(BFM Bourse) - Les trois banques communiqueront leurs comptes du premier trimestre 2026 le 30 avril prochain. Le conflit en Iran a déprimé la conjoncture et créé un environnement de hausses des taux pas forcément favorable pour les établissements tricolores. Mais UBS et Jefferies confirment leurs conseils à l'achat sur les trois groupes tricolores en raison de leur valorisation.
Les trois grandes banques françaises ont fait fort, niveau calendrier, sur cette saison des résultats. BNP Paribas, Crédit Agricole SA, et Société Générale, publieront toutes les trois leurs comptes trimestriels le même jour, à savoir jeudi 30 avril.
Ce qui constitue plus un inconvénient qu'autre chose. Les opérateurs de marché auront davantage de difficultés à suivre les publications et les conférences téléphoniques dans ce qui s'annonce comme une journée marathon. D'autant que, ce même jour, d'autres groupes bancaires européens communiqueront leurs résultats, à savoir ING, BBVA, CaixaBank, Standard Chartered ou encore Danske Bank.
"Cela limite naturellement l'attention que les résultats peuvent susciter chez les investisseurs, réduisant ainsi la capacité du marché à digérer et à apprécier les nuances des chiffres", tance UBS.
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Craintes de stagflation
Surtout, les banques françaises publieront leurs résultats alors que l'environnement macroéconomique s'est nettement dégradé.
L'éclatement du conflit en Iran fin février s'est accompagné d'un bond des cours des hydrocarbures. Le baril de Brent, référence des prix internationaux du pétrole, est passé d'environ 73 dollars à 98,8 dollars actuellement et a tutoyé les 120 dollars au plus haut de la crise. Barclays juge d'ailleurs que les cours de l'or noir continueront de rester à un niveau relativement élevé, une fois la guerre au Moyen-Orient achevée.
"Il est peu probable que le marché pétrolier revienne à la situation qui prévalait avant le récent conflit", écrit la banque américaine.
En raison de la hausse des cours des hydrocarbures, le marché s'est mis à redouter un scénario dit de "stagflation", dans lequel les grandes économies sont à la fois confrontées à une inflation galopante (elle-même alimenté par les prix de l'énergie) et à un ralentissement de la croissance.
En raison de ce risque "stagflationniste", Alphavalue a abaissé son conseil sur le secteur bancaire européen à "sous-pondérer", équivalent de "vendre".
Le bureau d'études indépendant fait valoir qu'en période d'inflation, la rentabilité des banques s'effrite doucement en raison de la détérioration de la qualité des actifs (en gros les portefeuilles de prêts ferait face à davantage de défaut). Ce à mesure que "l'accélération de l'inflation devient perturbatrice (avec une augmentation du chômage)", explique l'intermédiaire financier.
Alphavalue a jugé, fin mars, que cette détérioration n'était pas intégrée dans les cours des établissements européens.
Les hausses de taux, loin d'être une aubaine pour les banques françaises
"Malgré la pérennité des accords de cessez-le-feu actuels, les perturbations persistantes des chaînes d'approvisionnement en pétrole, en engrais et autres produits, ainsi que la baisse de la confiance des entreprises et des ménages, laissent présager une croissance plus faible que prévu et une inflation plus élevée", tranche de son coté UBS dans une note publiée mi-avril.
"De manière générale, les banques n'apprécient pas la stagflation et, au sein du secteur bancaire européen, ce sont les banques françaises qui l'apprécient le moins, à notre avis", prévient la banque suisse.
Avec ce contexte "stagflationniste", les investisseurs se sont mis à tabler sur plusieurs hausses de taux directeurs de la part de la Banque centrale européenne (BCE).
Pour beaucoup de banques, de tels mouvements de la part de l'institution européenne sont favorables dans l'absolu, car ils se répercutent positivement sur leurs marges nettes d'intérêt dans la banque de détail. Ces marges correspondent à l'argent que dégagent les banques sur les crédits diminués de la rémunération qu'elles versent sur les dépôts et les livrets.
Mais les banques françaises, elles, ne sont pas aussi bien placées que leurs homologues européennes pour en tirer parti. "Les banques françaises n'apprécient pas la hausse des taux d'intérêt et l'inflation", écrit même UBS.
Cela tient à la structure particulière de l'économie bancaire en France. Les taux sur les crédits sont fixes dans l'Hexagone. Ce qui veut dire que les banques françaises ne bénéficient des taux plus élevés que sur les nouveaux prêts accordés. En conséquence l'impact sur leurs revenus des hausses de taux met du temps à produire ses effets, au fur et à mesure que les stocks de crédits font leur mue avec les nouveaux prêts.
A contrario, du côté des ressources, les hausses de taux sur les livrets d'épargnes réglementés, comme le livret A, ou le livret de développement durable solidaire, sont bien plus immédiates.
Ce qui signifie, en clair, que les banques voient leur rémunération augmenter moins vite et plus tardivement que la rémunération qu'elles versent sur les dépôts.
Des arguments à vaire valoir
En conséquence, les banques françaises ont tendance à être délaissées par le marché en période d'inflation, comme cela s'est produit en 2022-2023.
Les investisseurs avaient alors cherché à s'exposer aux établissements qui tirent parti des hausses de taux. Et ce n'étaient clairement pas les banques tricolores.
Selon UBS, en 2023, les revenus net d'intérêts des groupes français avaient reculé de 5% que ceux des établissements des autres pays avaient nettement progressé. Les banques irlandaises avaient vu ces revenus grimper de 62%, tandis que le bond a été de 43% en Italie, 20% en Espagne, 9% en Allemagne ou encore 7% au Royaume-Uni.
Le regain d'inflation et les hausse de taux provoquées par le conflit en Iran sont susceptibles de miner l'attrait boursier des banques françaises au détriment des autres groupes européens du secteur.
Mais UBS pense que cela ne sera pas le cas. Les risques actuels ne devraient pas suffire à voir les banques tricolores sous-performer leurs rivales européennes car la part de leurs activités domestiques dans leurs revenus s'avère "relativement modeste", juge la banque suisse.
De plus leur valorisation s'avère bon marché, les trois établissements présentant, en moyenne, une décote de 20% par rapport à la moyenne du compartiment sur la base du bénéfice attendu au cours des douze prochains mois.
Surtout leurs perspectives de résultats s'avèrent prometteuses en termes de bénéfices par action. UBS anticipe une hausse de cet indicateur de 13% par an sur la période 2025-2028 pour BNP Paribas et de 16% pour Société Générale.
Sur ce dernier point, les annonces des résultats des trois banques pour le premier trimestre pourraient constituer une piqure de rappel utile aux investisseurs.
UBS et Jefferies conseillent d'acheter les trois titres
UBS a en tout cas réitéré son conseil à l'achat sur les trois établissements en amont de ces publications, avec une préférence pour BNP, en raison de sa valorisation à la casse due aux incertitudes sur le litige soudanais.
"Nous pensons que les banques françaises surperformeront le secteur par rapport aux niveaux actuels. BNP Paribas et Société Générale figurent parmi nos valeurs européennes préférées compte tenu de leur croissance, de leur valorisation et des gains d'efficacité à long terme que nous anticipons grâce à la mise en œuvre de l'IA", résume UBS.
La banque estime au passage que les investisseurs interrogeront les trois groupes tricolores sur les implications du conflit au Moyen-Orient pour leurs activités. UBS s'attend aussi à ce que la volatilité du mois de mars sur le marché porte les activités de trading de BNP Paribas et Société Générale.
Jefferies est également à l'achat sur les trois banques françaises. L'intermédiaire financier pense que les résultats du premier trimestre constitueront pour les trois groupes "l'opportunité de montrer leurs forces".
"Bien que la publication du premier trimestre soit peu susceptible d'apporter des révélations en termes de mises à jour des prévisions à moyen terme, l'accélération des revenus nets d'intérêt devrait être au centre de l'attention chez BNP Paribas et Société Générale avec une performance respectable dans les revenus des marchés", développe Jefferies.
L'établissement s'attend à ce que ces revenus progressent de 7% à 9% sur l'ensemble de 2026, rappelant au passage que Société Générale est plus exposée que ses consoeurs à ces (bonnes) tendances.
Des résultats qui s'annoncent mitigés selon Deutsche Bank
Jefferies met également en avant la faible valorisation des banques françaises qui se traitent avec une décote de 20% par rapport à leurs concurrentes européennes sur la base de leur ratio de capitalisation boursière rapportée à leur valeur comptable ("tangible book value ratio").
Pour Société Générale, Jefferies note que le marché se concentrera sur la trajectoire sur le ratio de capital CET 1 (qui rapporte les fonds propres à l'encours pondéré des risques) et sur l'accélération des performances de la banque en ligne Boursobank.
Chez BNP Paribas, la trajectoire de ratio CET 1 sera "clé" également. Jefferies s'attend, par ailleurs, à ce que l'établissement de la rue d'Antin ait particulièrement bénéficié de la volatilité de marché, puisque l'intermédiaire financier retient des revenus de la BFI 6% supérieurs à ceux du consensus.
Du côté de Crédit Agricole SA, Jefferies anticipe également des bonnes performances dans les activités de marchés ainsi que dans la gestion d'actifs. L'intermédiaire financier pense que le marché surveillera également les demandes d'indemnisations dans les activités d'assurance, en raison des intempéries en France.
Deutsche Bank, elle, se veut relativement prudente pour cette saison des résultats. "Nous anticipons un premier trimestre 2026 mitigé pour les banques françaises", écrit l'établissement d'outre Rhin.
"Si les activités de banque de détail et de financement aux particuliers, ainsi que la banque de détail internationale, devraient afficher de bonnes performances, la baisse des contributions de la collecte d'actifs et de la banque d'investissement et de financement (BFI) risque de freiner la croissance globale des revenus", anticipe l'établissement allemand.
Deutsche Bank pense toutefois que BNP Paribas et Société Générale devraient bénéficier d'une maîtrise des coûts "solide". Le groupe allemand considère également que la rentabilité des trois établissements pourrait être légèrement pénalisée par une hausse globale des provisions (l'argent mis de côté par les banques pour faire face aux risques de crédit).
"Nous prévoyons un premier trimestre 2026 contrasté, BNP Paribas affichant potentiellement les meilleurs résultats, suivie de Société Générale, tandis que Crédit Agricole SA afficher les performances les plus faibles", pronostique Deutsche Bank. Cette dernière préfère toutefois Société Générale dans ses recommandations.
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