(BFM Bourse) - Le groupe de luxe a livré des résultats semestriels nettement supérieurs aux attentes, avec notamment une baisse des revenus de 2% de Gucci quand les analystes tablaient sur un repli de 4%. La direction fait montre de confiance dans ses objectifs, mais une accélération devra encore survenir au second semestre pour que le groupe tienne ses promesses.
Les analystes abordaient les résultats semestriels de Kering avec prudence. Le groupe de luxe dirigé par le sémillant Luca de Meo compte renouer cette année avec la croissance au niveau du groupe et de toutes ses marques (à l'exception d'Alexander McQueen). Ce qui inclut sa griffe amirale, Gucci, marque qui pèse pour 40% des revenus de l'entreprise et pour 60% de son résultat opérationnel.
Or Kering avait manqué le coche au premier trimestre. Et le mois dernier, Barclays mettait en garde : les objectifs annuels de Kering "paraissent de plus en plus inatteignables". La banque britannique anticipait une chute de 5% des revenus de Gucci en données comparables au deuxième trimestre, "avec une dynamique faible et un environnement de consommation déprimé dans plusieurs marchés clef".
Kering a, au contraire, déjoué les pronostics. "Les résultats du premier semestre 2026 confirment dès à présent une stabilisation sous la nouvelle direction, avec une amélioration de la croissance du chiffre d'affaires de Gucci par rapport au trimestre précédent", observe Royal Bank of Canada.
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Gucci prend de vitesse le marché
À la Bourse de Paris, l'action Kering décolle, portée par cette publication meilleure qu'attendu. Le titre prend 10,96% vers 10h20, signant la plus forte hausse du CAC 40.
Sur le seul deuxième trimestre, le groupe a généré des revenus de 3,65 milliards d'euros, en croissance de 2% en données comparables, avec notamment une hausse de 18% de la division joaillerie (mais qui ne représente qu'environ 7% du chiffre d'affaires).
L'évolution des revenus chez Gucci constitue le point névralgique de la copie rendue par la société. La marque transalpine connaît une mue créative, le nouveau directeur artistique, Demna, ayant effectué son premier défilé en février à Milan.
L'espoir reste, donc, que la griffe renoue avec la croissance après avoir souffert depuis 2022 du contre-coup des années folles (la marque affichait régulièrement une progression de plus de 20% de ses revenus en 2017-2018) et d'un certain manque de renouveau artistique.
Gucci s'est rapproché de ce point d'inflexion crucial. Au deuxième trimestre, ses revenus ont reculé de 2% en données comparables, accusant une baisse bien moins prononcée que ne le redoutait le consensus (la prévision moyenne des analystes), calé à -4%.
"La montée en puissance des nouvelles collections a permis de renforcer la visibilité de la marque, l’engagement des clients et la bonne dynamique commerciale", a déclaré la société.
"La performance a été soutenue par les lancements réussis de produits clés, notamment les lignes Borsetto et Paparazzo, tandis que le défilé Gucci Core à New York a suscité une attention importante et contribué à renforcer la dynamique de la marque", a ajouté Kering.
"Gucci semble aller dans la bonne direction", apprécie Bernstein. "La nouvelle approche de Gucci, plus réaliste en matière de tarification, de produits et de positionnement, semble être la principale raison de la stabilisation rapide de son chiffre d'affaires", observe l'intermédiaire financier.
Une marge qui progresse
Sur l'ensemble du premier semestre, les revenus de Kering ont progressé de 1% en données comparables à 7,22 milliards d'euros.
Le résultat opérationnel courant s'est stabilisé à 921 millions d'euros, tandis que la marge correspondante s'est appréciée de 0,4 point sur un an à 12,8%.
Kering a largement dépassé les attentes sur cette dernière ligne de compte, puisque les analystes retenaient un chiffre de 865 millions d'euros pour une marge de 12%. Bernstein y voit "les premiers effets des actions entreprises par la direction sur les coûts".
Le groupe a notamment commencé à rationaliser et refondre son réseau commercial. Luca de Meo a estimé que la société s'était trop étendue, avec une densité des ventes (les revenus par mètre carré) qui n'était pas au niveau des autres groupes.
En conséquence, après avoir fermé 75 magasins en 2025, Kering réduira le nombre d'au moins 100 points de vente encore cette année. Et de 150 magasins supplémentaires d'ici à 2030. Luca de Meo avait également indiqué que jusqu'à deux-tiers des magasins seraient rénovés à cette date.
Royal Bank of Canada souligne pour sa part la génération de trésorerie solide du groupe, d'1,8 milliard d'euros hors cessions, et son désendettement, la dette nette étant tombée à 3,3 milliards d'euros à fin juin, contre 4,7 milliards un an plus tôt.
Au-delà des résultats semestriels à proprement parler, le ton et la confiance affichés par la direction lors de la conférence avec les analystes peuvent également porter l'action.
"Comme vous le voyez, les actions prises au cours des derniers mois commencent à produire des résultats encourageants" même si "nous ne sommes qu'au début de notre aventure", a déclaré Luca de Meo.
"La direction s'est montrée très confiante quant à son plan de redressement stratégique", remarque Bernstein.
Une accélération cruciale attendue sur la fin d'année
Le groupe a confirmé ses cibles 2026, qui consistent donc en un retour à la croissance (y compris de Gucci) et une amélioration de sa rentabilité.
Reste à voir si le groupe peut tenir ces objectifs, surtout un retour à la croissance chez Gucci. Bernstein dit être ressorti de la conférence de la direction avec une approche "plus constructive", c'est-à-dire plus optimiste.
"Une accélération (chez Gucci est attendue au second semestre 2026 (prévisions), portée par une vague de nouveautés qui devrait arriver en magasin fin juillet et qui ne fera que s'amplifier tout au long du second semestre 2026", rapporte le bureau d'études.
Oddo BHF rapporte toutefois que la direction a indiqué tabler sur un troisième trimestre stable en raison d'une base de comparaison plus exigeante. Ce qui conduit le courtier à se montrer prudent.
"La meilleure performance de Gucci au deuxième trimestre est encourageante et devrait bénéficier au titre à court terme mais au vu d’un troisième trimestre qui s’annonce en demi-teinte, la marque va devoir produire une accélération importante au quatrième trimestre. À ce stade, nous restons circonspects sur la perspective", écrit Oddo BHF.
Jefferies dresse exactement le même constat et n'est pas plus convaincu que précédemment quant au redressement de Gucci.
"Gucci nécessitera une inflexion positive notable au second semestre 2026 pour tenir les objectifs de Kering", abonde Royal Bank of Canada.
UBS se montre bien plus enthousiaste. "Il est difficile de nier la nette amélioration enregistrée par l'entreprise et le fait que cela devrait dissiper les inquiétudes du marché quant à sa capacité à tenir ses prévisions pour l'exercice 2026", expose la banque suisse.
HSBC est de son côté passé à l'achat sur le titre, ce mercredi. La banque ne pense pas que Gucci retrouvera la croissance en 2026, HSBC retenant un repli de 0,9% en données comparables.
Mais l'établissement pense que Kering se concentre "sur les bonnes priorités" pour la marque.
"Nous pensons que le déploiement de la collection Primavera de Gucci, disponible en magasin depuis le 15 juillet, pourrait aider. Plus important encore, nous estimons que l'importante campagne marketing qui sera menée fin août (selon la société) pourrait contribuer à dynamiser le quatrième trimestre et permettre un retour à une croissance positive des ventes", développe HSBC.
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