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Pétrole Brent

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Pétrole brent : Les prix du pétrole reflètent déjà un grand optimisme quant à la reprise de la demande

samedi 19 décembre 2020 à 12h00
Les incertitudes restent nombreuses sur la reprise de la demande

(BFM Bourse) - Expert des marchés pétroliers, Benjamin Louvet juge les prix actuels quelque peu déconnectés de la réalité tant les incertitudes sont nombreuses vis-à-vis de la reprise de la demande. S'il anticipe toujours un important rebond à moyen terme, le niveau actuel des stocks est tel que les prix devraient plafonner selon lui.

Porté par les premières campagnes de vaccination, le prix du baril de Brent a récemment franchi à la hausse le seuil des 50 dollars, pour la première fois depuis mars dernier. Un optimisme quelque peu déconnecté de la réalité selon Benjamin Louvet, gérant matières premières chez OFI Asset Management, qui pointe du doigt le déséquilibre persistant entre une offre excédentaire et une demande qui peine toujours à repartir.

BFM Bourse: Comment jugez-vous les cours actuels [le baril de Brent s'échange à 52,15 dollars vendredi vers 16h45, en hausse de 1,26% par rapport à la veille quand celui de WTI prend 1,45% à 49, 06 dollars, tout deux au plus haut depuis neuf mois] ?

Benjamin Louvet: "Je trouve qu'il y a actuellement beaucoup d'optimisme sur les prix et que les investisseurs se repositionnent un peu trop tôt sur le pétrole. C'est assez surprenant et je pense qu'il y a donc beaucoup de volatilité à prévoir à court terme. L'Opep a dû revoir à la hausse son programme de coupes de production, la demande met du temps à repartir et dans le même temps, certaines prévisions d’offre sont revues à la hausse, notamment concernant la production de la Russie et des Etats-Unis, ce qui n'est pas nécessairement une bonne nouvelle

BFM Bourse: Les espoirs suscités par les vaccins ont entretenu l'hypothèse d'une reprise rapide de la demande mais concrètement, où en est-on ?

Benjamin Louvet: On se leurre sur son niveau global à cause de l’Asie, où la demande est repartie plus vite que dans le reste du monde. Aujourd’hui, les importations de pétrole par la Chine sont en hausse de 10% rapport à l'an dernier, car le pays a profité de l’effondrement des prix pour stocker énormément. Mais les marges de raffinage devenant de plus en plus faibles en raison d'une demande peu vigoureuse de produits finis, ces importations devraient désormais ralentir. Et si c'est effectivement le cas, le déséquilibre va nettement se creuser entre l'offre et la demande.

Il est clair que les incertitudes sont nombreuses sur la reprise de la demande. D'autant que l'approche des fêtes de fin d’année avec les regroupements familiaux et autres qui en découlent fait craindre un nouveau pic épidémique (comme après Thanksgiving aux Etats-Unis) au premier trimestre 2021 et potentiellement au-delà, avec la menace de nouveaux reconfinements. La situation du commerce aérien est un bon exemple. Nous sommes revenus à 60% de l’activité de l’année dernière à la même époque mais on ne sait toujours pas comment l’industrie va redémarrer, cela dépend des vaccins, de la logistique, de la confiance que se font les pays entre eux, etc."

BFM Bourse: Et de l'autre côté du marché, comment évolue l'offre ?

Benjamin Louvet: En plus de la hausse de la production russe et américaine attendue par certains à court-terme, deux autres problèmes émergent du côté de l’offre: la reprise de la production en Lybie, passé de 300.000 barils par jour il y a peu à 1,2 mbj aujourd'hui, et la hausse de production de 500.000 barils par jour des membres de l'Opep+ à partir de janvier.

BFM Bourse: Signe du déséquilibre persistant sur le marché, les stocks sont de retour à des niveaux anormalement élevés...

Benjamin Louvet: Oui et les marchés ont réagi très bizarrement au bond surprise des stocks de brut américains mercredi dernier (+15,2 millions de barils sur une semaine, un record, NDLR]: les cours ont baissé rapidement avant de remonter très vite. Alors qu'à 535 millions, ces stocks sont de retour sur des niveaux historiquement très élevés à cette période de l'année (qui correspond traditionnellement à une période de déstockage).

Sur le segment du schiste, il y avait 350 équipes de "fracking" avant la crise, ce chiffre était tombé à 50 et nous sommes actuellement autour de 160. Vu les taux de déplétion (70% sur les 12 à 18 premiers mois) sur ce type de puits et l’absence de fracturation, la production américaine pourrait tomber entre 6 et 7 millions de barils par jour. Et comme les équipes de fracturation sont embauchées via des contrats trimestriels, on peut prédire que la chute de la production démarrera à compter du deuxième trimestre 2021, car la plupart des équipes se sont arrêtées en juin.

BFM Bourse: Faut-il donc prévoir un nouvel effondrement des prix à court terme ?

Benjamin Louvet: L’Opep suit ça comme le lait sur le feu donc les prix ne devraient malgré tout pas trop tanguer. On pourrait retomber à 40$ dollars et là l’Opep ressortira du bois. Comme sur les marchés actions où l'adage dit "Don't fight the Fed", on peut dire "Dont fight l'Opep" sur les marchés pétroliers, l'Opep et l'Arabie Saoudite en partenariat avec la Russie étant assimilable à une "Fed du pétrole". Autrement dit, s'ils ont décidé d'agir, c'est très compliqué pour les investisseurs d'aller à leur encontre.

BFM Bourse: Et à plus long terme ?

Benjamin Louvet: Les prix pourraient remonter très fort dans 12-18 mois, après la fin de la crise sanitaire, quand les stocks seront écoulés. Mais pour l'instant, chez les pays de l’OCDE, ces stocks sont 11% au-dessus de ce qu’ils étaient il y a un an à fin septembre, et 14% au-dessus de leur niveau de 2018. Aux US, ils sont même au plus haut depuis dix ans pour cette période de l’année.

Propos recueillis par Quentin Soubranne - ©2021 BFM Bourse
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