(BFM Bourse) - La banque suisse a abaissé son conseil à "neutre" contre "acheter" ce vendredi 16 janvier. UBS pointent les difficultés du groupe à développer des candidats-médicaments pour combler les futures pertes de brevets sur Dupixent.
Sanofi reste l'une des grandes déceptions de la bourse parisienne de 2025. Lors des premiers mois de l'an passé, le titre avait bien progressé, les investisseurs se montrant alors confiants sur la capacité de la société pharmaceutique à livrer des résultats cliniques convaincants.
Rappelons que depuis fin 2023, Sanofi a mis les bouchées doubles dans la R&D pour redorer son blason en matière de succès cliniques et développer ainsi de nouveaux "blockbusters" à même de prendre le relais de son médicament phare: Dupixent.
Cet anti-inflammatoire aux multiples indications (asthme, dermatite atopique, prurigo nodulaire) assure le gros de la croissance élevée de Sanofi (8,7% sur les neuf premiers mois de 2025).
Pour donner un ordre d'idée, les revenus du groupe pharmaceutique progresseront de 3,17 milliards d'euros l'an prochain, en valeur absolue, selon JPMorgan.
À lui seul, Dupixent apporterait 2,56 milliards d'euros de chiffre d'affaires additionnel, soit 80% du total.
Problème: Dupixent fera face, à compter du début des années 2030, à un "patent cliff", c'est-à-dire une série de pertes de brevets.
>> Accédez à nos analyses graphiques exclusives, et entrez dans la confidence du Portefeuille Trading
Successions d'échecs
D'où la nécessité pour Sanofi de trouver des futurs relais de croissance. Sauf que la société a enquillé les revers sur les résultats d'essais cliniques les plus attendus et les plus avancés, l'an passé.
En mai, le groupe a livré des résultats de phase III (la dernière étape avant la commercialisation d'un médicament) pas aussi bons qu'espéré par le marché pour itépekimab, un potentiel traitement contre la "bronchite du fumeur".
Rebelote début septembre. La société a publié les résultats d'un essai de phase III évaluant l'amlitelimab pour traiter la dermatite atopique. Les données d'efficacité se sont avérées inférieures aux attentes des analystes et du marché. L'action a perdu 8,3% sur une séance.
En décembre, Sanofi a cette fois annoncé qu'un essai clinique évaluant tolebrutinib pour le traitement d'une forme de sclérose en plaque n'avait pas été concluant.
Quelques jours plus tard, le groupe a indiqué avoir reçu une lettre de réponse complète de l'autorité sanitaire américaine, la FDA, au sujet d'une potentielle approbation du même candidat-médicament pour une autre forme de sclérose en plaques. Ce qui signifie tout simplement que l'agence américaine refuse d'homologuer en l'état le traitement.
In fine, le titre Sanofi a chuté de 11,76% à la suite de cette succession de déceptions, l'an passé.
Un "pipeline" insuffisant
Auparavant à l'achat sur le titre, UBS a jeté l'éponge ce vendredi 16 janvier. La banque suisse est passée d'"acheter" à "neutre" sur l'action tout en abaissant son objectif de cours à 88 euros contre 105 euros précédemment.
À la Bourse de Paris, le titre Sanofi perd 1% vers 15h30, après cet abaissement de recommandation.
La valorisation faiblarde du groupe de santé est, certes, attrayante. Mais la difficulté de la société a trouver le bon "pipeline" (les médicaments en cours de développement) pour compenser les pertes de brevets de Dupixent "représente un risque stratégique trop important", avance UBS.
"Des opérations de fusions-acquisitions significatives pourraient être la seule solution réaliste, mais elle comporte une incertitude et des risques considérables, et réduit également la possibilité de rachats d'actions systématiques pour stimuler la croissance du bénéfice par action", ajoute la banque suisse.
À la question de savoir si le "pipeline" actuel du groupe peut remplacer à terme Dupixent, UBS répond que cela est "peu probable".
Dans la pharmacie, les analystes retiennent dans leurs modèles des "ventes ajustées du risque" pour les médicaments en cours de développement.
Par exemple, s'ils estiment qu'un traitement a un potentiel commercial de 2 milliards d'euros en 2028 mais avec une probabilité de succès clinique de 50%, les "ventes ajustées du risque" pour ce médicament sont de 1 milliard d'euros pour 2028.
Or, à l'horizon 2030, UBS retient des ventes de 5,5 milliards de dollars pour le pipeline actuel du groupe en pharmacie et sur les vaccins. Le chiffre passe à 13,1 milliards de dollars en prenant une probabilité de succès de 100% pour tous les traitements.
Dans le même temps, Dupixent devrait afficher des ventes de 27,8 milliards de dollars en 2030, selon UBS.
L'établissement rappelle toutefois qu'il convient de diviser ce montant par deux pour avoir le "vrai chiffre", Dupixent étant développé et commercialisé avec Regeneron, partenaire américain de Sanofi.
Risques sur les vaccins et Beyfortus
Dans ses nouvelles prévisions, UBS a presque intégralement tiré un trait sur les futurs revenus de tolebrutinib. L'établissement retient un pic annuel de ventes de 300 millions de dollars de ventes avec une probabilité de 20% contre un pic de 1 milliard avec une probabilité de 80% précédemment.
Pour l'amelitelimab dans le traitement de la dermatite atopique, UBS estime que ce candidat-médicament a encore du "potentiel" mais fait face à une concurrence qui "s'intensifie".
Au-delà des difficultés de Sanofi sur le "pipeline", UBS pointe des menaces pour les vaccins et le Beyfortus, un traitement de Sanofi contre le virus respiratoire syncytial (VRS) pour les nourrissons aux États-Unis.
Le 5 janvier dernier, le département américain de la Santé et des services sociaux a retiré plusieurs vaccins de la liste des recommandations universelles pour les vaccins infantiles aux États-Unis.
"Cette autorité ne recommande plus les vaccins contre la grippe, le COVID-19, le rotavirus, l'hépatite A, l'hépatite B ou la méningite à méningocoque. Ces vaccins sont toujours disponibles dans le cadre d'une 'prise de décision clinique partagée' entre les médecins et les parents", explique UBS.
Elle a également modifié la recommandation relative au traitement par anticorps contre le VRS, passant de tous les nouveau-nés à uniquement ceux présentant un risque élevé d'infection, ajoute la banque suisse.
"En tant que fournisseur leader de certains vaccins pédiatriques et du principal anticorps anti-VRS, Beyfortus, Sanofi devrait ressentir les effets de ces changements", écrit UBS. "À ce stade précoce, il n'est pas possible de déterminer comment les parents réagiront aux recommandations universelles par rapport à la prise de décision clinique partagée", note la banque.
Recevez toutes les infos sur SANOFI en temps réel :
Par « push » sur votre mobile grâce à l’application BFM Bourse
Par email
