(BFM Bourse) - La lettre Vernimmen a compilé dans sa dernière édition les rachats d'actions et les versements de dividendes effectués par les groupes du CAC 40 l'an passé, arrivant à un total de 107,5 milliards d'euros, en hausse de 9,5% sur un an. Certains groupes comme Totalenergies, Axa ou Sanofi ont davantage rendu des liquidités à leurs porteurs que d'autres.
Le retour à l'actionnaire reste un point d'attention du marché, en particulier dans les secteurs matures comme les banques et les groupes pétroliers.
Cette notion renvoie tout simplement aux liquidités (le cash) que redistribuent chaque année les membres du CAC 40 à leurs actionnaires, que ce soit sous forme de rachats d'actions ou de dividendes.
Pour rappel, tant les dividendes que les rachats de titres ne constituent pas des "cadeaux" aux actionnaires car la société redistribue des liquidités qu'elle possède déjà.
"Pas plus qu’un retrait à un distributeur automatique de billets ne vous a jamais enrichi, dividendes et rachats d’actions n’ont jamais enrichi les actionnaires", explique sur ce point la lettre Vernimmen, dans sa dernière édition parue la semaine dernière.
"Ce qui enrichit l’actionnaire n’est pas le dividende ou le rachat d’actions, mais les résultats", appuient les auteurs de la lettre.
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Totalenergies numéro un du CAC 40
La revue financière a compilé dans sa dernière édition les rachats d'actions et dividendes versés par les groupes du CAC 40 l'an passé.
In fine, les pensionnaires de l'indice (dans sa dernière configuration, c’est-à-dire en incluant Eiffage et en excluant Edenred) ont reversé 107,5 milliards d'euros à leurs actionnaires, un chiffre en hausse de 9,5% sur un an.
Si le montant des dividendes versés a été globalement stable sur un an, à 72,8 milliards d'euros, les rachats d'actions ont nettement progressé - en raison notamment d'Axa comme expliqué plus bas - pour s'établir à 34,8 milliards d'euros.
Au-delà de ces chiffres globaux, quels groupes ont reversé le plus de cash à leurs porteurs en 2025 ? Pour le savoir, BFM Bourse a réalisé l'infographie ci-dessous sur la base des données de la lettre Vernimmen.
En valeur absolue, Totalenergies reste le groupe du CAC 40 qui a rendu le plus de liquidités à ses actionnaires l'an passé, pour un total de 14,5 milliards d'euros l'an passé.
Totalenergies demeure une entreprise qui évolue sur un secteur où la politique de distribution demeure un facteur d'attractivité pour les porteurs. Pour donner un ordre de comparaison, l'américain Exxonmobil a racheté l'an passé pour 20 milliards d'actions (contre 7,5 milliards de dollars ou 6,8 milliards pour la major française).
En sus d'un dividende qui représente autour de 6% de sa capitalisation boursière, Totalenergies avait pour politique, depuis plusieurs années, de racheter pour 2 milliards de dollars d'actions par trimestre.
Toutefois, avec la chute des cours des hydrocarbures l'an passé, Totalenergies a vu sa dette nette remonter au cours de plusieurs trimestres. Ce car la société ne parvenait pas à financer de manière organique (c'est-à-dire sans s'endetter) ses opérations, sa politique de retour à l'actionnaire et ses investissements.
En septembre, la société a décidé de revoir à la baisse ses ambitions en matière de retour à l'actionnaire pour réduire l'endettement. Totalenergies a ainsi abaissé à 1,5 milliard de dollars ses rachats d'actions pour le quatrième trimestre 2025.
Pour 2026, l'entreprise présidée et dirigée par Patrick Pouyanné anticipe des rachats de titres compris entre 750 millions et 1,5 milliard d'euros par trimestre, soit donc de 3 à 6 milliards de dollars sur l'ensemble de l'année. Ces indications reposent sur certaines hypothèses à savoir un prix du Brent, la référence internationale des cours du pétrole, allant de 60 à 75 dollars le baril et un euro autour de 1,20 dollar.
La décision de Totalenergies sur sa politique de retour à l'actionnaire avait été perçue comme un moindre mal par les analystes. Bank of America saluait même un "garde-fou bienvenu sur les rachats d'actions" avec des changements "limités sur les perspectives sous-jacentes de flux de trésorerie".
Axa et Sanofi avec les rachats d'actions
Derrière Totalenergies, le podium est complété par Axa (9,96 milliards d'euros) et Sanofi (9,795 milliards d'euros).
Ce sont les rachats d'actions qui amènent ces deux sociétés à figurer dans les deux classements.
Axa avait notamment annoncé un programme de rachats de titres de 3,8 milliards d'euros en juillet dernier, programme lié à la cession de son gestionnaire d'actifs, Axa IM, à BNP Paribas, pour 5,1 milliards d'euros.
Ce programme de rachats d'actions avait pour objectif de compenser l'impact négatif de cette transaction sur le bénéfice par action de l'assureur. Le groupe avait auparavant annoncé un programme de rachats d'actions de 1,2 milliard d'euros au début de l'année.
Axa n’avait "pas l’utilité de cette somme pour financer ses développements dans un métier à maturité", écrit par ailleurs la lettre Vernimmen.
Sanofi, pour sa part, avait annoncé un programme de rachats d'actions de 5 milliards d'euros pour 2025 en début d'année dernière.
Rappelons que les rachats d'actions peuvent constituer un bon outil pour rendre du cash aux actionnaires dans le cadre d'un évènement ponctuel, comme la vente d'actifs. Car, contrairement aux dividendes ordinaires, les rachats d'actions ne suggèrent pas un caractère récurrent dans la distribution, qui serait ainsi davantage lié aux résultats de la société.
Les banques très présentes
En dehors du "podium", notons la forte présence des banques (BNP Paribas 5e, Crédit Agricole 8e, Société Générale 10e), un autre secteur où le retour à l'actionnaire peut constituer un attrait pour les porteurs.
Aussi bien Société Générale que BNP Paribas ont toutes deux décidé, l'an passé, que tout excès de capital au-dessus de leur objectif de ratio CET 1 (qui rapporte les fonds propres à l'encours pondéré des risques) serait rendu aux actionnaires. Les deux groupes ont une cible de 13%.
Plus largement, la quasi-totalité des grandes "redistributions sont le fait d’entreprises à maturité", note la lettre Vernimmen.
"En effet celles-ci génèrent par leurs résultats de nouveaux capitaux propres importants, que leur faible croissance rend inutiles. Il est plus sain de les reverser à leurs actionnaires, plutôt que de les gaspiller en surinvestissements ou en placements oisifs de trésorerie, et de priver ainsi de capitaux propres d’autres groupes qui en auraient besoin pour se développer, et vers qui les dividendes et rachats d’actions de ces mastodontes seront réinvestis", écrivent ses auteurs.
Ces derniers donnent un exemple concret avec Société Générale, qui a vu son action grimper de 153% l'an passé, avec un retour à l'actionnaire qui est passé de 968 millions d'euros en 2024 à 3,38 milliards d'euros en 2025.
"Si le cours de la Société Générale a fortement progressé en 2025, ce n’est pas parce qu’elle a procédé à des rachats d’actions historiquement élevés (2,5 milliards d'euros)". C’est parce que ses résultats et la rentabilité de ses capitaux propres se sont fortement accrus en 2025 (+51% par rapport à 2023, de 5,5% en 2023 à 7,9% en 2025), poussant à la hausse son cours", expliquent les auteurs.
"En conséquence, cette génération accrue de nouveaux capitaux propres que sont ses résultats, dont la très grande majorité ne lui est pas nécessaire compte tenu des normes prudentielles qu’elle respecte déjà, lui a permis de procéder à des rachats d’actions, qui constituent macro-économiquement une meilleure allocation de ces nouveaux capitaux propres qu’un réinvestissement sur le marché monétaire une fois la demande de crédits de ses clients et prospects satisfaite", développent ils.
Axa champion en termes de pourcentage
Nous avons établi un deuxième classement qui rapporte le montant du cash redistribué aux capitalisations boursières des groupes du CAC 40.
En clair, cela permet d'établir quels groupes de l'indice ont rendu le plus de leur valeur aux actionnaires sous formes de liquidités.
In fine, les deux classements ne varient pas tant que cela. Beaucoup de groupes sont présents dans les deux "top 15". Le trio de tête est d'ailleurs le même, Axa passant devant Totalenergies en raison d'une capitalisation boursière nettement moins élevée.
Quelques points sont toutefois notables. LVMH ne figure pas dans le second classement. Si la société demeure le deuxième groupe du CAC 40 en termes de montant de dividendes versés (6,5 milliards d'euros), le cash total rendu par le groupe de luxe reste relativement modeste eu égard à sa capitalisation boursière (8,6 milliards d'euros pour une capitalisation qui oscille autour de 300 milliards).
A contrario, l'automobile figure assez haut dans le second classement (Renault 4e, Stellantis 5e et Michelin 6e) mais pas dans le premier.
Ce pour la simple et bonne raison que l'automobile est un secteur qui reste très cyclique et dont les multiples de valorisation (et par extension les capitalisations boursières) demeurent très faibles. Par ailleurs, le compartiment a souffert l'an passé, Renault et Stellantis perdant autour de 25%, en raison notamment d'un marché européen difficile et concurrentiel (et des droits de douane pour Stellantis).
Leurs ratios "retour à l'actionnaire sur capitalisation boursière" sont par conséquent relativement élevés.
Le distributeur Carrefour est également bien positionné dans ce second classement. Le groupe dirigé par Alexandre Bompard a eu l'habitude, ces dernières années, de rendre une grande partie de son cash à ses porteurs. La lettre Vernimmen note ainsi que la société a retourné l'équivalent de 31% de sa capitalisation boursière via des rachats d'actions sur la période 2012-2025.
Toutefois l'année dernière a marqué une rupture, Carrefour s'abstenant de procéder à des rachats d'actions (après plus de 800 millions d'euros en 2023 et 700 millions d'euros en 2024). La société a notamment puisé dans sa génération de trésorerie pour sortir les minoritaires de sa filiale brésilienne.
Carrefour a, certes, acté une hausse de son dividende, couplée à un dividende exceptionnel de 150 millions d'euros.
Mais sa distribution globale aux actionnaires, de 813 millions d'euros, est restée nettement inférieure à celle de 2023 et 2024 (1,2 milliard et 1,3 milliard d'euros, respectivement, selon les données du Vernimmen).
Si Carrefour avait maintenu le montant dans sa distribution aux actionnaires autour des niveaux des années précédentes, le distributeur aurait été bien plus élevé dans ce second classement et aurait pu prétendre à la deuxième place voire à la première.
Note méthodologique: pour le second classement nous avons retenu les capitalisations boursières des membres du CAC 40 dans l'après-midi du 19 janvier.
