(BFM Bourse) - SpaceX a fixé le prix de son entrée en Bourse bien en amont de la période de commercialisation de son offre. Ce qui est inhabituel. Dans une situation plus conventionnelle, comment est défini le prix d’une action lors d'une introduction en Bourse?
SpaceX a fait ses premiers pas en Bourse ce vendredi 12 juin sur le Nasdaq. Jamais une introduction en Bourse n'avait été autant attendue par les marchés.
L'offre d'actions a d'ailleurs été largement sursouscrite par les investisseurs. Surtout, en levant plus de 75 milliards de dollars, SpaceX est devenue la plus importante introduction en Bourse de l'Histoire, surpassant largement les quelque 25,6 milliards de dollars levés par Saudi Aramco en 2019.
SpaceX a contourné tout le processus d'introduction en Bourse
Cette opération qui a provoqué une effervescence sans précédent sur les marchés financiers, est aussi hors norme sur les conditions de souscription. D'une part, SpaceX aurait réservé 30% de l'offre aux investisseurs particuliers et aux petits porteurs, une part inhabituelle pour ce type d’opération. Généralement, les entreprises réservent 5 à 15% de l'offre aux investisseurs particuliers.
En ce qui concerne les modalités de la vente des actions, SpaceX a proposé un prix fixe de 135 dollars, ce qui va a rebours des usages en la matière. Généralement, une entreprise fournit une fourchette de prix, puis l'affine en fonction de l'appétit des investisseurs pour son opération.
D'autant plus que la société avait annoncé ce prix en amont de son "roadshow", ou la tournée de présentation durant laquelle les dirigeants rencontrent des investisseurs pour présenter l’entreprise, susciter l’intérêt et estimer la demande.
"Elon (Musk) a fixé le prix, et, en supposant que les investisseurs l'acceptent, on peut cocher cette case", a déclaré à CNBC Lise Buyer, fondatrice du cabinet de conseil en introductions en Bourse Class V Group.
L'introduction en Bourse de SpaceX n'est donc pas banale. Alors dans une situation plus conventionnelle, comment est défini le prix d’une introduction en Bourse?
Un jeu d'équilibriste
Le prix n’est pas défini au doigt mouillé. Il suit une méthode d’évaluation. La valorisation est établie sur la base de critères financiers comme les bénéfices futurs, les actifs et les perspectives de croissance.
Pour en savoir plus sur les méthodes principales utilisées pour déterminer la valeur d'une société (une fois) cotée, nous avons consacré un article détaillé que vous pouvez retrouver ici.
Les banques d’investissement ont un rôle très important dans ces travaux préparatoires à l'introduction en Bourse. Elles réalisent des analyses et des projections pour fixer un prix d’introduction équilibré, en tenant compte des tendances de marché.
Pour s’introduire en bourse, une société mandate en premier lieu un syndicat bancaire qui sera chargé de placer auprès d'institutionnels une part importante de son capital.
Et en ce qui concerne les opérations en France, l'entreprise en question a le choix entre plusieurs méthodes pour faire souscrire les particuliers à son opération : l’Offre à Prix Ferme (qui fixe de façon prédéterminée un prix de première cotation), l’Offre à Prix Ouvert, l’Offre à Prix Minimal (sorte de mise aux enchères des titres avec un prix de réserve dit "prix minimal") et la Cotation Directe (généralement seuls les investisseurs qualifiés peuvent souscrire à ce type d'opération).
Dans les faits, l’Offre à Prix Ouvert est aujourd’hui très majoritairement utilisée. Sa caractéristique première est que le prix d’introduction n’est pas connu à l’avance, alors qu’une fourchette de prix est donnée à titre indicatif. En France, elle inaugurée en juillet 1998 lors de l’opération de cession d’actions France Télécom.
La fixation d'une fourchette de prix répond à un jeu d’équilibriste. Les analystes des banques membres du syndicat bancaire intervenant dans l'opération doivent déterminer une valorisation assez crédible pour susciter l’intérêt des investisseurs.
La valorisation ne doit pas être extravagante, dans quel cas le titre va s’effondrer dès le premier jour, mais elle doit être suffisamment élevée pour stimuler l'appétit des investisseurs le premier jour et les semaines suivantes, rappelle TD Cowen.
La construction du livre d'ordres
Une fois une valorisation assignée à la société, vient la phase de "book building" ou phase de constitution du livre d'ordres. Pendant cette phase qui dure de quelques jours à une quinzaine de jours, les investisseurs institutionnels comme les fonds de pension, les sociétés de gestion, placent leurs ordres d’achat auprès des banques introductrices pendant ou à la fin du placement en indiquant une quantité et un prix. Ce dernier est généralement situé au sein de la fourchette de prix indicative, détaille Société Générale.
Le "book building" s'accompagne du moment "marketing" de ce processus d'introduction en Bourse : le traditionnel "roadshow", une série de rencontres collectives ou individuelles entre la direction de l’entreprise et les investisseurs.
Pendant cette période intense, l'entreprise candidate à une entrée en Bourse va jouer son va-tout pour séduire les investisseurs, sur la base de son "equity story", l'histoire qu'elle veut raconter à la communauté financière. Le but de la direction de la société étant de convaincre les investisseurs du bien fondé de son projet et donc d’acquérir des actions dans le cadre de l'offre.
La fixation du prix final
Sur la base de la demande recueillie lors du "roadshow" et des investisseurs particuliers, le prix final de l'introduction en Bourse est fixé. Ce prix est déterminant, car il reflète ce que le marché est prêt à payer pour les actions de la société et influe directement sur le montant des fonds que celle-ci va lever.
Ce prix est traditionnellement annoncé la veille de l'opération, avant des premières cotations le lendemain. Aussi, l'entreprise va aussi définir le taux de service, c'est-à-dire le nombre de titres qui seront alloués aux investisseurs.
En cas de très grand succès de l’opération, le total des demandes de souscription va dépasser le nombre d’actions offertes. Les investisseurs ne pourront donc être intégralement servis.
Une fois la société officiellement cotée, ses actions sont négociables comme toute autre société déjà présente en Bourse. Cette période marque la fin de la phase d'introduction en Bourse, les actions étant désormais accessibles à l'ensemble des investisseurs.
Mais le prix d'offre de l'introduction en Bourse ne reflète pas systématiquement la valeur réelle de l'entreprise, mais bien celui auquel le marché est prêt à payer. Le cas de SpaceX illustre bien cette situation. Plusieurs intermédiaires financiers ont jugé l'action SpaceX survalorisée en amont de l'entrée en Bourse de la société, retenant une "juste valeur" pour le titre de 63 dollars.
"Même à 63 dollars par action, nous accordons à SpaceX une grande marge de manœuvre dans deux des trois scénarios envisagés, dans lesquels nous partons du principe que l'entreprise parviendra à mettre au point une fusée Starship rapidement réutilisable, permettant plusieurs lancements par semaine, et à commercialiser avec succès des centres de données dans l'espace", prévient l'intermédiaire financier.
"Aucun de ces problèmes techniques n'a encore été résolu, et nous ne pensons pas qu'ils le seront avant au moins 2028", ajoute-t-il.
