(BFM Bourse) - Une fois installée au pouvoir, la candidate aux élections législatives suédoises Magdalena Andersson envisage d'interdire à tous ses ministres de gérer des actions. En France, il n'est pas interdit pour un ministre en exercice de posséder des actions. Des dispositifs viennent cependant encadrer la détention d'instruments financiers.
Dimanche 13 septembre, un peu plus de huit millions de Suédois vont aller aux urnes pour trois élections. Tous les quatre ans, les Suédois votent pour renouveler les 349 membres du Riksdag, le Parlement monocaméral, un système parlementaire comprenant une seule chambre législative. Les élections régionales et municipales sont aussi organisées ce même dimanche.
Les forces en présence sont au nombre de huit, dont le Parti social-démocrate suédois des travailleurs. La cheffe de file de ce parti d'orientation sociale-démocrate est Magdalena Andersson.
En 2014, elle est nommée ministre des Finances dans le gouvernement du social-démocrate Stefan Löfven, avant de devenir Première ministre de Suède... pour un mandat éphémère.
Un premier mandat de...sept heures
Le 24 novembre 2021, à 10h30 Magdalena Andersson est devenue la première femme à être élue au poste de Premier ministre, avant d'annoncer son retrait sept heures plus tard, à 17 h 30, après la décision des Verts de quitter la coalition gouvernementale, à la suite de l’adoption par les députés du projet de loi de finances présenté par l’opposition, raconte Le Monde . Puis, elle a eu le droit à une seconde chance, lui permettant d'exercer du 30 novembre 2021 au 18 octobre 2022.
Quatre ans plus tard, l'ex-Première ministre éphémère veut rempiler pour un mandat plus long. Et parmi ses promesses de campagne, une concerne un devoir d'exemplarité dans la gestion du patrimoine de ses futurs ministres.
Une fois au pouvoir, Magdalena Andersson envisage d'interdire à tous ses ministres de négocier des actions pendant leur mandat rapporte le quotidien des affaires suédois Dagens industri.
L'interdiction fait partie des mesures qui figureront dans un nouveau code de conduite pour les ministres que Magdalena Andersson prévoit de mettre en place.
"En tant que membre du gouvernement, on doit être respectueux et ne pas mentir. On doit être clair sur le fait qu'on agit pour le bien de la Suède et non par intérêt personnel. C'est pourquoi le code de conduite interdira aux ministres de négocier des actions " a-t-elle écrit mercredi 9 septembre dans un message sur Instagram.
"Si j’ai le privilège de devenir Première ministre de la Suède, il n’y aura pas de day trading parmi mes ministres", a-t-elle aussi déclaré avant un débat entre les candidats au poste de Premier ministre, rapporte aussi Aftonbladet.
L'hiver dernier, la Chancellerie du gouvernement a élaboré de nouvelles directives concernant les participations des ministres, après qu'il a été révélé que des ministres en exercice avaient pris part à des décisions concernant des sociétés dans lesquelles eux-mêmes ou des proches détenaient des actions, rappelle aussi Dagens industri.
Lors de l'examen des transactions boursières des ministres en 2025, les Sociaux-démocrates avaient déclaré vouloir une telle interdiction, mais le parti n'avait pas auparavant précisé qu'un changement de règle serait mis en place lors d'un éventuel changement de pouvoir, précise de son côté Omni.
En Suède, on démissionne pour du Toblerone
Cette réflexion est née d'un scandale qui a éclaté en 2025, venant écorner l'image de la Suède en tant que pays modèle de transparence et de faible corruption. En 1995, de simples barres chocolatées ont par exemple coûté le poste d'une ministre suédoise.
Le journal Expressen avait révélé que celle qui était à l'époque ministre du Travail a utilisé en 1990 et 1991 sa carte bancaire professionnelle pour des achats privés, parmi lesquels « "deux Toblerone, des couches et des cigarettes".
Trente ans plus tard, il ne s'agit plus d'une liste de courses mais de plusieurs ministres suédois qui détenaient des actions dans des secteurs relevant de leur compétence.
L’un des cas les plus médiatisés concerne la ministre des Affaires étrangères, Maria Malmer Stenergard, qui ne s’est pas récusée lorsqu’elle a autorisé l’armée à acheter des véhicules blindés utilisant des composants de la société Mildef AB — un mois seulement après avoir acheté pour 10.000 couronnes (1.000 dollars) d’actions de cette entreprise du secteur de la défense, rappelle Bloomberg.
Mats Persson, son collègue de parti et ministre de l'Emploi, avait acheté des actions d'Ericsson AB le jour même où le gouvernement a présenté un programme de recherche dont l'entreprise de télécommunications allait tirer profit.
L'actuel Premier ministre, Ulf Kristersson avait défendu le droit des ministres à posséder des actions en Bourse, estimant qu'une interdiction totale serait un "mauvais exemple". Mais face au tollé, le gouvernement a opéré un rétropédalage et a engagé une révision interne des directives et du cadre réglementaire encadrant la détention d'un portefeuille d'actions de ses ministres.
Magdalena Andersson, elle, ne veut pas s’embarrasser avec de tels scandales, souhaitant s'aligner sur le modèle norvégien. Chez le voisin scandinave, les ministres doivent vendre leurs actions individuelles dès leur entrée en fonction ou confier l'intégralité de leur gestion à un tiers indépendant, ce qu'on appelle un mandat aveugle.
Les fortunes diverses du gouvernement
En France, il n'est pas interdit pour un ministre en exercice de posséder des actions d'entreprises cotées en Bourse. Des dispositifs viennent cependant encadrer cette détention d'actions.
Pour éviter qu'un ministre - plus globalement certains responsables et agents publics - ne prenne des décisions publiques favorisant une entreprise dont il possède des actions, la loi l'oblige à placer ses instruments financiers sous un mandat de gestion sans droit de regard ou gestion dite "aveugle", en vertu de l'article 8 de la loi du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique.
Le ministre confie ses actions à un service d'investissement et interdiction lui est faite d'intervenir ou de donner des instructions sur l'achat ou la vente de titres pendant toute la durée de ses fonctions, rappelle la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).
Le mandat de gestion doit "exclu[re] toute possibilité […] de donner au mandataire, directement ou indirectement, et par quelque moyen que ce soit, des instructions d’achat ou de vente portant sur des instruments financiers" (I de l’article 3 du décret du 1er juillet 2014).
Depuis mai 2017, plusieurs ministres et secrétaires d’État du gouvernement d’Édouard Philippe ont fait ou font l’objet de décrets de "déport", explique Vie publique. Si un décret ou une loi concerne directement une entreprise dans laquelle le ministre possède (ou possédait) des intérêts, il doit signer un "décret de déport". Un autre ministre ou le Premier ministre se charge de gérer le dossier litigieux à sa place.
Qu'en est-il de notre gouvernement actuel ? En avril 2026, les déclarations d'intérêts et de patrimoine des membres du gouvernement de Sébastien Lecornu ont été publiées par la HATVP.
La majorité de l'exécutif n'a pas ou peu d'actions à déclarer. Mais la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a, elle, déclaré 27 participations au capital de grandes sociétés, selon franceinfo.
Selon la déclaration de la ministre détaillée par le média, Monique Barbut, détenait par exemple 3.986 euros d'actions Inditex, le propriétaire espagnol de Zara ou Stradivarius. Les valeurs stars du CAC 40 sont aussi bien représentées dans le portefeuille boursier de la ministre, avec le groupe de luxe LVMH ou de beauté L'Oréal, qui se disputent actuellement la couronne de première capitalisation de la Bourse de Paris.
La ministre diversifie bien ses placements puisqu'elle détient également des actions dans le secteur de l'aéronautique et de l'armement, chez Airbus ou Thales.
Interrogé à ce sujet par franceinfo, le cabinet de Monique Barbut avait alors assuré que la ministre ne gérerait pas directement ces investissements : "La ministre a déclaré détenir un plan d'épargne en actions (PEA), qui constitue une enveloppe d'investissement. Ce PEA est confié à sa banque dans le cadre d'un mandat de gestion excluant tout droit de regard de sa part pendant la durée de ses fonctions".
"Ce dispositif vise précisément à prévenir toute situation de conflit d'intérêts, en garantissant l'absence d'intervention et d'information sur la gestion des actifs financiers", précisait aussi son cabinet, qui réfutait tout conflit d’intérêts.
