rebond" historique probablement pas tenable, tant les fondamentaux du marché demeurent bancaux.

À en juger par l'orientation des cours des références mondiales de brut pour livraison en juin depuis le plancher impensable touché le 20 avril dernier au cours d'une séance irréelle pour le WTI texan, il est facile de penser que le marché pétrolier s'est soudainement rééquilibré sous l'effet conjoint des coupes de l'Opep et de la légère hausse de la demande provoquée par la reprise d'activité progressive, notamment en Europe.

De fait, après avoir chuté à -42 dollars le baril pour livraison mai -"un choc total et qui laissera des traces pour les investisseurs" souligne John Plassard, directeur adjoint des investissements chez Mirabaud Securities- le baril de WTI a entamé un rebond spectaculaire et s'échange à 25,43 dollars (+3,75%) mardi vers 15h15, au plus haut depuis plus d'un mois. Quant au Brent, il grappille également 3,17% à 30,58 dollars et reprend plus de 60% par rapport à son plus bas du 27 avril dernier.

Comme pour les marchés actions, il s’agit désormais de savoir dans quelle mesure ce "rebond" (les deux références lâchent toujours plus de la moitié de leur valeur depuis le 1er janvier) pourrait se poursuivre.

Une offre toujours abondante

Que disent les fondamentaux? Côté offre, "la réduction sur laquelle les producteurs se sont mis d'accord le mois dernier n'est pas suffisante pour compenser la faiblesse de la demande" qui persistera au cours de l'été, estime John Plassard. "Selon Goldman Sachs, des réductions de production de 18 millions de barils par jour (mbj) sont nécessaires pour équilibrer l'offre et la demande, soit presque deux fois plus que ce sur quoi l'Opep+ s'est engagé en avril" rappelle-t-il. "La dernière annonce de Ryad de réduire en juin sa production d’un million de baril par jour supplémentaire (ce qui fera chuter la production du royaume à 7,5 mbj, un plancher depuis 2002, NDLR) ne changera absolument pas l’équation" ajoute John Plassard.

Alors que les capacités mondiales de stockage arriveront à saturation dans trois semaines selon Goldman Sachs, où en est la demande? Le dernier rapport de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) daté du 15 avril dernier estime que celle-ci devrait s'effondrer de 9,3 mbj sur l'ensemble de l'année 2020, pour tomber à 92,6 mbj, son niveau de 2012. Toujours selon l'AIE, même si la plupart des pays sortaient de quarantaine cet été, la demande de pétrole en décembre devrait chuter de 2,7 mbj par rapport à décembre 2019.

Plus important que ces chiffres encore, "les investisseurs ne tiennent pas compte du changement radical de comportement des consommateurs dans un monde post-coronavirus" juge John Plassard. "Le plus important est la reprise des voyages aériens" qui représentent environ 10% de la consommation mondiale de pétrole estime-t-il. "En l'absence d'un vaccin contre le coronavirus, les voyages internationaux risquent d'être extrêmement limités" prédit-il, avant de prendre l'exemple de la Chine, "premier pays à avoir progressivement assoupli les mesures de confinement". Il constate que "les voyages aériens semblent avoir atteint un plateau sans montrer de signes de reprise rapide". Si on ajoute à cela le transport routier (près de la moitié de la consommation mondiale), "un retour à la normale implique que la demande finale de marchandise soit revenue à 100% dans les pays de l’OCDE, ce qui semble, à ce stade, peu probable" selon John Plassard.

Le pic de la demande mondiale de pétrole déjà passé?

"Le monde d'après" pourrait également favoriser le télétravail, et diminuer encore la demande mondiale d'or noir. C'est du moins ce que craint le nouveau directeur général du "supermajor" pétrolier britannique BP Bernard Looney. Interrogé par le Financial Times, le dirigeant d'un des poids lourds du secteur n'y va pas de main morte et affirme que la destruction inédite de la demande "va probablement perdurer au-delà de la pandémie". "On pourrait même avoir inauguré le "pic de la demande de pétrole" car on ne peut pas exclure une baisse durable de la consommation" ajoute Bernard Looney. Autrement dit, la demande mondiale pourrait avoir atteint un plateau qui ne sera jamais plus égalé en début d'année 2020, à un peu plus de 100 millions de barils par jour.

Pour le patron de BP nommé en février dernier, la crise de Covid-19 ne fait "qu'ajouter aux défis qui attendaient déjà le pétrole dans les années à venir". Parmi les menaces qui pèsent sur le secteur, Bernard Looney identifie donc le télétravail, notant que "la crise sanitaire a permis de développer l'utilisation des technologies permettant de travailler à distance" et que cette pratique "pourrait persister à l'avenir".

"On ne peut faire boire un âne qui n’a pas soif"

"Pour déterminer l’évolution du prix du baril de pétrole à court-moyen terme, la clé est de se focaliser sur la demande et beaucoup moins sur l’offre" indique John Plassard. "Pour paraphraser l’expression "On ne peut faire boire un âne qui n’a pas soif", on peut affirmer aujourd’hui que l’on ne fait pas consommer excessivement une industrie qui ne tourne pas à plein régime".

John Plassard juge donc "difficile de penser que le rebond du prix du baril du pétrole puisse se faire en V", malgré l'affirmation de Donald Trump -qui s'est empressé d'applaudir la récente hausse du prix de l’or noir- selon laquelle la fin progressive du confinement fera revenir la demande. Une affirmation "pas contestable en soi mais qui donne une image incomplète de l’équation pour déterminer si le prix du baril de pétrole reviendra "en ligne droite" vers les 50 dollars ou même au-delà". ajoute l'expert.

"La véritable question qu’il faudrait se poser est de savoir si la réouverture des économies aux quatre coins du globe fera effectivement décoller la demande de pétrole afin de compenser la surabondance de l'offre?" conclut-il. À cet égard, une éventuelle deuxième vague de coronavirus laisserait, à coup sûr, des traces indélébiles sur un secteur pétrolier déjà en grande souffrance.

En revanche, un autre scénario pourrait faire repartir les prix. Si la reprise était plus rapide que prévu, tandis que dans le même temps la production d'or noir, en particulier de pétrole de schiste américain, ne parvenait plus à suivre après la fermeture de nombreux puits difficiles à redémarrer. Reste qu'à court terme, les stocks feraient quoi qu'il en soit tampons.

Quentin Soubranne - ©2022 BFM Bourse
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