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Le marasme de la Bourse va-t-il réveiller les rachats d'actions via les OPRA?

dimanche 26 juin 2022 à 07h00
La baisse des marchés pourrait inciter les entreprises à faire des OPRA

(BFM Bourse) - Une entreprise considérant son cours de Bourse exagérément bas peut y voir une opportunité d'intervenir avec un effet relutif au bénéfice de l'ensemble de ses actionnaires. En dehors des rachats d'actions au fil de l'eau, une société peut ainsi lancer une offre publique de rachat d'action (OPRA) si le montant visé dépasse 10% de son capital.

La baisse tendancielle des valorisations observée depuis le début de l'année va-t-elle donner des idées aux sociétés cotées? Le fait de racheter ses propres actions est souvent perçu comme une solution idéale pour une entreprise -si elle dispose de liquidités importantes en regard de ses besoins d'investissement- puisque cela améliore mécaniquement le bénéfice et la valeur nette par action. Autrement dit, cela entraîne une "relution" pour les actionnaires qui restent investis.

Les sociétés cotées peuvent ainsi racheter au fil de l'eau un maximum de 10% de leur capital dans le cadre d'un programme de rachat d'actions, dont la mise en œuvre est généralement confiée à un intermédiaire financier avec qui on convient d'un cours maximal d'intervention et d'un plafond de volume journalier en fonction de la liquidité habituelle pour ne pas déséquilibrer le marché puisque ces rachats se font directement dans le carnet d'ordre. Si une entreprise veut marquer davantage le coup et profiter d'un cours plancher, et racheter d'un coup plus de 10% du capital pour les annuler, elle peut (et doit) alors lancer une Offre Publique de Rachat de ses propres Actions, ou OPRA, mentionnant le nombre maximal de titres à racheter et le prix.

Comme toute offre publique, cela demande un formalisme idoine soumis à l'AMF et nécessitant une note d'information dédiée, soit un bon mois de préparation, sans parler de l'aval préalable des actionnaires.

Une prime de 20 à 30% généralement

L'offre est alors soumise à l'ensemble des actionnaires, c'est-à-dire que tous reçoivent un avis en ce sens de leur courtier ou de leur banque, avec une prime (sans quoi il ne serait pas plus intéressant d'apporter que de vendre directement sur le marché) sur le cours qui tourne généralement autour de 20 à 30%.

Le nombre de titres apportés à l'offre peut très bien dépasser le montant maximum de rachat fixé par l'entreprise, auquel cas une réduction proportionnelle est appliquée à l'ensemble des apports. Pour donner un exemple, si une société propose de racheter son propre capital dans la limite de 20.000 actions et que 25.000 lui sont apportées, chaque ordre sera réduit de 20% quel que soit son montant: 20 actions seront reprises à celui qui en apporte 25, 80 à celui qui en apporte 100, 4000 à celui qui en apporte 5000, etc.

"Dans le contexte de tendance baissière que nous connaissons sur les marchés boursiers (-17,28% depuis le 1er janvier 2022 pour le CAC 40 et -14,51% pour le CAC Mid & Small), l’OPRA (Offre Publique de Rachat de ses propres Actions par une société) pourrait bien être une réelle opportunité pour certains émetteurs d’Euronext et Euronext Growth", estime Thomas Hornus, associé chez EuroLand Corporate.

Pour le spécialiste, l'OPRA procure des avantages non négligeables qui vont dans l'intérêt de tous les actionnaires: ceux qui restent comme ceux qui vendent. Offre de liquidité immédiate à un prix supérieur au cours de bourse mais sans aucune obligation d’y apporter ses titres, l'OPRA entraîne une relution automatique pour les actionnaires ne participant pas à l’offre. Le bénéfice net par action (et le bénéfice distribuable le cas échéant) par action augmentent mécaniquement. Surtout, une OPRA constitue "un signal positif et fort transmis au marché et aux actionnaires sur les ambitions de la société et sur la sous valorisation de la société en bourse".

Peu d'opérations depuis 2019

"Chez Euroland Corporate, nous considérons qu’une OPRA, réalisée dans de bonnes conditions et au bon moment, est une opération win-win (gagnant-gagnant, NDLR): soit les actionnaires apportent à l’offre, empochant ainsi une plus-value par rapport au cours de bourse de référence et il y a relution des actionnaires "historiques", soit ils n’apportent pas et, généralement, le cours se réajuste au niveau de celui de l’OPRA", observe Thomas Hornus.

Si les OPRA ont été peu nombreuses depuis 2019 (Terreis, Idsud...), notamment à la suite des effets cumulés de la pandémie de Covid-19 et de l'envolée des cours, "la période de baisse généralisée des marchés que nous connaissons ces dernières semaines pourrait susciter des vocations, de nombreuses sociétés cotées ayant engrangés de la trésorerie suite à la sortie de crise".

L’OPRA peut également être une première étape vers la sortie de Bourse avec pour objectif de racheter le flottant sans que les actionnaires aux commandes de la société n’apportent. Ce fut d'ailleurs le cas pour Iliad fin 2019: alors que le cours traînait fin 2019 sous les 100 euros (95,06 euros précisément à la veille de l'annonce), le groupe de télécoms de Xavier Niel avait alors offert de racheter 20% de son propre capital via une OPRA nettement au-dessus du cours d'alors, soit 120 euros par action. Cette opération a été suivie deux ans après par l'OPA et le retrait de la cote.

"Dans cette situation baissière, et en l’absence de potentielles cibles de croissance externe intéressantes, acheter ses propres actions constitue pour la société le meilleur investissement pour créer de la valeur", conclut Euroland, en l’absence bien sûr de projets d'investissement majeurs.

Guillaume Bayre - ©2022 BFM Bourse
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