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Pétrole Brent

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Pétrole brent : Des prix négatifs pour certains barils, symptôme d'un marché pétrolier qui se désagrège

lundi 30 mars 2020 à 11h00
Le Brent au plus bas depuis novembre 2002

(BFM Bourse) - Confronté à un effondrement de la demande sans précédent à mesure que les plus grandes économies mondiales se mettent à l'arrêt, le monde n'a plus de quoi stocker le pétrole produit et le marché se disloque. Si le Brent et le WTI se maintiennent pour l'heure à plus de 20 dollars, certaines variétés de pétrole nord-américaines cotent déjà sous les 10 dollars... voire à prix négatif !

Alerte rouge sur le marché de l'or noir. Submergé par un excédent d'offre devenu ingérable alors que les mesures de confinement se multiplient à travers le monde pour tenter d'endiguer la propagation du Covid-19, le marché mondial du pétrole "s'est grippé" juge Gary Ross, directeur des investissements de Black Gold Investors. "La logistique a du mal à faire face car nous sommes confrontés à une chute catastrophique de la demande" poursuit le spécialiste.

Conséquence directe, sur de nombreux marchés, les réservoirs sont pleins, ce qui oblige les négociants à stocker l'excédent de pétrole en mer, dans des supertankers au repos. Les raffineries commencent également à fermer car personne n'a besoin des carburants qu'elles produisent. Sur les marchés pétroliers physiques, aux États-Unis, certains barils changent déjà de mains pour moins de 10 dollars. Et, dans quelques marchés enclavés, les producteurs... paient les consommateurs pour qu'ils les débarrassent du brut qui leur coûterait plus cher à stocker. D'où les "prix négatifs" de certaines références.

Une destruction inédite de la demande

La cause de ce profond déséquilibre est la chute spectaculaire de la consommation, sans précédent depuis qu'un flux constant de pétrole est devenu essentiel à l'économie mondiale il y a plus d'un siècle. Le grand krach de 1929, les deux chocs pétroliers des années 1970 ou encore la crise financière mondiale de 2007-2008 sont loin d'avoir donné lieu à de telles destructions de la demande d'or noir, les économies mondiales ne s'étant alors pas mises à l'arrêt brutalement comme c'est le cas actuellement.

En temps normal, 100 millions de barils de pétrole sont consommés chaque jour à travers la planète. Analystes et courtiers estiment qu'un quart de cette quantité a disparu en l'espace de seulement quelques semaines.

L'effondrement du transport aérien commercial a réduit la consommation de kérosène jusqu'à 75%, soit l'équivalent de près 5 millions de barils par jour.

Quant à l'essence, les conducteurs américains représentent la principale source de demande avec plus de 9 millions de barils par jour, selon l'EIA (Agence d'information sur l'énergie). La Californie, l'État de New York et plusieurs autres États américains incitant les gens à rester chez eux, des milliards de trajets diminuent d'autant la consommation. Le schéma se répète sur la quasi-totalité du Vieux continent, même si la structure de consommation en Europe est en temps normal moindre qu'aux Etats-Unis.

"La destruction de la demande est sans précédent", a souligné Ben Luckock, co-responsable du commerce chez Trafigura Group, le deuxième plus grand négociant indépendant de pétrole, interrogé par Bloomberg. L'expert estime que le coup porté à la consommation atteindra 22 millions de barils par jour en avril.

Les stocks débordent

Face à cette érosion inédit de la demande, l'offre atteint des records historiques alors que la Russie et l'Arabie saoudite se sont lancés dans une guerre des prix et inondent le marché pour tenter de gagner des parts de marché, potentiellement aux frais des producteurs de schiste américains. Résultat, le monde n'aura bientôt plus assez de place pour stocker ce surplus d'offre supérieur à 20 millions de barils par jour.

Si les grands centres mondiaux de stockage situés près des ports de Rotterdam et de Singapour notamment ne sont pas encore pleins, ils sont hors de portée de certains producteurs qui n'ont accès ni aux pipelines ni aux ports. Et les capacités de stockage locales seront épuisées en quelques jours, selon les observateurs. Pour les producteurs qui bénéficient d'un accès côtier, il existe la solution des "supertankers", une flotte de réservoirs de stockage. Le PDG du plus grand armateur de pétroliers au monde, Frontline, a déclaré vendredi qu'il n'avait jamais connu une telle demande de location de navires pour le stockage à long terme. Les courtiers en matières premières -qui arbitrent entre le prix fixé par le contrat à terme et leur anticipation du cours à la date de la livraison- "pourraient réserver des navires pour mettre 100 millions de barils en mer cette semaine", a-t-il estimé. Ce chiffre, record, représente néanmoins moins d'une semaine d'offre excédentaire.

La solution consiste dès lors peut-être à réduire l'offre. Aux États-Unis, l'une des plus grandes compagnies de pipelines, Plains All American Pipeline, a demandé aux producteurs de réduire volontairement leur production pour éviter de submerger le réseau. Les raffineries -qui transforment le pétrole en essence, en diesel, en kérosène ou autre type de carburants- du monde entier commencent à réduire leur production, voire à fermer. En Inde, où 1,3 milliard de personnes sont en confinement depuis la semaine dernière et jusqu'à mi-avril, la plus grande raffinerie du pays a réduit de 30% le taux de traitement dans la plupart des usines.

Alors que le système de raffinage se flétrit, le marché du pétrole brut souffre. De nombreux bruts se négocient ainsi avec des rabais importants par rapport aux références internationales. Le Western Canadian Select, un type de pétrole brut lourd issu d'un mélange 19 variétés de bitume issu des sables bitumineux de l'Alberta, a atteint un plancher historique de 4,51 dollars le baril vendredi, alors qu'il se négociait en moyenne à 45 dollars en 2019. Le Canada produit 2,9 millions de barils de ce type de pétrole qui coûte extrêmement cher à produire (plus de 80 dollars par baril) par jour. La perte pour les producteurs est donc colossale, de l'ordre de 200 millions de dollars pour jour.

Pour n'en citer qu'un, le Wyoming Sweet s'échange actuellement à 6 dollars le baril après avoir chuté à... 1,75 dollars le baril vendredi dernier. Ce pétrole est un brut doux (dont la teneur en soufre n’excède pas 0,5%) enclavé et n'ayant d'autres débouchés qu'une raffinerie du Kansas, celle de Cofeyville. "L'augmentation des stocks dans les semaines à venir va inévitablement saturer les infrastructures locales, ce qui obligera de nombreux producteurs de l'intérieur du pays à fermer des puits", a déclaré Damien Courvalin, analyste pétrolier chez Goldman Sachs.

Certains producteurs préféreront à court terme faire le choix de vendre à prix négatifs -payer quelqu'un pour se débarrasser du pétrole- aux coûts à long terme de la fermeture d'un puits. Vendredi dernier, un brut soufré du Dakota du Nord a atteint un prix négatif de 50 cents.

Le Brent au plus bas depuis novembre 2002, le WTI à 20 dollars

Les prix des deux références mondiales de pétrole brut s'effondrent de nouveau lundi matin, dans le sillage de la rechute des marchés asiatiques, conséquence de l'aggravation de la crise de coronavirus au cours du week-end. À 10h50, le Brent de mer du Nord chute de 9,52% à 22,71 dollars, au plus bas depuis novembre 2002, quand le WTI texan flirte désormais avec le seuil des 20 dollars (-7,79% à 20,24 dollars). Ce qui reste toutefois bien au-dessus du minimum historique de 9,55 dollars le baril en 1998.

Face à cette dégringolade, les puits ferment les uns après les autres dans le bassin permien alors que le Texas réfléchit à limiter sa production. Au Canada, certains producteurs ont également cessé leur production. Vendredi dernier, la compagnie pétrolière d'État brésilienne Petrobras a également annoncé qu'elle allait réduire sa production de 100.000 barils par jour cette année en raison du manque de demande. Silence radio du côté du Kremlin et de Riyad en revanche...

Quentin Soubranne - ©2020 BFM Bourse
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