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Après avoir affiché leur pire millésime depuis 2003, les introductions en Bourse à Paris vont-elles se réveiller en 2026?

samedi 3 janvier 2026 à 12h00
2025 une année à oublier

(BFM Bourse) - Encore en 2025, les introductions en Bourse ont été rares, tombant proche d'un niveau inédit depuis 2003. Mais les quelques sociétés qui sont arrivées en Bourse pendant les trois dernières années présentent un profil plus robuste qu'en 2021. De quoi inspirer d'autres aspirants à une entrée en Bourse en 2026?

Ces dernières années, la Bourse de Paris a perdu un nombre important de ses pensionnaires, quand, en parallèle, les prétendants à un renouvellement de la cote se raréfient au fil du temps. En 2024, le nombre de retraits de la cote a accéléré à 36 quand seulement quatre introductions en Bourse (en excluant les scissions, au nombre de deux l'an passé) sont venues renforcer la place parisienne, selon une étude du cabinet EY.

Pire millésime depuis 2003

Le millésime 2025 n'a pas fait pas exception. Cette année, personne ou presque n’a tapé à la porte de la Bourse de Paris (hors Euronext Access, le compartiment le moins réglementé de la Bourse de Paris). Seules deux entreprises ont eu l’audace de se jeter dans le grand bain boursier, et uniquement sur Euronext Growth, le compartiment phare des petites et moyennes capitalisations. Du côté du marché réglementé d'Euronext Paris, c'est tout simplement un zéro pointé. Le compteur peut monter à un, si on élargit à Younited, qui a fait ses premiers pas sur Euronext Paris en janvier dernier, dans le cadre d'une cotation secondaire, la société étant déjà présente à la Bourse d'Amsterdam.

Le spécialiste des composants pour les semi-conducteurs Semco Technologies a été la première entreprise de l'année 2025 à entrer en Bourse, en juillet dernier.

Il s'agissait de la première introduction depuis de plus de six mois, et l'arrivée en décembre 2024 du spécialiste des pièces de précision pour les industries de pointe Odyssée Technolgies et de Louis Hachette Group, une entreprise holding de Lagardère, sur Euronext Growth.

Cinq mois plus tard, c'est l'exploitant de nombreux sites touristiques du Lac Majeur en Italie, Kaleon, qui a rejoint la place parisienne par le biais d'une double cotation en plus de Milan.

L'arrivée de Kaleon, sauf surprise et opérations sur Euronext Access, viendra clore ce millésime 2025 très famélique, et le pire depuis 2003. Aucune entreprise n'avait alors osé se lancer en Bourse cette année-là, ni sur le second marché (dédié aux entreprises de taille moyenne) ni sur le premier marché, qui regroupait les entreprises les plus importantes de la place parisienne.

Les raisons qui ont retenu les entreprises d'aller en Bourse sont diverses, en fonction de leur taille. Car, rappelle Vincent Le Sann, directeur général adjoint de Portzamparc, à BFM Bourse, il n'y a pas un marché unique des introductions en Bourse. Ce marché se décompose en trois segments: "large cap" (grosses capitalisations, "mid small" (moyennes et petites) et "micro cap" (micro-capitalisations)

Des licornes rétives

"Les large caps, telles que les licornes par exemple, sont particulièrement sensibles à la valorisation. Elles ont souvent plusieurs alternatives à la Bourse. Ces dernières années, beaucoup d’entre elles se sont heurtées au décalage entre la valorisation obtenue lors des tours précédents en 'private equity 'dans un contexte de taux bas et ce que la Bourse pouvait leur donner à l’entrée sur le marché", souligne le directeur général adjoint de Portzamparc.

"Elles préfèrent donc patienter une ou deux années supplémentaires pour se développer, et arriver en Bourse avec une certaine maturité, ce qui s’en ressentira in fine sur la valorisation. Les parcours remarquables d’Exosens et de Planisware nous montrent que le choix de la Bourse peut être créateur de valeurs pour leurs actionnaires", détaille-t-il.

Pour les petites et moyennes entreprises notamment les plus rentables, Vincent Le Sann explique qu'elles ont renforcé leurs fonds propres, ou elles se sont vendues ces dernières années en dehors de la Bourse en raison de conditions de financement plus attractives. "Avec la remontée des taux long et celle du prix des entreprises en Bourse, la donne est en train de changer. Mais pour faire venir ces entreprises en Bourse, ça prend du temps", ajoute-t-il.

En 2025, la tendance a doucement commencé à s’inverser remarque Vincent Le Sann. "Jusqu'en 2024, le multiple de valeur d'entreprise sur Ebitda (résultat brut d'exploitation, NDLR) a été considérablement plus élevé dans le non coté, avec un écart de 3 à 4 points par rapport à la Bourse", rappelle le spécialiste de marché.

"À partir du second semestre 2025, l’écart entre l’indice small cotées et l’indice Argos, un indice de référence valorisation des PME non cotées de la zone euro s’est en partie résorbé, et même sur certains secteurs, les PME ETI de la défense cotées sont probablement mieux valorisées que leurs pairs dans le non coté" pointe-t-il.

"Le parcours en Bourse des quelques PME ETI qui ont fait le choix de la cotation depuis deux ans ne laissent pas insensibles les dirigeants et les fonds actionnaires. Plusieurs PME-ETI sont attendues à la Bourse de Paris au cours du premier semestre : luxe, conseil aux entreprises et industrie de la défense", précise le spécialiste de marché.

Point encourageant: les sociétés qui ont tenté l'expérience des marchés financiers cette année ont en effet vu leur audace récompensée. Semco Technologies flambe de plus de 87% par rapport aux 15 euros retenus pour son opération quand Kaleon cote légèrement au-dessus de son prix d’introduction en Bourse fixé à 4 euros.

"Les entrées en Bourse de ces deux dernières années à Paris partagent un point commun. Quand on se penche sur la performance des titres une fois ces sociétés cotées, ils ont très fortement progressé", a remarqué Vincent Le Sann à l'antenne de BFM Bourse.

Quantité ne rime pas forcément avec qualité

En 2024, le cru était déjà de qualité. Le spécialiste de l’optronique pour les applications militaires Exosens gagne 150% depuis son entrée en Bourse à un prix de 20 euros, profitant à plein de la course à l'armement en Europe. Le groupe de défense est suivi d'Odyssée Technologies qui a vu son cours doubler depuis son entrée en Bourse en décembre 2024, tout comme Stif, un an plus tôt. Le spécialiste de la protection contre les explosions, a affolé les compteurs avec un titre multiplié par plus de 8 depuis décembre 2023.

Les investisseurs sont plus regardants sur la qualité des sociétés qui se présentent à eux. Si on élargit désormais la loupe non plus sur la seule année 2024 mais sur l'ensemble des introductions en Bourse depuis 2021, seule une poignée de sociétés est parvenue à dégager une performance positive. L'année 2021 avait compté un nombre important d'introductions en Bourse à Paris, 33 pour être plus précis.

Plusieurs sociétés introduites lors de cette année 2021, notamment dans le domaine des biotechnologies, ont connu des destins plus dramatiques, après avoir encaissé des échecs cliniques et in fine, souffert de problèmes de trésorerie.

"Désormais, les investisseurs vont rechercher plutôt des sociétés rentables à l'image de Semco Technologies, Stif ou encore Odyssée Technologies. Contrairement à la phase qu'on avait pu connaître juste après le Covid, ces entreprises ont toute une maturité en termes de résultats. Ça n'a pas été forcément le cas sur cette vague où on a vu beaucoup de sociétés (dans le domaine) des énergies nouvelles qui venaient avec des plans de croissance importants, mais pas encore de rentabilité", rappelle Vincent Le Sann.

"Et quand les investisseurs ont gagné de l'argent sur les opérations, ils regardent bien évidemment les entreprises qui se présentent à eux avec un œil forcément plus favorable", ajoute le spécialiste de marché.

Un vivier "diversifié"

Pour 2026, le réservoir, plus communément appelé "pipeline", de prétendants à une entrée en Bourse est déjà garni. Vincent Le Sann et son équipe travaillent sur trois dossiers d'introduction en Bourse de PME de croissance, prévus pour le premier semestre 2026.

"On travaille pour une société qui intervient dans le domaine du conseil, organisation pour les entreprises. Également, une société industrielle dans le domaine de la défense et puis aussi une société dans le domaine du luxe. Donc on voit que c'est assez diversifié, un peu à l'instar de la cote", détaille-t-il.

À une échelle beaucoup plus importante, le groupe de défense KNDS a aussi indiqué ces derniers jours, viser une entrée en Bourse en 2026 via une double cotation à Francfort et à Paris, sous réserve des conditions de marché

La Bourse, un outil de transmission familiale

Les entreprises qui se présentent devant le portillon des entreprises ont, donc, un profil plus robuste. Elles sont aussi sont familiales, avance Vincent Le Sann.

Or, plusieurs de ces sociétés ont préféré tourner le dos à la Bourse ces dernières années. C'est le cas de Manutan, du spécialiste français de la vente à distance d’équipements de bureau et d’équipements industriels qui a souhaité sortir des radars boursiers en 2023. Le groupe familial Guichard ne ressentait plus le besoin de maintenir Manutan en Bourse.

Pourtant, pour Vincent Le Sann, la Bourse est un formidable outil de développement et de transmission pour les sociétés familiales. "La Bourse permet de prolonger, de développer l'entreprise sans la vendre puisque c'est souvent une des alternatives. On sait qu'il y a un gros enjeu dans les années qui viennent de transmission, de génération, donc la Bourse est une des réponses", avance Vincent Le Sann.

"Le choix de la Bourse c'est également un élément de gouvernance et d'indépendance puisque un des avantages de la cotation par rapport à d'autres modes de financement - je pense par exemple au capital développement, private equity (capital investissement) - c'est qu'il n'y a pas de pacte d'actionnaire, il n'y a pas de fonds au board (conseil d'administration, NDLR) en fait, la gouvernance n'est plus diluée, c'est aussi ce qui est apprécié par les ETI familiales", conclut-il.

L'an passé, la société de gestion Amiral Gestion avait expliqué dans une étude les vertus pour une entreprise d'avoir un actionnaire de référence aux manettes. Ces sociétés contrôlées par un actionnaire majoritaire ont une force, à savoir celle de résister aux exigences de la Bourse, "qui a sa propre logique, son propre horizon de temps", pouvait-on lire dans l'étude. "Surtout, l'entreprise engage sa réputation et même celle des membres de la famille, ce qui laisse peu de place à des décisions stratégiques irréfléchies", avançait aussi la société de gestion.

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