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Renault : Vers un compromis entre l'Etat et Renault-Nissan

Vers un compromis entre l'Etat et Renault-NissanVers un compromis entre l'Etat et Renault-Nissan

par Gilles Guillaume et Laurence Frost

PARIS (Reuters) - Les discussions entre l'Etat et Renault-Nissan avancent et devraient déboucher sur un compromis, ont indiqué jeudi soir plusieurs sources proches du dossier, à la veille d'un conseil d'administration de Renault présenté comme décisif.

Les réunions de négociations entre les deux principaux actionnaires du constructeur automobile français, l'Etat et Nissan, se sont enchaînées toute la semaine, avec pour objectif de parvenir à un accord avant le conseil de vendredi matin présenté comme une "échéance importante" par le PDG Carlos Ghosn.

"Nous faisons des progrès vers un accord qui rétablira l'équilibre de l'alliance", a dit à Reuters une source proche de Renault-Nissan. "Mais le compte n'y est pas encore."

Du côté du gouvernement, on indique aussi qu'un accord de principe a été trouvé sur certains sujets de dispute, mais qu'il reste encore à en définir les détails.

Faute d'arrangement avant vendredi, Nissan avait menacé de dénoncer l'accord fondateur de 2002, qui lui interdit actuellement d'augmenter sa participation de 15% sans droit de vote dans son partenaire français.

Selon la réglementation japonaise, un relèvement de la participation de Nissan dans Renault à 25% reviendrait à annuler les droits de vote de Renault chez lui, ce qui mettrait effectivement fin au contrôle français sur l'alliance.

"C'est une sérieuse menace. Un risque que Bercy ne voudra pas prendre. Donc Carlos Ghosn est en position de force", a souligné une source au fait de la position du gouvernement.

Renault-Nissan et le ministère de l'Economie ont refusé de faire un commentaire.

Reuters a rapporté fin octobre que Nissan avait formulé des propositions confidentielles pour mettre fin au contrôle de Renault, au motif que la montée de l'Etat français en avril au capital du constructeur - pour s'assurer l'an prochain les droits de vote double prévus par la loi Florange - avait déséquilibré l'alliance.

Nissan, qui a réuni son propre conseil d'administration le 30 novembre, a fait à cette occasion de nouvelles propositions pour demander des engagements écrits sur une limitation de l'influence française.

Une semaine plus tard, le ministre de l'Economie Emmanuel Macron a redit que la priorité de l'Etat était de conserver une minorité de blocage en assemblée générale pour peser sur les sujets stratégiques, mais "en aucun cas (de s')immiscer dans le quotidien opérationnel de Renault ni dans celui de Nissan".

NISSAN OBTIENDRAIT DE L'ÉTAT DES ENGAGEMENTS

Dans le cadre du compromis qui se dessine, la France a accepté de soutenir l'adoption d'engagements contraignants que ni l'Etat, ni Renault n'interviendront dans le management ou la gouvernance de Nissan, selon des sources représentant les deux parties.

Mais le gouvernement refuse les demandes supplémentaires du groupe japonais, notamment la fin du droit qu'a Renault de nommer les trois principaux dirigeants de Nissan.

Emmanuel Macron a aussi rejeté jusqu'ici le projet d'un mécanisme de sauvegarde qui permettrait au groupe japonais de relever sa participation dans Renault si les termes du nouvel accord ne sont pas respectés.

Une simplification de l'alliance Renault-Nissan est espérée depuis longtemps sur les marchés financiers. Certains investisseurs voulaient croire que Carlos Ghosn utiliserait cette crise pour mener à bien d'importants changements structurels, voire qu'il aille jusqu'à une fusion totale entre les deux groupes afin de débloquer une partie de la valeur de l'importante participation de Renault dans Nissan, évaluée autour de 20 milliards de dollars (18,3 milliards d'euros environ).

"Le moment est rêvé pour que Renault-Nissan mène à bien des changements substantiels dans sa structure", commente dans une note Dominic O'Brien, analyste chez Exane BNP Paribas. "L'issue serait très décevante si Ghosn ne parvenait pas à utiliser la situation actuelle pour obtenir ce type de changement."

Renault détient 43,4% de Nissan, qu'il a sauvé de la faillite en 1999. Mais le constructeur japonais a depuis largement dépassé en taille son sauveur, alimentant un sentiment de déséquilibre au sein d'une alliance devenue aujourd'hui le quatrième constructeur automobile mondial.

(Edité par Dominique Rodriguez)

Copyright © 2015 Thomson Reuters


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