(BFM Bourse) - La start-up d'intelligence artificielle compterait lever 30 milliards de dollars pour une opération qui doit lui permettre d'atteindre une valorisation de 1.400 milliards de dollars. Ce alors que son directeur général, Sam Altman, a encore déclaré que l'arrivée en Bourse ne surviendrait pas tant que la jeune pousse n'aura pas rassuré sur la sécurité de ses modèles en Bourse.
OpenAI semble incarner à elle seule les louvoiements des investisseurs autour de l'essor de l'intelligence artificielle (IA). Depuis maintenant un an et demi, le marché oscille entre les promesses autour des gains de productivité permis par ces technologies et les doutes sur le financement de leurs investissements ainsi que sur leur sécurité.
La jeune pousse à l'origine de ChatGPT, le plus célèbre grand modèle de langage d'intelligence artificielle (IA) a elle-même navigué entre entrain et doutes. En juin, des fuites de presse avaient contraint OpenAI à annoncer qu'elle avait soumis un document d'enregistrement confidentiel auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC) en vue de son introduction en Bourse.
Déjà à ce moment, OpenAI prévenait : "Nous n’avons pas encore décidé du calendrier, cela pourrait prendre un certain temps, car certaines choses que nous voulons faire seront probablement plus faciles en tant que société non cotée".
>> Accédez à nos analyses graphiques exclusives, et entrez dans la confidence du Portefeuille Trading
L'incident "Hugging Face"
Depuis, la start-up a encore redoublé de prudence. Mi-septembre, son directeur général Sam Altman avait reconnu que le moment était mal choisi pour qu'OpenAI déboule à Wall Street. Le patron de la jeune pousse avait affirmé à Fortune que la société ne s'introduirait pas en Bourse cette année, invoquant la nécessité d'améliorer la sécurité des grands modèles.
Altman s'exprimait quelques semaines après l'"incident Hugging Face". Entre le 8 mai et le 20 juillet 2026, des modèles d'IA d'OpenAI ont mené, de manière spontanée, autonome et à l'insu de l'entreprise, une série d'opérations incluant la découverte et l'usage de moyens de communication clandestins entre agents IA, l’évasion d’un environnement de test supposément sécurisé et isolé d'Internet, le piratage des serveurs de la société Hugging Face et la prise de contrôle de serveurs d'OpenAI, explique le centre de sécurité pour l'intelligence artificielle.
"Cet incident met en évidence une évolution plus générale dans le domaine de l'IA d'entreprise, où le risque principal provient de plus en plus de la coordination entre les agents, plutôt que du comportement d'un agent isolé", estime Barclays.
Pour la banque, cet impair doit être pris très au sérieux au moment où les investisseurs se demandent si les entreprises "sont capables de développer à grande échelle une IA autonome sans que les risques ne prennent le pas sur la gouvernance".
Cette affaire a ajouté une couche d'incertitudes au niveau de la perception de l'IA par le marché.
"L'IA se heurte de plus en plus à des barrières extra financières majeures. Outre les craintes récurrentes sur la sécurité (à l’image des incidents de piratage croisés impliquant des acteurs comme Hugging Face ou OpenAI), la cybersécurité et les appels à la régulation, ce sont les goulots d’étranglement de l’économie réelle qui se resserrent", développe Karen Georges, gérantes actions chez Ecofi.
La spécialiste de marché cite notamment les pressions sur la consommation d'eau et d'électricité, les freins réglementaires locaux (comme le gel de permis de construction de data centers en Irlande) et la montée des réticences sociétales.
Une levée de fonds pour faire la transition ?
Dario Amodei, le directeur général d'Anthropic, grand rival d'OpenAI, avait lui aussi appelé à "temporiser" l'amélioration de l'IA pour "que la prévention des risques soit en mesure de suivre le rythme".
Mardi, lors d'une conférence dédiée aux développeurs, Sam Altman a encore répété que l'introduction en Bourse attendrait.
Le dirigeant a déclaré qu’il serait "néfaste pour le monde si OpenAI attendait trop longtemps avant d’entrer en Bourse", mais que son groupe ne se "précipiterait pas tête baissée vers une introduction en Bourse" à un moment où les capacités de l’IA progressaient rapidement, rapporte le Financial Times.
"Nous allons donner la priorité à notre mission et à la sécurité, et veiller à pouvoir passer en toute confiance à la prochaine étape de l’IA sans que les gens ne se demandent quelle est la probabilité que nous commettions toutes ces actions néfastes dans le monde", a ajouté le dirigeant.
"Nous voulons simplement prendre nos marques et nous assurer de bien comprendre comment fonctionner selon ce nouveau mode de fonctionnement, [et] être en mesure de prendre certaines des décisions qui s'imposent sans subir la pression liée au statut de société nouvellement cotée en bourse", a également déclaré Altman, cette fois à Bloomberg. Le dirigeant a ajouté qu'il pensait que les investisseurs feraient preuve de "patience" concernant la préparation de son introduction en Bourse.
Notons toutefois que dès juin dernier, le New York Times rapportait qu'OpenAI songeait à reporter à 2027 son introduction en Bourse. Le quotidien américain évoquait alors une raison plus prosaïque : le "mauvais" exemple de l'introduction en Bourse de SpaceX.
Après des débuts en fanfare à Wall Street, le groupe d'Elon Musk - dont les perspectives dans l'intelligence artificielle constituent le gros du potentiel boursier - avait déchanté, le titre perdant encore près de 35% par rapport à son plus haut historique atteint quelques jours après son arrivée sur la cote. Ces débuts en dents de scie auraient échaudé Sam Altman d'après le New York Times.
À défaut d'arriver sur la cote, OpenAI pourrait passer par une levée de fonds privée et encore augmenter sa valorisation.
Bloomberg a rapporté mardi soir que la start-up allait opérer un nouveau tour de table auprès d'investisseurs pour lever 30 milliards de dollars. La jeune pousse viserait dans cette optique une valorisation de 1.400 milliards de dollars, ajoute l'agence.
Contactée par Bloomberg, OpenAI n'a pas souhaité faire de commentaire.
Selon les sources proches du dossier citées par l'agence, cette dernière levée de fonds est destinée à servir de "tour de transition" afin d’apporter à OpenAI des capitaux supplémentaires en lieu et place d’une introduction en Bourse. OpenAI a récemment levé 122 milliards de dollars en mars, pour une valorisation de 852 milliards de dollars.
Alors qu'OpenAI semble donc trouver des alternatives pour repousser son entrée en Bourse, celle d'Anthropic paraît être sur la rampe de lancement.
En août, le Financial Times rapportait que le propriétaire du LLM Claude pourrait débarquer dès octobre à Wall Street pour atteindre une valorisation de 2.000 milliards de dollars.
