(BFM Bourse) - Selon la dernière note technique publiée par l'opérateur boursier Euronext, le groupe pétrolier est redevenue la première pondération du CAC 40, devant Schneider Electric, à fin mars.
C'est une passation de pouvoir qui s'est faite en toute discrétion. Totalenergies est redevenu la première pondération du CAC 40, selon la dernière note technique publiée par l'opérateur boursier Euronext et arrêtée au 31 mars dernier.
Pour rappel, dans le calcul de l'indice phare de la Bourse de Paris, toutes les actions n'ont pas le même poids. Si Schneider Electric ou Totalenergies accusent une baisse de 5%, l'impact sur le cours du CAC 40 sera bien plus important que si Renault enregistre le même repli.
Contrairement à certains indices (comme le Nikkei 225) qui se calculent en effectuant une simple moyenne arithmétique des cours de Bourse de leurs pensionnaires et accordent donc la même importance à chaque société, le CAC 40 adopte une autre approche.
Chaque membre de l'indice a un poids, ou plus exactement, une "pondération" qui dépend de sa taille en Bourse, c'est-à-dire de sa capitalisation boursière (la valeur de la totalité de ses actions), ou plus exactement de sa capitalisation boursière flottante (mais nous y reviendrons plus tard).
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Une question de capitalisation flottante
Selon la dernière note technique d'Euronext, Totalenergies affichait une pondération de 9,52% dans le calcul du CAC 40 au 31 mars, devançant Schneider Electric (7,57%) et LVMH (6,63%).
En clair, cela signifie que si Totalenergies progresse de 5% et que les 39 autres actions du CAC 40 sont stables, le groupe pétrolier fait grimper l'indice de 0,38% à lui seul.
800Si le groupe pétrolier est la première pondération du CAC 40, Totalenergies ne pointe qu'au quatrième rang des plus importantes capitalisations boursières de l'indice (163,9 milliards d'euros), derrière Hermès (179 milliards d'euros), L'Oréal (187,81 milliards d'euros) et surtout LVMH (242,22 milliards d'euros).
Comment expliquer ce paradoxe? Cela tient au fait que, comme dit précédemment, les pondérations du CAC 40 sont établies en prenant non pas la capitalisation boursière absolue mais la capitalisation flottante.
Le flottant correspond à la part du capital d'une entreprise cotée qui circule de façon libre sur le marché et n'est donc pas détenue par des actionnaires de long terme.
Prenons l'exemple de LVMH. Le groupe de luxe reste d'assez loin la première capitalisation boursière du CAC 40, avec un total de 242,22 milliards d'euros. Mais un peu plus de la moitié du capital, (50,01%) est détenue par la famille Arnault. En conséquence, la capitalisation flottante se limite à 122 milliards d'euros.
Totalenergies affiche une capitalisation boursière de 163,6 milliards d'euros, bien inférieure à celle de LVMH donc. Or, selon le document d'enregistrement universel de la major pétrolière, son flottant s'élève à 95% de sa capitalisation boursière. Sa capitalisation boursière atteint donc 155,4 milliards d'euros, bien plus que celle de LVMH.
Totalenergies tire parti à plein gaz de la hausse des hydrocarbures
Le même raisonnement vaut pour Scheider Electric. La capitalisation boursière du spécialiste des équipements électriques s'inscrit à 158 milliards d'euros pour un flottant de 86,4%, ce qui donne une capitalisation flottante de 136,5 milliards d'euros.
A contrario, Hermès affiche une capitalisation de 179 milliards d'euros mais son faible flottant (32,6% car la famille Hermès possède 66,7% du capital) fait tomber sa capitalisation flottante à 58,3 milliards d'euros. Ce qui explique d'ailleurs que le sellier maroquinier ne fasse pas partie du top 10 des plus importantes pondérations du CAC 40 (voir infographie plus haut).
Totalenergies a longtemps été la première pondération du CAC 40. Si le groupe pétrolier avait, dès 2017, perdu sa couronne de première capitalisation boursière au bénéfice de LVMH, il avait fallu attendre bien plus longtemps, fin mars 2020, pour que le numéro un du luxe passe devant la major pétrolière en termes de pondération. LVMH avait alors mis fin au règne du groupe pétrolier qui durait depuis 2003.
Totalenergies a donc repris ce titre en mars, à la faveur d'un parcours boursier bien meilleur que celui de LVMH et de Schneider Electric, les deux groupes qui évoluaient à tour de rôle à la première place, l'an passé.
La société de La Défense s'adjuge 34,72% depuis le 1er janvier, ce qui constitue de loin la plus forte hausse du CAC 40 sur la période, quand le spécialiste des équipements électriques prend 16,2% et le groupe de luxe accuse une baisse de 24,3%.
Totalenergies a évidemment été porté par le bond des cours des hydrocarbures lui-même au conflit au Moyen-Orient. Le baril de Brent est passé d'un peu moins de 73 dollars le baril, avant cette guerre, à 95,75 dollars à l'heure actuelle.
Ces évolutions portent nécessairement en Bourse les majors pétrolières. Leurs prix de marché grimpent en flèche alors que les coûts de production et d'extraction ne progressent pas énormément, l'industrie pétrolière restant une industrie de coûts fixes.
"Totalenergies a pleinement profité des avantages de la hausse des prix du pétrole brut, ainsi que d'une solide performance commerciale", a écrit la semaine dernière Barclays.
UBS a relevé la semaine dernière ses prévisions pour le premier trimestre 2026, tablant sur un bénéfice net de 5,4 milliards de dollars.
La banque suisse pense que, lors de la publication de ses comptes trimestriels, le 29 avril prochain, l'entreprise annoncera une hausse de 5% de son dividende, à 89 euros par titre, et des rachats d'actions de 1,5 milliard d'euros, le maximum que la société s'autorise dans l'environnement de prix actuel.
Certains experts pensent même que si le conflit en Iran se prolongeait voire s'intensifiait, Totalenergies pourrait redevenir la première capitalisation boursière du CAC 40.
"Plus cette guerre dure, plus les infrastructures pétrolières seront touchées et plus on puisera dans les réserves stratégiques et plus il y aura besoin de les reconstituer, ce qui tirera la demande et les cours du pétrole", expliquait à BFM Bourse Frédéric Rozier, gérant chez Mirabaud.
"Le baril de Brent pourrait alors se situer sur un niveau autour de 75-80 dollars post-conflit, ce qui soutiendrait l'action Totalenergies. Même si cela dépendra aussi de la capacité du groupe à protéger ses sites au Moyen-Orient", concluait l'expert.
De son côté, LVMH a été plombé par les craintes sur la demande de produits de luxe liées au conflit au Moyen-Orient, notamment sur les dépenses à l'étranger (qui représentent environ 30% du total des dépenses de luxe).
De plus, le groupe a livré plusieurs publications décevantes. La semaine dernière, LVMH a encore livré des revenus inférieurs aux attentes dans sa division phare, la mode et maroquinerie (environ 72% des bénéfices du groupe).
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