(BFM Bourse) - L'exploitant aéroportuaire a livré des résultats semestriels supérieurs aux attentes et a, surtout, annoncé un accord avec l'État autour du contrat de régulation économique des aéroports parisiens, ce qui rassure le marché.
Chez Aéroports de Paris, une grosse annonce en chasse une autre. Mercredi soir après la clôture du marché, le groupe aéroportuaire a publié des résultats semestriels supérieurs aux attentes assortis d'un léger abaissement de son objectif de résultat brut d'exploitation (Ebitda).
Peut-être davantage que ses comptes, la société a annoncé un accord crucial pour son avenir boursier avec l'État au sujet du contrat de régulation économique (CRE) des aéroports parisiens.
L'action réagit en conséquence : le titre ADP s'envole de 12,2% ce jeudi 30 juillet vers 9h20 à la Bourse de Paris et signe la deuxième plus forte hausse du SBF 120 derrière le cimentier Vicat (+12,3%).
Dans le détail, l'exploitant des aéroports parisiens a réalisé, au premier semestre, un chiffre d'affaires de 3,215 milliards d'euros, en hausse de 1,6% sur un an, contre un consensus (la prévision moyenne des analystes) calé à 3,16 milliards d'euros.
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Abaissement d'objectifs
"Malgré un environnement géopolitique difficile, le Groupe ADP a enregistré une performance résiliente au premier semestre 2026. Nous avons accueilli 179,2 millions de passagers dans l'ensemble des aéroports du groupe, soit 0,2% de plus qu'à la même période en 2025. À Paris Aéroport, le trafic est en hausse de 0,5%, avec 51,6 millions de passagers", a rappelé le PDG de la société, Philippe Pascal.
Le résultat brut d'exploitation (Ebitda) courant a reculé de 1% sur un à 1,015 milliard d'euros, dépassant les attentes des analystes, logées à 967 millions d'euros.
Au niveau des autres lignes de compte, le résultat opérationnel courant a bondi de 68,5% à 743 millions d'euros et le bénéfice net a triplé à 312 millions d'euros.
Les hausses de ces deux indicateurs sont quelque peu en trompe-l'œil car ADP avait subi de lourds impacts négatifs des devises au niveau de ces deux bénéfices au premier semestre 2025. Le résultat opérationnel courant avait alors chuté de 35,2% et le bénéfice net de 72%. Ce qui a donc créé une base de comparaison faussée.
Concernant ses perspectives pour 2026, après avoir abaissé ses prévisions de trafic la semaine dernière, ADP a réduit sa cible d'Ebitda courant pour l'exercice en cours. La société anticipe un chiffre compris entre 2,3 et 2,35 milliards d'euros, contre plus de 2,35 milliards d'euros auparavant. Barclays remarque néanmoins que cette nouvelle fourchette dépasse le consensus pour 2026, calé à 2,26 milliards d'euros.
ADP a indiqué qu'il comptait dégager entre 40 et 60 millions d'euros d'économies de coûts, surtout au deuxième semestre, pour compenser l'impact plus long du conflit au Moyen-Orient.
Un document crucial
Mais comme dit précédemment, la principale annonce porte sur le CRE. Ce contrat est un grand cahier des charges qui définit sur le périmètre régulé des aéroports parisiens (pour simplifier, les activités hors immobilier, services et boutiques) les investissements que doit réaliser la société et l'évolution des redevances aéroportuaires, sur la base des prévisions de trafic.
Un taux de rentabilité, appelé coût moyen pondéré du capital (CMPC), est déterminé pour garantir que les investissements de la société soient rémunérés équitablement, via donc les hausses des redevances que les compagnies aériennes acquittent à ADP. Ce CMPC a énormément d'importance auprès des investisseurs.
En décembre, ADP a présenté ses propositions pour le CRE 2027-2034, le premier depuis bien longtemps. En raison de la pandémie de coronavirus, le CRE 2021-2025 n'avait pu être établi.
Le groupe a proposé un certain nombre d'engagements et de paramètres dans le cadre de ce CRE. L'entreprise compte investir jusqu'à 8,4 milliards d'euros sur huit ans, afin d'accueillir jusqu'à 18 millions de passagers supplémentaires.
ADP entend surtout augmenter ses redevances en retenant une évolution moyenne sur la période égale à l'inflation annuelle (l'indice des prix à la consommation harmonisés) augmentée de 2,6 points de pourcentage. Et, in fine, le coût moyen pondéré du capital s'établissait à 5,9% en moyenne sur la période, un chiffre supérieur au consensus (la prévision moyenne des analystes), situé entre 5,5% et 5,6%.
En raison notamment du CMPC annoncé par ADP, les propositions du groupe avaient été bien accueillies par la Bourse.
Mais quelques jours plus tard, l'Autorité de régulation des transports (ART) avait refusé d'homologuer sa proposition de hausse des redevances tarifaires pour la période 2026-2027 (du 1er avril prochain an 31 mars 2027). ADP demandait une augmentation de 1,5% de ces redevances.
Ce rejet a conduit les investisseurss à anticiper un bras de fer entre ADP et l'autorité de régulation sur le CRE 2027-2034.
"En rejetant une légère hausse aujourd'hui, l'autorité réglementaire a signalé qu'elle serait un négociateur coriace, jetant immédiatement le doute sur la capacité d'ADP à obtenir les conditions financières dont elle a besoin pour rentabiliser son grand projet. Le marché fait le lien entre ces éléments en temps réel", expliquait alors à BFM Bourse Egor Sonin, analyste chez le bureau indépendant Alphavalue.
Davantage de visibilité
En avril, l'ART avait rendu un avis dans lequel l'autorité a retenu une fourchette de 4,6% à 5,6% pour le CMPC sur la période, soit un intervalle inférieur aux 5,9% voulus par la société.
Toutefois, ADP semble dégager l'horizon sur le CRE. Le groupe a ainsi annoncé mercredi soir avoir noué un accord avec l'État sur ce contrat de régulation pour cette période 2027-2034.
Ce contrat prévoit plusieurs ajustements des paramètres initialement soumis par ADP. Les investissements sont revus à 8,2 milliards d'euros contre 8,4 milliards et le plafond des hausses tarifaires a été abaissé à l'inflation augmentée de 2,1 points en moyenne par an (contre 2,6 points dans les projets d'ADP). Le taux de rentabilité crucial, le CMPC, est quasiment préservé, à 5,8% contre 5,9% voulu par ADP.
"L'accord trouvé entre l’Etat et le Groupe ADP sur le contenu du projet constitue une étape majeure vers la conclusion du contrat d'ici la fin de l'année, pour une entrée en vigueur visée au 1er janvier 2027", a déclaré l'entreprise.
"La réaction du marché boursier devrait être clairement positive face au projet d'accord avec le gouvernement français sur le CRE", a jugé Barclays dans une note publiée mercredi soir.
L'accord sur le plafond tarifaire est largement supérieur aux attentes de la banque.
"Les deux principaux points laissés en suspens par l’avis non contraignant rendu en avril par l’Autorité de régulation des transports ont également été en grande partie résolus : les clés de répartition révisées transfèrent 50 millions d’euros de coûts et 64 millions d’euros d’actifs du périmètre réglementé vers le périmètre non réglementé. Les facteurs d’ajustement sont globalement renforcés, conformément à la demande de l’ART", écrit Barclays.
"La consultation des compagnies aériennes et l’approbation contraignante de l’ART restent en suspens, mais le cadre défini aujourd’hui réduit considérablement les risques tant sur le plan économique que sur la voie menant à un accord", conclut la banque.
"L'accord de régulation conclu avec l'État français constitue le principal point positif. Les rendements réglementés devraient passer de 4,3% en 2025 à une moyenne de 5,8% sur la période 2027-2034", apprécie également le bureau d'études Alphavalue.
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