(BFM Bourse) - Plusieurs secteurs et groupes de valeurs sont soutenus par le regain d'optimisme autour d'une potentielle paix au Moyen-Orient. Tour d'horizon.
Depuis l'éclatement du conflit au Moyen-Orient, fin février, le CAC 40 a connu des accès de volatilité assez impressionnants, au gré des informations et des déclarations des dirigeants.
L'indice parisien prend encore 3,39% ce mardi 6 mai, sa plus forte hausse depuis le 8 avril (+4,5%).
Le marché connaît un regain d'espoir autour de la paix en Iran. Selon le site Axios, la Maison Blanche pense être proche d'un accord sur un memorandum d'une page avec l'Iran. Cet accord permettrait la réouverture du détroit d'Ormuz avec la fin du blocus américain dans la région et définirait un cadre de négociations plus détaillées sur le nucléaire iranien.
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La veille, Donald Trump avait assuré que "de grands progrès" dans les négociations avec Téhéran avaient été effectués.
Le pétrole plonge à la suite de ces informations. Le contrat de juillet sur le Brent de mer du Nord chute de 10,5% revenant à 98,30 dollars le baril.
Surtout à la Bourse de Paris, de nombreuses valeurs connaissent des variations très prononcées. Tour d'horizon des principales réactions.
>Air France-KLM et les groupes aériens décollent
Air France-KLM s'adjuge 10%, Lufthansa 8% et International Consolidated Airlines Group (IAG) 8,4%.
Pour ces groupes de transport aérien, le reflux des cours du pétrole et la potentielle fin du conflit sont synonymes d'une facture carburant allégée.
La hausse des prix du baril a entraîné un bond encore plus prononcé de ceux du kérosène, un produit raffiné du pétrole.
Sur la semaine achevée le 1er mai, le "jet fuel", le carburant utilisé par les compagnies aériennes, avait grimpé de 197% sur un an, selon les données de l'Association internationale du transport aérien (IATA).
Cette hausse des prix s'explique par les coûts de raffinage mais également par le fait que le kérosène ne constitue pas une priorité pour les raffineurs, ne représentant que 9% de la production de produits raffinés, selon l'IATA.
"Au lieu de cela, les raffineries optimisent leur gamme de produits en se concentrant sur les produits les plus demandés et les plus rentables, tels que le diesel et l'essence", souligne l'association.
En conséquence, la facture carburant des compagnies aériennes est vouée à s'alourdir.
La semaine dernière, Air France-KLM a indiqué attendre un coût total de 9,3 milliards de dollars sur l’exercice 2026, soit une hausse de 2,4 milliards de dollars par rapport à l’exercice 2025, dont 1,1 milliard de dollars au deuxième trimestre 2026.
Lufthansa a de son côté évoqué mardi un coût de 8,9 milliards d'euros sur 2026, en progression de 1,7 milliard.
Barclays redoutait également que les groupes de transport aérien décident de couper leurs capacités, c'est-à-dire le nombre de vols qu'ils proposent, pour préserver leur rentabilité. Sur ce dernier point, Air France-KLM avait réduit, la semaine dernière, son objectif de croissance des capacités.
>Safran et Airbus remontent la pente
Comme le 8 avril dernier, Safran signe la plus forte hausse du CAC 40 (+9,4%), tandis qu'Airbus s'adjuge près de 7% (6,92%).
La trajectoire boursière de Safran reste étroitement liée à celle du trafic aérien. Plus ce trafic est élevé, plus les cycles de vols des avions sont importants et plus les compagnies aériennes et les loueurs doivent amener leurs appareils dans les ateliers pour avoir recours aux services d'après-vente de la société aéronautique.
Safran ne communique pas les marges de ces métiers mais il est communément admis que l'entreprise tire le gros de sa rentabilité de ces services dans la propulsion aéronautique.
Le groupe est, sur ce point, porté par CFM International, sa coentreprise avec l'américain GE Aerospace. CFM produit le CFM56, le moteur le plus vendu au monde, et le LEAP, qui équipe les monocouloirs de nouvelle génération d'Airbus (A320neo) et Boeing (737 Max).
La position de marché dominante de cette société dans les monocouloirs offre un gisement de croissance robuste pour les activités d'après-vente. Selon des données communiquées fin 2024 par Safran, 23.000 moteurs CFM56-5B-7B étaient en service. Et 70% n'avaient effectué aucune visite en atelier.
Mais une chute du trafic aérien est évidemment susceptible de perturber cette mécanique bien huilée.
Or, le conflit en Iran a évidemment provoqué une baisse du trafic aérien, plusieurs compagnies du Golfe suspendant ou réduisant leurs opérations.
De plus, la hausse des cours du pétrole entraîne de facto un renchérissement des coûts du kérosène et donc de la facture carburant des compagnies aériennes, clientes de Safran.
Pour ces raisons, le conflit laisse planer un risque sur les visites en atelier des compagnies et donc sur les revenus d'après-vente de Safran.
Pour cette raison, Jefferies a abaissé son opinion à "conserver" sur le titre le mois dernier. La banque redoute surtout que les compagnies aériennes réduisent le champ ("scope") de leurs visites à compter du troisième trimestre 2026.
En clair, Jefferies estime que les compagnies aériennes pourraient se montrer moins gourmandes sur le périmètre de ses services d'après-vente qu'elles demanderont lorsqu'elles effectueront les visites en atelier avec leurs appareils.
La fin du conflit au Moyen-Orient effacerait cette menace.
Dans une mesure bien moindre que Safran, Airbus dégage également certains revenus d'après-vente et le Moyen-Orient représente, par ailleurs, environ 8% de son carnet de commandes selon Citi.
>Accor repart de l'avant
Accor s'adjuge 6,3% signant la troisième plus forte hausse du CAC 40. L'exploitant hôtelier a durement été touché en Bourse par l'éclatement du conflit au Moyen-Orient.
Le propriétaire d'Ibis et Sofitel est tout simplement le grand groupe hôtelier le plus exposé au Moyen Orient, la région représentant environ 10% de ses revenus contre 6% pour le britannique IHG, selon Barclays.
Fin avril, la société avait rassuré en livrant un revenu par chambre disponible (RevPAR), le grand indicateur du secteur, supérieur aux attentes au premier trimestre.
"Pour la suite, l'évolution du titre dépendra de celui du conflit avec un risque de baisse si la guerre se poursuit au second semestre", prévenait Barclays.
Le luxe se remet en ordre de marche
Kering prend 5,6%, Hermès 5,5% et LVMH 4,8%. Le conflit au Moyen-Orient a grandement pesé sur les performances des groupes de luxe, qui ont déçu au premier trimestre.
Non seulement la guerre dans la région a évidemment supprimé une partie des ventes au Moyen-Orient, mais la baisse du trafic aérien a obéré les dépenses de la clientèle du Golfe en Europe, a fortiori en France. Rappelons qu'environ 30% des achats de produits de luxe sont réalisés à l'étranger.
LVMH avait chiffré l'impact sur sa croissance à hauteur de 1 point de pourcentage et de 3 points de pourcentage sur le seul mois de mars. Sa directrice financière, Cécile Cabanis, avait par ailleurs indiqué que les ventes dans la région Moyen-Orient avaient accusé une baisse à deux chiffres (plus de 10%) au premier trimestre.
Éric du Halgouët, le directeur financer d'Hermès, avait lui évoqué un impact d'environ 1,5 point de pourcentage sur la croissance de son groupe au premier trimestre.
Bank of America redoutait que cet impact se prolonge au deuxième trimestre, retenant un impact de 1 point de pourcentage pour l'ensemble du secteur.
> Les banques françaises se relancent
Après avoir globalement manqué le coche lors de la dernière saison des résultats, les banques françaises retrouvent un peu de couleurs. Société Générale prend 5,7%, BNP Paribas s'adjuge 5,4% et Crédit Agricole SA 4,7%.
Le conflit au Moyen-Orient a provoqué des craintes sur l'inflation et sur la croissance, tout en entraînant une remontée des taux d'intérêts, un environnement économique peu enviable pour les banques tricolores.
"De manière générale, les banques n'apprécient pas la stagflation (un contexte économique marqué par une hausse de l'inflation et un ralentissement de la croissance, NDLR) et, au sein du secteur bancaire européen, ce sont les banques françaises qui l'apprécient le moins, à notre avis", prévenait UBS dans une récente note.
En raison de la structure particulière des taux en France (des taux fixes sur les crédits mais des taux des livrets rémunérés qui augmentent avec l'inflation), "les banques françaises n'apprécient pas la hausse des taux d'intérêt et l'inflation", écrivait également la banque suisse.
Au-delà des établissements français, "si le conflit actuel venait à se résoudre rapidement, l'histoire suggère un redressement généralisé des valeurs à la traîne. Compte tenu également des positions actuelles, les actions (bancaires) européennes pourraient s'avérer intéressantes dans ce scénario", jugeait Citi en avril.
>L'automobile repasse la seconde
Les deux constructeurs automobiles, à savoir Renault et Stellantis, prennent tous deux 5,3%.
Une accalmie au Moyen-Orient viendrait apporter une petite éclaircie sur un secteur à la peine. En avril, Morgan Stanley jugeait que la guerre, en s'ajoutant à l'intensification de la concurrence des groupes chinois, avait créé "une tempête parfaite" pour les groupes automobiles en Bourse.
"Le conflit avec l'Iran entraîne une volatilité des coûts des intrants (pétrole, aluminium, électricité et nombreux autres prix des matières premières), ce qui accroît la complexité et les coûts logistiques, et fait baisser les ventes dans la région et à l'échelle mondiale (confiance des consommateurs, pouvoir d'achat)", résumait l'établissement américain.
"La hausse des prix du pétrole s'accompagne souvent de tensions géopolitiques ou entraîne un ralentissement économique général, deux facteurs susceptibles d'ébranler la confiance des consommateurs et de retarder les achats importants, comme ceux de voitures", jugeait pour sa part Bernstein.
Par ailleurs, le conflit est susceptible de renforcer l'attrait des véhicules électriques, motorisation sur laquelle les groupes chinois ont un train d'avance. In fine, les constructeurs chinois pourraient renforcer leur avantage concurrentiel et tailler encore plus de croupières aux groupes européens sur le Vieux continent. Ce alors que les analystes redoutent cette offensive.
"Les constructeurs chinois bénéficient d'un certain nombre d'avantages structurels (coûts, technologie, rapidité de mise sur le marché) et ont creusé des écarts de compétitivité qui seront difficiles à combler à l'avenir", prévient Morgan Stanley.
Tout ceci a conduit les opérateurs de marché a mettre au rebut le secteur automobile. "Les investisseurs dans le secteur automobile européen semblent désormais 'structurellement pessimistes ' et les marchés sont devenus superficiels et peu actifs", notait la semaine dernière Citi.
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